Lola regarde Petit Paysan

Le début est champêtre, on voit des vaches aux robes brillantes paître tranquillement dans des champs où l’herbe est verte et grasse, les petites fleurs nombreuses. On fait la connaissance de Pierre, jeune paysan trentenaire très attaché à ses godelles, qui a repris la ferme laitière de ses parents. Et là, je me suis dit « Aaaaaah non ! Pas 1h30 comme ça ! » J’ai eu peur d’être devant un film-documentaire-récit social sur la condition des paysans français. Je me suis demandé ce qui allait bien pouvoir éveiller mon intérêt. Hé bien, ça n’a pas traîné ! Rapidement, le film passe de bucolique à inquiétant, lorsque Pierre soupçonne une de ses vaches d’être atteinte de la maladie qui décime alors les troupeaux, il en parle à sa sœur vétérinaire (superbe Sara Giraudeau, toute en sensibilité) qui le tranquillise et le conjure d’arrêter de s’angoisser, mais Pierre n’est pas rassuré. Une tension s’installe, par la musique bien sûr mais surtout par les couleurs qui s’assombrissent, les scènes de nuit qui s’enchaînent. Le visage de Pierre, le Petit Paysan se durcit, lui le timide, étouffé par une mère envahissante, devient combatif et déterminé. Le docu devient thriller, et c’est une réussite

L’acteur principal Swann Arlaud est impressionnant de justesse, je pense qu’il occupe 99% du film, pas une scène sans lui. Il est tellement authentique et crédible que j’ai pensé qu’il n’était pas acteur mais paysan. Il réussit à partager son attachement pour ses bêtes sans excès, moi aussi j’ai eu peur pour elles, je me suis inquiétée et la fin du film m’a émue. Un chouette film à voir !

 

Lola lit Monsieur Origami

Une histoire toute simple – A 20 ans, Kurogiku quitte son Japon natal à la recherche d’une belle italienne à la chevelure couleur de geai, aperçue par la fenêtre. Il ne sait rien d’elle, juste ce mot Ciao, lancé dans la rue. Il part en Italie, avec pour seule fortune 3 graines de Kôzo, le mûrier à papier dont l’écorce sert à la fabrication du Washi, le papier japonais. 40 ans plus tard, devenu Maître Kurogiku, il perpétue ce savoir-faire ancestral, dans la ruine qu’il habite depuis son arrivée en Italie. Un jour, un jeune homme lui demande l’hospitalité, commence entre eux une relation faite de respect, de contemplation et de peu de mots.

Un très court premier roman, tout plein de zénitude, de dépouillement, de silence, de bon sens, de poésie, d’harmonie. 158 pages, 3 parties construites comme de longs haïkus.


Monsieur Origami/Jean-Marc Ceci – Editions Gallimard – août 2016 – 158p

 

Lola lit Les 7 mariages d’Edgar et Ludmilla

C’est l’histoire d’Edgar et Ludmilla, racontée par le mari de leur fille unique Ingrid, qui a mené une enquête précise sur ses beaux-parents. Edgar et Ludmilla se sont rencontrés au fin fond de l’Ukraine où il faisait un reportage avec des amis. Les habitants du village avait été prévenus de l’arrivée d’étrangers, ils devaient se montrer prudents et muets. A l’époque le Parti décidait de tout. Ludmilla, considérée comme une folle par ses voisins ne voulut pas laisser passer sa chance de vivre une aventure extraordinaire, elle monta donc sur un arbre et attendit. Lorsque la voiture des français arriva, elle jeta ses habits et nue, marcha vers eux. Edgar sut qu’il reviendrait la chercher. Et il tint parole, il revint au village avec tous les papiers nécessaires, ils se marièrent rapidement avant de quitter le pays. Elle était aux anges, il était inquiet. Réussirait-il à la rendre heureuse après l’avoir arrachée à ses racines ? Elle, c’est sûr, serait heureuse à ses côtés, il l’avait sauvée. Il était préoccupé, inquiet, se sentait responsable, trop pour pouvoir profiter de cette belle histoire, ils ont fini par divorcer.

