Lola lit Eden

Nita, la narratrice, est très attirée par Lucy, une ado qui vient de s’installer avec son père près de chez elle. Lucy est blanche, belle et un peu bizarre. Elle passe beaucoup de temps dans la forêt où il se passe des choses étranges. Mais un jour, Lucy disparaît. Elle est retrouvée 3 jours plus tard sous un arbre, nue, ensanglantée, couverte de griffures, elle a été violée. Choquée, Lucy reste muette mais Nita voudrait comprendre ce qui s’est passé.
Encore une fois, l’auteure offre un premier rôle à la nature, comme dans le très réussi Summer. Ici, la forêt de cette réserve amérindienne est dense, mystérieuse, effrayante. Détruite par les pelleteuses des blancs, on pourrait penser qu’elle se venge, tout comme les femmes indiennes serveuses au Hollywood pourraient se venger du comportement abject des hommes blancs ouvriers sur les chantiers de déboisement qui les brutalisent, les maltraitent.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman mais une fois dedans, je m’y suis plu.


Eden / Monica Sabolo – Editions Gallimard – août 2019 – 288p

Lola lit Girl ♥

En avril 2014, dans la nuit du 14 au 15 avril, des combattants de Boko Aram, un groupe islamiste, entrent dans Chibok une petite ville au nord-est du Nigeria, détruisent l’école et enlèvent 276 lycéennes. Les adolescentes sont conduites dans la forêt où elles sont séquestrées, réduites en esclavage, maltraitées, violées, vendues, converties et mariées de force.

Maryam, l’une des adolescentes kidnappées, nous raconte son calvaire, sa fuite quand elle parvient à s’évader avec Baby, son bébé né de son mariage en captivité. Elle est retrouvée par les autorités, fêtée, acclamée, puis raccompagnée dans son village auprès des siens. Soulagée, confiante, elle pense que la vie va reprendre, que l’horreur est derrière. Mais c’est sans compter sur la folie des Hommes ; commencent alors pour Maryam et Baby des épreuves que Nous ne pourrions imaginer. Car pour eux, Maryam est pour toujours une femme du Bush.

Un roman fort, terrible, atroce, sur la barbarie, la folie humaine. Un roman de combats ; celui de Maryam pour recouvrer la liberté et l’honneur, celui de l’auteur pour faire entendre des voix étouffées. Boko Haram continue de semer la terreur au Nigeria, où ses combattants mènent régulièrement des attaques dans les villages, tuant, pillant, violant. C’est insupportablement absurde !

J’aime les romans de Edna O’Brien, cette irlandaise de 88 ans, engagée dans le combat des femmes, qui a eu une vie riche ; une enfance à la campagne avec une mère autoritaire et un père alcoolique, elle s’oppose rapidement à ses parents et se tourne vers la littérature. Ses premiers livres jugés immoraux et dangereux, ont été interdits et parfois brûlés dans l’Irlande puritaine des années 60. Edna O’Brien écrit sur les femmes et puise son inspiration dans son enfance et les faits divers. Pour Girl, elle s’est rendue à Lagos, la plus grande ville du pays, pour recueillir des témoignages, rencontrer des anciennes captives, des médecins, des ong, des religieuses. J’avais beaucoup aimé Tu ne tueras point et Les petites chaises rouges, je vais m’empresser de lire sa [condamnée car sulfureuse] trilogie The Country Girls,  The Lonely Girl et Girls in Their Married Bliss, publiée entre 1960 et 1964.

Girl / Edna O’Brien – Éditions Sabine Wespieser – Août 2019 – 250 p
Traduit de l’anglais Irlande par Aude de Saint Loup et Pierre Emmanuel Dauzat.

Lola lit L’erreur

Sasha et Mark essaient d’avoir un bébé depuis 7 longues années d’acharnement. Alors lorsqu’une grossesse s’annonce, Sasha est aux petits soins pour son ventre qui s’arrondit. Mais lors d’un déplacement, leur voiture heurte un kangourou et Sasha est conduite à l’hôpital pour subir une césarienne de toute urgence. Le bébé prématuré est sauvé mais est-il vraiment le bébé qu’ils attendaient ? Sasha est persuadée que le petit Tobias n’est pas son fils, et qu’elle est victime d’une inversion de bébés. Pendant son hospitalisation, le passé refait surface, douloureux. Le corps médical, l’entourage tous pensent qu’elle souffre du syndrome de la dépression post-partum. Mais Sasha est sûre d’elle, son instinct maternel ne trompe pas, elle doit s’accrocher, elle n’a que 7 jours pour récupérer son bébé. Mais personne ne la croit alors qui va l’aider ?

