Avec Les Années souterraines, Hugo Lindenberg clôt une trilogie sur le traumatisme de la perte d’une mère et le secret du suicide. Après avoir exploré l’enfance (Un jour ce sera vide) et la jeunesse (La Nuit imaginaire), il met ici en scène un narrateur quadragénaire, architecte à Los Angeles, qui revient à Paris pour vider l’appartement de son père décédé depuis 10 ans.
Ce retour est avant tout une confrontation avec ses années souterraines : cette période entre 6 et 15 ans où, après le suicide brutal de sa mère, il est envoyé chez un père quasi-inconnu distant, indifférent, colérique, incapable de lui témoigner de l’affection, qui vit avec une femme détestable dans un appartement sombre et négligé de Paris. Pour retarder le moment d’entrer dans l’appartement détesté et face à la violence de ses souvenirs, le narrateur procrastine, erre dans le quartier, prend une chambre dans l’hôtel du coin, s’attarde à la terrasse du café et crée des liens avec le voisinage, offrant ainsi des respirations aux lecteurs. Mais ce retour n’est-il pas une étape nécessaire pour son futur à Los Angeles avec sa compagne Becca ? Se libérer de ce fardeau de l’enfance lui permettra peut-être de franchir le cap de la paternité.
La prose est sensible, délicate et précise pour décrire les sensations et l’état d’esprit du narrateur. L’atmosphère du roman reflète son état de flottement, il vit cette situation comme entre parenthèses. Le récit alterne entre le présent et le passé, et malgré la dureté des souvenirs, le récit ne sombre jamais dans le misérabilisme, il en ressort même une certaine douceur, une douce mélancolie.
Les années souterraines / Hugo Lindenberg – Flammarion – 07/01/2026 – 272 pages
