Lola lit Par amour ♥

Le Havre – lundi 10 juin 1940. Lucie nous raconte comment sa mère l’a levée aux aurores ce matin-là. Comment elle leur a demandé avec son frère Jean, de se dépêcher de prendre quelques affaires. Comment ils ont attendu tante Muguette et leurs cousins Joseph et Marline. Comment ils se sont mis en route jusqu’au bac pour rejoindre Lisieux. Ils ont marché de longues heures, suivi la colonne des autres havrais qui fuyaient aussi.

C’est Muguette qui continue de raconter l’exode, puis Émélie prend la parole, ensuite vient le récit de Jean…
Chacun leur tour, ils racontent la guerre ; les hommes sont au front, les femmes et leurs enfants essaient de vivre, de survivre dans cette ville qui, en plus de l’occupation allemande, va souffrir des bombardements des anglais qui la détruiront complètement avant de la libérer. A la signature de l’armistice, certains hommes sont rentrés, Joffre le mari d’Émélie est revenu mais il n’était plus le même, tandis que Muguette a continué à attendre Louis. La vie s’est organisée sous la surveillance des allemands. C’est aussi l’époque où la France envoyait ses enfants en Afrique pour les mettre en sécurité loin des bombes, quand certaines ont décidé de les garder, d’autres n’ont pas eu le choix et ont dû laisser partir leurs enfants.

C’est un beau roman choral, très bien documenté et rempli d’émotions justes.


Par amour / Valérie TONG CUONG – Editions JC Lattès 2017 – 413p

Lola lit Le saut de l’ange

Encore un roman qui favorise l’insomnie 😉 Impossible de le lâcher, impossible de résister à l’envie de tourner la page, de finir le chapitre, de commencer le suivant, de savoir ! Alors évidemment, il y a des petites choses qui dérangent, pas très crédibles, mais dans l’ensemble, ça marche vraiment super bien !

New Hampshire, en pleine nuit, les policiers sont prévenus d’un accident de la route. Lorsqu’ils se rendent sur les lieux, une femme qui semble gravement blessée réclame avec déchirement et affolement Véro, sa fillette de 6 ans, qui n’est plus dans la voiture. Des équipes partent à la recherche de la fillette, sans succès, jusqu’à ce que Thomas, le mari de Nicki, nie l’existence de Véro ; le couple, ensemble depuis plus de 20 ans, n’a malheureusement jamais pu avoir d’enfant. Il informe aussi les policiers que sa femme est très perturbée, suite à 2 chutes récentes sur la tête, elle souffre de problèmes de mémoire, voire d’affabulations. Le comportement du mari, et surtout le comportement de cette femme face à son mari, rendent les enquêteurs soupçonneux. Bientôt, la découverte de la disparition d’une fillette prénommée Vero, 30 ans auparavant, et la présence de ses empreintes dans la voiture des Grant, continuent de semer la confusion. STOP !!!

Amateurs du genre, vous allez être comblés !

De cette auteure, j’avais lu Disparue, que j’avais apprécié aussi.


Le saut de l’ange/Lisa Gardner – Editions Albin Michel – 4 Janvier 2017 – 480p 

Lola lit Fils du feu ♥♥♥

Je termine l’année 2018 en beauté grâce à ce petit roman, le premier de Guy Boley, qui s’est distingué récemment avec Quand Dieu boxait en amateur, qui a récolté toutes les attentions. Je ne l’ai pas encore lu mais quand j’ai trouvé Fils du feu, je me suis dit que ça pouvait être une bonne mise en bouche. C’est un petit roman certes, 160 pages mais d’une force admirable. Le père, forgeron, travaille avec Jacky, le premier amour de Jérôme, le tout jeune narrateur. La forge où, fasciné, le petit garçon reste, pour sentir la chaleur, les couleurs, les odeurs, de la ferraille bien sûr mais aussi des corps, des torses dénudés. La vie de la petite cour est tranquille jusqu’à la terrible nouvelle de la mort du petit frère, Norbert. Chacun essaie de traverser la tragédie ; le père sombre dans l’alcool, la fille aînée quitte la maison et la mère continue de faire vivre Norbert, lui mettant son couvert et des draps propres dans son petit lit, lui faisant réviser ses leçons et lui racontant des histoires le soir pour l’endormir.