Un thriller efficace mais j’ai trouvé la fin peu crédible. Dommage !


L’erreur /Susi Fox – Editions Fleuve Noir – janvier 2019 – 360p

Lola lit Une fille sans histoire ♥♥♥

Un coup de cœur pour ce roman, le premier de Constance Rivière, jeune énarque qui fut conseillère à l’Elysée pendant la présidence de François Hollande. Elle signe un beau roman polyphonique, très moderne, tant par son sujet que par son écriture, belle et précise.

Le 13 novembre 2015, Adèle, une jeune femme un peu paumée, est postée à la fenêtre de son appartement parisien près du Bataclan. Comme tous les soirs, elle observe ses voisins, leur invente une vie, se raconte des histoires. Mais vers 22 heures, des coups de feu, des sirènes de police, des cris, des hurlements, du sang partout, la panique, des gens qui courent dans tous les sens. Adèle paniquée ferme la fenêtre, se réfugie dans l’obscurité de son appartement, allume la télévision et regarde, épouvantée, les premières images de l’horreur des attentats. Et puis soudain, parmi les photos de visages brandies par les proches des victimes, Adèle reconnait Matteo, un jeune artiste qu’elle avait l’habitude de croiser quand elle était encore serveuse dans ce petit bar près de chez elle. Sans comprendre vraiment pourquoi, Adèle décide de partir à la recherche de Matteo, elle se rend à l’Ecole Militaire où sont accueillis, dans l’urgence et la désorganisation, les proches des victimes. Là, pour justifier sa présence, elle raconte une fable, elle invente une histoire d’amour avec Matteo. Elle l’attendait ce soir, il devait la retrouver à l’appartement après le concert. Ils sont fous amoureux depuis peu, se sont rencontrés dans le bar où elle bosse. Sa détresse touche Saïd, un jeune volontaire de la Croix Rouge qui promet de lui donner des nouvelles de son amoureux. Francesca la mère de Matteo, tout juste arrivée d’Italie ne comprend pas la présence de cette jeune fille mais foudroyée par la douleur, se laisse prendre en charge.

Une histoire étourdissante, racontée par 3 voix, celle du narrateur, de Saïd et Francesca qui apportent leur témoignage. Une histoire qui soulève beaucoup de questionnements, on ne peut rester insensible au personnage d’Adèle, il est difficile de juger son mensonge et en même temps peut-on comprendre un tel comportement ? Et puis l’auteure nous replonge dans cette tragédie, cette horreur, cette nuit monstrueuse, encore tellement présente dans nos cœurs et dans nos tripes. Un gros coup de coeur ♥♥♥


Une fille sans histoire / Constance Rivière – Editions Stock – août 2019 – 144p

Lola lit Sleeping Beauties

Stephen King, voilà un auteur que je n’ai jamais lu. Là, conseillée par un ami qui m’a présenté ce livre comme étant une sorte d’étude sociologique genre « Comment tournerait le monde si toutes les femmes s’endormaient ? », j’ai été tentée. Bon, ce n’est pas exactement ce que j’attendais, les King père et fils n’étudient rien du tout. Les femmes s’endorment effectivement, entourées d’un cocon collant qu’il est dangereux de déchirer. Au moment où les premières femmes sombrent, Evie, une jeune femme étrange vient régler leur compte avec violence à des petits délinquants. Conduite en prison, elle a un comportement étrange ; elle sait tout, de tous et se réveille tranquillement et sans cocon de chacune de ses siestes alors que toutes les autres femmes qui sont réveillées se transforment en furies monstrueuses. Bref, elle éveille l’intérêt et la curiosité. Mais la rumeur enfle et gronde, Evie serait-elle la grande responsable du phénomène Aurora qui prive les hommes de leurs femmes, filles, et mères. Pour l’arrêter, faudrait-il l’emprisonner, la torturer, la brûler ou la découper en morceaux ?

Bon, est-ce du pur Stephen King ? Je n’en ai aucune idée, mais ce sera là mon unique expérience. 832 pages ?! J’ai cru ne jamais en venir à bout.