Alors Edgar et Ludmilla ont emprunté des routes parallèles ; elle a fait carrière dans l’opéra, elle avait un joli brin de voix et lui, dans les affaires. Ils sont devenus célèbres et riches, et à chaque fois que leurs routes se sont croisées, mariages et divorces se sont enchaînés. Ces deux-là s’aimaient mais avaient du mal à se comprendre.

On retrouve la belle écriture de Rufin, décidément très agréable à lire. Les mots s’enchaînent harmonieusement, précis, justes et tout en finesse. Un vrai bonheur à lire ! Et puis, quand on sait que l’Académicien s’est marié 4 fois, dont 3 avec sa femme, le roman nous offre une lecture différente, et on se demande souvent derrière quel trait d’Edgar il se cache. Nous sommes entraînés dans une aventure, des années 60 aux années 2000, aux quatre coins d’un monde peuplé de personnalités, Tapi, La Callas, Giscard, Philippe Tesson… qui rend ce récit vivant et authentique.


Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla/Jean-Christophe Rufin – Editions Gallimard – Collection Blanche – mars 2019 – 384p

Lola lit Cette minute où tout a basculé

La jeune Yuna (joli prénom breton) décide de quitter la maison pour faire ses études d’infirmière à Lannion. La proximité de la ville où s’est suicidé son papa quand il avait 23 ans et qu’elle n’a pas connu, n’a pas échappé à sa mère demeurée inconsolable par la mort inexpliquée de son grand amour alors que tout allait si bien entre eux. Yuna a décidé de rencontrer Jeanne, sa grand-mère paternelle qui les a rejetées au décès de son fils. Cette rencontre déstabilise Yuna qui décide, soutenue et aidée par sa mère, de mener une petite enquête.

Des personnages sympathiques et attachants, du suspens et du rythme, une histoire bien ficelée même si on comprend assez rapidement le lien entre Lola et Yuna. Ce premier roman auto-édité est agréable à lire mais il faut passer outre les maladresses des premières pages : répétitions de mots multiples, erreurs de structure et de ponctuation. C’est assez pénible au début mais la gêne disparaît lorsque l’histoire est installée. Je ne partage pas le choix de la couverture et du livre qui desserve ce livre qui mérite d’être lu et apprécié.


Cette minute où tout a basculé/Elowen MAE – autoédition – mai 2018 – 424p

Lola regarde Isle Of Dogs

Il est dingue ce Wes Anderson ! J’adore ses films, The Grand Budapest Hotel, The royal Tenenbaums, Moonrise Kingdom ♥ J’aime la profondeur des sentiments qui se cache derrière sa loufoquerie, la fantaisie de ses personnages, ses décors incroyables. Bref, j’aime tout !

Et celui-ci aussi, il est génial ! Comment ce réalisateur américain de 50 ans, à l’allure de jeune homme, réussit à nous tenir scotchés pendant 1h42 devant un film d’animation qui raconte comment, au Japon, une bande de chiens décide de combattre le régime en place qui a placé toute la communauté canine en quarantaine sur une île poubelle ? L’aventure de ces chiens crasseux et malades menée par le jeune Atari est divinement rocambolesque, les images sont très bien texturisées, le fait de ne pas sous-titrer tous les dialogues ajoute de la malice, et surtout ça parle de notre monde aujourd’hui. C’est tristement drôle, ça parle de l’autoritarisme, de la manipulation, de la bêtise des hommes, du rejet et de l’isolement, de la différence qui effraie, qui gêne mise au ban de la société mais ça parle aussi de la fidélité, de l’amitié et de la fraternité.

Génial, je vous dis !

Lola lit Deux soeurs

Mathilde, prof de français au collège, est passionnée par la littérature et très amoureuse d’Etienne, avec qui elle vit depuis 5 ans. Lorsque celui-ci la quitte pour Iris, son ex qui vient de rentrer d’Australie, Mathilde s’écroule. La solide Mathilde, fiable, stable, pleine de bonté n’existe plus et laisse la place à une autre, très différente que son entourage ne reconnait plus. Même Agathe, sa sœur aînée, qui l’héberge, se sent impuissante face à son comportement. Mathilde n’acceptera jamais qu’Etienne l’ait quittée, elle sait qu’elle l’aimera toujours, alors dans son cœur meurtri, l’idée de la vengeance se met à germer.