J’ai beaucoup aimé l’écriture, littéraire, les phrases sont longues et bien construites. L’auteur réussit à nous conduire à la porte de la forge, à partager la douleur de chacun. Je n’ai qu’une envie, commencer 2019 avec Quand Dieu boxait en amateur ♥


Fils du feu/Guy Boley – Editions Grasset – août 2016 – 160p

Lola lit Je me suis tue ♥♥

Je suis toujours un peu méfiante lorsqu’un livre ou un film est porté aux nues par les critiques. J’ai peur d’être déçue, de passer à côté d’un truc apparemment génial, de ne pas avoir compris le génie du truc, je me sens un peu en marge, comme quand dans une soirée, où tout le monde rit d’une blague que je suis la seule à ne pas trouver drôle du tout. Mais le pire, c’est que j’ai peur d’aimer aussi, de me fondre dans la masse, de ne pas savoir si j’aime vraiment autant que les autres ou si je suis influencée par l’avis des autres. Du coup, je préfère attendre un peu avant de lire les pépites 😉

Je me suis tue, premier roman de Mathieu Menegaux,  sorti en 2015 et largement applaudi par la presse et les lecteurs. 3 ans après, je le lis et j’adore aussi (finalement). Je trouve particulièrement intéressant lorsqu’un auteur écrit pour son personnage de sexe opposé. Claire est en prison. Pourtant c’est elle qui, en sortant d’un dîner, s’est fait violer. Elle a pensé qu’en gardant le secret, si elle n’en parlait jamais, si elle oubliait, il disparaîtrait de sa mémoire et donc de sa vie. Elle a donc décidé de ne pas en parler pour protéger son équilibre, son couple, son boulot, sa famille, sa vie bien rangée de parisienne quadragénaire aisée. Pourtant, il a existé ce viol et a bouleversé sa vie, jusqu’à cette cellule où elle entame enfin sa confession.

Un excellent premier roman ! J’ai bien envie de lire les suivants Un fils parfait (2017) et Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (2018)


Je me suis tue/Mathieu MENEGAUX – Editions Grasset – avril 2015 – 144p

 

Lola lit Roissy ♥♥

Stand by, ça vous dit quelque chose ? Film français sorti en 2000, avec l’excellentissime Dominique Blanc dans le rôle principal. C’est l’histoire d’Hélène qui, alors qu’elle part s’installer à Buenos Aires avec Gérard, se fait larguer juste avant d’embarquer. Atterrée, sous le choc, elle erre dans l’aéroport, qu’elle ne quitte plus, y vit ou plutôt y survit, s’y crée des amitiés. J’avais été marquée par ce film, son atmosphère, le choix d’un lieu que tout le monde croit connaître parce qu’on y passe, on vient y prendre l’avion, accompagner un ami, chercher un proche. J’avais aimé l’idée de ce lieu de transit pour raconter l’errance de cette femme, Orly où des gens travaillent. J’ai commencé ma vie professionnelle à Orly sud, à l’embarquement. J’étais une de ceux qui, derrière un guichet, vérifient les billets, étiquettent les valises, surveillent l’excédent bagage. Je regardais tous ces gens partir et moi, je restais là à me faire engueuler par des touristes stressés. A l’heure de la pause, je croisais les femmes de ménage, la sécurité, le personnel naviguant, et les autres au sol ; on se saluait, on s’interpellait, on discutait un peu, on prenait un café, on fêtait un mariage, une naissance, un départ à la retraite. Une fois rentrés, on ne sortait de l’aéroport que pour le quitter à la fin du boulot, au petit matin, en plein journée ou la nuit, selon notre emploi du temps. C’était vraiment particulier, une parenthèse, une autre planète, un microcosme. J’ai retrouvé ce sentiment d’espace clos, d’enfermement dans le film.

Et puis aujourd’hui dans ce roman, Roissy, qui raconte la même histoire. Cette fois, la narratrice n’a pas de prénom, pas d’histoire, pas de souvenirs, ses rêves se mêlent à la réalité. Elle ne sait ni qui elle est, ni ce qu’elle fait là, ni comment elle a atterri ici, mais elle sait qu’elle doit bouger, traîner une valise remplie d’objets trouvés ou volés, toujours rester en mouvement, avoir l’air pressée, l’air de courir après un avion ou d’attendre quelqu’un, sembler être de passage, seulement de passage, pour ne pas éveiller la curiosité et paraître suspecte. On ne reste pas dans un aéroport, on passe, c’est tout. Alors elle s’invente une vie de voyageuse, puisque la sienne lui a échappé. Pourtant au fil des pages de ce roman très cinématographique, des rencontres avec des personnages hors du commun, tout au long de ses 8 longs mois d’errance, sa vraie vie va se redessiner.

Un bon livre très bien documenté et un film à découvrir. 