Sleeping Beauties / Stephen et Owen King – Editions Albin Michel – mars 2018 – 832p – traduit par Jean Esch

 

Lola lit il est grand temps de rallumer les étoiles

Mon premier Grimaldi. Et je peux comprendre l’engouement de certains lecteurs. Un livre qui se lit très facilement, la langue est simple c’est celle qu’on utilise dans la vie de tous les jours. Les personnages sont normaux, ils ont les mêmes préoccupations que la plupart d’entre nous ; fins de mois difficiles, un boulot pas ouf, des enfants et ados à la maison, divorce, séparation, charge mentale, s’aiment mais ne savent pas se le dire, ils partagent les mêmes émotions que le plus communs des mortels, bref ils sont comme tout le monde. Un roman dont même la construction [Situation initiale – Élément perturbateur – Péripéties – Eléments de résolution – Situation finale] est sans surprise. Ah si la vie pouvait être aussi simple que dans un roman de Virginie Grimaldi !
Mais ce n’est pas une lecture pour moi. Moi, j’aime quand c’est dense, profond, puissant, brûlant, il faut que ça m’interroge, que ça me remue, me bouscule, que ça laisse des traces ! Reste l’intérêt pour l’expérience du voyage en camping car, les paysages traversés par Anna et ses 2 filles Chloé et Lily.

Il est temps de rallumer les étoiles / Virginie Grimaldi – Editions Fayard – mai 2018 – 396p

Lola lit Le bal des folles ♥♥♥

A la fin du XIXs, la Salpêtrière accueillait les indigentes. Toutes sortes de femmes considérées comme folles étaient enfermées là. On pouvait y croiser différentes pathologies ; des dépressives, des épileptiques, des hystériques, des maniaques et des idiotes mais aussi des femmes qui pensaient différemment, avaient des idées nouvelles, qui s’opposaient, refusaient le jouc masculin. A l’époque, il fallait se tenir sur ses gardes, un mot de travers, une idée folle, un désaccord avec un père ou un mari et HOP direction la Salpette ! Enfermées de force par leur entourage, privées de leur liberté, elles finissaient par devenir ce pour quoi on les retenait prisonnières.
Le professeur Charcot qui dirigeait cette institution où il étudiait et tentait de guérir ses patientes à coup de médicaments, d’électrochocs et autres traitements, organisait chaque année un grand bal où tous les notables étaient invités à observer les folles danser. Tous  prenaient un certain plaisir à voir certaines de ces femmes costumées, complètement désinhibées, se tortiller langoureusement loin des convenances et de la morale catholique de l’époque.
L’auteure nous plonge au cœur de la préparation de ce grand bal, tant attendu tant par les uns que les autres.
Un très bon roman, bien documenté, très pudique, à l’écriture délicate que j’ai beaucoup aimé. Un coup de coeur  ♥

Le bal des folles / Victoria Mas – Editions Albin Michel – août 2019 – 256p

Lola lit I am I am I am

Un livre particulier,déroutant dans lequel l’auteure raconte de façon anecdotique les épisodes de sa vie où elle a frôlé la mort. Chacun des 17 courts chapitres a pour titre, la partie du corps meurtrie ; les poumons pour la noyade, les intestins pour l’amibe, le cou pour l’agression… et une illustration à la manière des planches anatomiques anciennes. Ce ne sont pas toujours des épisodes tragiques, dramatiques ou violents, il peut s’agir simplement d’un léger effleurement celui d’un poids lourd trop proche qui fait entrevoir le pire évité. Une bien étrange autobiographie !


I am, I am, I am / Maggie O’Farrell – Editions Belfond – mars 2019 – 252p

Lola regarde Cold War

Une histoire d’amour sur fond de guerre froide, qui débute dans une école de chants et de danses folkloriques polonaise et se termine dans les ruines de cette même école, des années plus tard. Wiktor pianiste de talent, compositeur et chef d’orchestre et Zula jeune chanteuse passionnée vont franchir des frontières pour vivre leur histoire, ils vont se perdre et se retrouver entre la Pologne austère de Staline et le Paris festif de Boris Vian. Un très beau film dont le noir et blanc magnifie les images ♥ La bande son est vibrante ♥ Les acteurs magnifiques ♥