Roissy/Tiffany Tavernier – Editions Sabine Wespieser – août 2018 – 280p

Lola lit Arcadie ♥♥

Farah est une enfant lorsque ses parents rejoignent Liberty House, une communauté dans le sud de la France. Là, Arcady veille à ce que ses membres soient protégés des ondes, du wifi, des réseaux sociaux, des fake news, des engrais et des pesticides mais aussi de la propriété, de l’envie, de la jalousie… Bref, de tout ce qui peut nuire à l’épanouissement de chacun. Là, on peut vivre nu, passer des heures à lire et à observer la nature sans être dérangé et multiplier les expériences sexuelles en toute liberté et dans le respect. Tous sont persuadés qu’ils survivront à la fin du monde. Farah grandit dans l’amour, l’amour des autres, des animaux, de la nature. Mais à l’heure des premiers émois, son corps la plonge dans une profonde perplexité. Elle en parle à Arcady qui, tout naturellement, la conduit chez la gynécologue qui, après divers examens, lui annonce qu’elle souffre du syndrome de Rokitanski. Le MRKH touche une femme sur 4500, souvent décelé au moment de l’adolescence, il se manifeste par une absence partielle ou totale du vagin et de l’utérus. C’est une catastrophe pour Farah, adolescente en quête d’identité, heureusement qu’Arcady l’entoure de sa bienveillance, la rassure, la soutient. Mais bientôt, l’arrivée d’un jeune migrant dans le paysage de Liberty House va bouleverser Farah et l’ordre de la petite communauté pourtant si sereine.

Quel roman ! Irrésistiblement drôle, délicat et très bien écrit, il a tout pour plaire. Comme dans l’excellent Les garçons de l’été, l’auteure explore les méandres de l’adolescence et plante son nouveau décor dans une communauté idyllique, où chacun malgré son âge, son physique, son handicap, ses problèmes, est respecté et aimé. Un havre de paix au soleil, chapeauté par un gourou sympathique qui n’abuse de personne, donne plus qu’il ne prend. Alors paradis ou cour des miracles ?!


Arcadie/Emmanuelle BAYAMAK-TAM – Editions POL – août 2018 – 448p

Alex lit L’attaque des cubes

Lorsque Cubetout, un nouveau magasin dédié à Minecraft, ouvre ses portes, Antoine et Vénus, fans de ce jeu vidéo, sont impatients. Mais les gens qui sortent du magasin ont un comportement bizarre. A quoi sert cette boîte blanche que Max, le machiavélique propriétaire de Cubetout, offre à tous les clients ? Antoine et Vénus, aidés de Homer Docku leur prof de techno, vont tenter de percer le secret et de tout remettre en ordre. Pour sauver leurs proches, ils vont devoir traverser le portail qui les projette dans la virtualité de Minecraft et affronter tous les dangers ; des hordes de zombies, un dragon, des monstres… Sortiront-ils vainqueurs de cette aventure ? Réussiront-ils à sauver la Terre ?

L’avis d’Alex, 10 ans = Fan de Minecraft, j’ai bien aimé retrouvé l’univers du jeu et les personnages sont drôles et sympathiques. Il y a beaucoup de dialogues, c’est très facile à lire et rapide aussi, malgré les 335 pages. Je me suis bien amusé, et je me suis identifié à Antoine qui a le même âge que moi et la même passion pour ce jeu. Par contre, j’ai trouvé dommage que toutes les énigmes soient bouclées par Mimi, leur Golem de fer. J’aurais préféré que le scénario soit plus recherché ! Mais c’est quand même un livre que j’ai conseillé à tous mes copains 😉

Merci à Babelio pour les événements Masse Critique qui me permettent de découvrir des livres. Maman veut que je remercie aussi les Editions du Rouergue 😀


L’attaque des cubes/Marine Carteron – Editions du Rouergue – littérature jeunesse – sortie oct.2018 – 336p

Lola lit Eden Springs

En 1903 à Benton Harbour, dans le Michigan, le charismatique Benjamin Purnell promet l’éternelle jeunesse à ses adeptes qui se pressent en masse aux portes de La Maison de David, un village peuplé de jeunes hommes athlétiques et souriants, à la barbe interminable et soyeuse, et de jeunes filles aux longs cheveux blonds vêtues de fluides robes blanches, un village aux allures de paradis. C’est là que Laura Kasischke plante le décor de son nouveau roman. Dès la première page, nous sommes prévenus, bien que les documents, extraits d’articles de l’époque, témoignages de fidèles, citations, dépositions, textes publicitaires, extraits de livres, transcriptions de moments du procès qui introduisent chaque nouveau chapitre, et les images qui closent le livre soient authentiques, « L’auteure ne revendique aucune vérité historique et a pris de grandes libertés pour écrire son récit. » Ce n’est donc pas un documentaire, l’auteure nous livre un peu de la vie de la secte au travers du regard des femmes. La vieillissante de Cora Moon d’abord, l’ancienne institutrice de Benjamin, présente dès le début et qui garde un oeil lucide/mature sur la communauté. Puis les regards mélangés des jeunes filles qui forment un nous, chacune attendant d’être choisie, l’élue du Roi Ben. L’histoire commence par la colère du fossoyeur chargé de mettre en terre, seul et sans aucune cérémonie, le corps d’une adepte de la Maison de David âgée de 68 ans. Une mauvaise manipulation entrouvre le couvercle du cercueil et il découvre, avec surprise et effroi, le visage angélique d’une toute jeune fille d’une quinzaine d’années, Elsie Hoover.

Un roman très court qui se lit très facilement. Un sujet intéressant, qui amène à se documenter car l’auteure en dit peu sur la secte. Le choix d’une narration à plusieurs voix et le mélange du réel et de la fiction donne du rythme à l’histoire. L’auteure ne porte aucun jugement sur Benjamin Purnell, elle ne décrit aucun de ses agissements, elle donne juste des indices, sans rien dévoiler. Au lecteur de tirer ses conclusions, et malgré l’amour et l’enthousiasme que les adeptes portaient à leur gourou, on imagine sans mal comment le Roi Ben utilisait son pouvoir sur les jeunes, pures et belles jeunes filles qui rejoignaient la Maison de David.

Le sujet aurait mérité un roman plus long, j’aurais aimé en savoir plus sur les personnages, sur leurs liens, avoir l’avis des hommes, je suis restée sur ma faim !


Eden Springs / Laura KASISCHKE – Page à Page – 171p 

 

Lola écoute La nuit des temps

Les romans de Barjavel sont extraordinairement poétiques et visionnaires. Je l’ai découvert toute jeune, avec Les chemins de Katmandou, que j’ai dévoré, adoré. Depuis, j’ai lu tous ses autres romans et je les ai tous aimés, Barjavel est un auteur qui continue de me toucher.
La nuit des temps est un roman de science fiction, écrit en 1968. Une histoire d’amour, l’histoire de l’Amour entre 2 êtres magnifiques, venus d’un monde perdu. Elea, Païkan, Gondawa, l’équation de Zoran, des mots inconnus aux sonorités étranges, qui font rêver.

Par contre, je n’ai pas aimé l’écouter, je n’ai pas retrouvé la magie de la lecture. La voix du lecteur, pourtant pas désagréable, m’a gênée, je n’ai pas réussi à convoquer les images. Mais à peine terminé l’écoute, j’ai repris mon vieux poche et je l’ai relu 😉

Merci à Babelio 

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Lola lit Salina ♥♥♥

Elle est arrivée au village alors qu’elle était nourrisson, dans les bras d’un cavalier inconnu qui a surgi d’un nuage de poussière et déposé l’enfant par terre sur le sol au pieds du chef et sa tribu rassemblée. Elle aurait dû périr là sous leurs yeux indifférents, elle n’a cessé d’hurler de faim, de chaud et de chaud mais Mamambala s’est avancée, l’a prise dans ses bras, l’a mise à son sein et l’a nommée Salina car son visage était baigné du sel de ses larmes.

La petite fille a grandi au village, très proche de Kano, le second fils du chef. Mais c’est à Saro, l’aînée qu’elle a été mariée et c’est son fils qu’elle a porté et haï. Pourtant Salina avait supplié Khaya, la femme du chef, de lui donner Kano mais celle-ci l’avait toisée, et humiliée devant la tribu. Alors lorsque la guerre a emporté Saro, Salina a espéré puisqu’une veuve doit épouser son beau frère, et a attendu son dû. Mais une fois de plus, Khaya s’est opposée à son bonheur, l’a accusée d’avoir tué Saro et l’a châtiée. Salina a été condamnée à l’exil. Elle a erré et engendré un second fils, auquel elle a enseigné la colère et la vengeance. Les 2 frères ont combattu et l’un est mort, vaincu par le vent. L’autre n’a pas voulu survivre. Et Salina s’est retrouvée seule une fois de plus. Alors elle a décidé de retourner au village où elle a été accueillie avec des pierres et des crachats. Kano était devenu roi après la mort de son père et Akila sa femme, lui avait donné un fils. C’est par ces 2 femmes que reviendra la paix, et c’est Akila qui apportera à Salina son troisième fils et son troisième exil.

L’histoire est contée, aux portes du Cimetière, par Muluka, le troisième fils, qui souhaite que Salina enfin repose en paix.

Un roman magnifique ! Puissant, poétique, émouvant évidemment. Un conte africain écrit comme une tragédie grecque. Laurent Gaudé écrit décidément merveilleusement bien ♥


Salina/Laurent Gaudé – Actes Sud 2018 – 03/10/18 – 160p