Lu parce que j’avais entendu parler de thriller psychologique, cela a piqué ma curiosité. L’auteur décrit la déconstruction d’une femme meurtrie et le thème est très intéressant mais on est loin du thriller, le genre littéraire utilisant le suspense ou la tension narrative pour provoquer chez le lecteur une excitation ou une appréhension et le tenir en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue (in wiki). Et comment, même avec un thème aussi puissant, le roman peut-il être aussi plat et convenu. Une lecture qui confirme mon manque d’intérêt pour cet auteur (à part La délicatesse que j’avais beaucoup aimé et Charlotte qui m’avait fait découvrir le destin tragique de cette jeune artiste).


Deux soeurs/David Foenkinos – Editions Gallimard – Collection Blanche – janvier 2019 – 176p

Lola lit Compromis

Le compromis, c’est le document que doit absolument faire signer Denis à Duval. Il veut lui vendre son appartement même si celui-ci, comme il le concède à son ami Martin, présente un certain nombre de défauts qu’il est préférable que le futur acheteur ignore. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a donc convié à ce rendez-vous Martin dont la seule présence devrait rassurer Duval.

Les compromis, ce sont aussi les concessions qu’exige Denis de Martin au nom de leur belle et longue amitié. Entre les 2, Duval, l’acheteur, assiste tantôt avec joie tantôt avec crainte à un règlement de compte entre l’acteur médiocre et l’auteur raté.

C’est la première fois que je lis une pièce de Claudel dont j’adore les romans. J’ai retrouvé son écriture qui, mise au service du théâtre, s’encanaille, prend du rythme, conserve sa superbe et nous livre autant d’émotion avec le rire en plus. Je continue donc à adorer Claudel ♥

Pièce jouée actuellement au Théâtre des Nouveautés à Paris avec Pierre Arditi et Michel Leeb.


Compromis/Philippe Claudel – Editions Stock – janvier 2019 –  160p

Lola regarde Capharnaüm ♥♥

2 heures d’émotion, le tout jeune acteur principal est incroyable ! Un film à voir 

Beyrouth – Le film s’ouvre sur un procès. Un jeune garçon, menotté s’approche de la barre et à la question du juge « Tu sais pourquoi tu es là ? » Il répond avec assurance « Oui, je veux porter plainte contre mes parents » « Et pour quel motif ? » « Parce qu’ils m’ont donné la vie ».

Flash back – Zaïn quitte la maison avec fracas quand ses parents « vendent » sa soeur Sahar, à l’épicier du coin. Il fuit la misère et la violence, il fuit des parents indignes et méprisables, qui frappent et insultent leurs nombreux enfants qui manquent de tout. Sur sa route, Zaïn croise une jeune maman éthiopienne sans papier qui vit avec son bébé dans un taudis. Elle l’héberge et en échange, il s’occupe du petit Yonas, pendant qu’elle travaille. Mais un jour, elle ne rentre pas…

Une histoire triste qui aurait pu donner un film glauque et/ou pathétique. Mais il est juste bouleversant, illuminé par la force et la volonté de Zaïn, merveilleusement interprété par le jeune syrien, Zaïn Al Rafeea.

 

 

 

Lola lit Un certain Paul Darrigrand ♥

Philippe Besson s’est essayé à l’autofiction avec Arrête avec tes mensonges et ça avait plutôt bien marché. Alors il recommence, pour notre plus grand plaisir, avec Un certain Paul Darrigrand. En 1988, après Rouen où il s’est beaucoup ennuyé, l’auteur s’installe à Bordeaux pour sa dernière année d’études. Il a 22 ans et cette année va changer sa vie, il va rencontrer le grand amour et la maladie.

En sortant d’un cours, il bouscule un certain Paul Darrigrand, un peu plus âgé, bien plus beau, très athlétique. Philippe tombe follement amoureux mais n’y croit pas, Paul est marié. Contre toute attente, commence une relation improbable, passionnée, charnelle et clandestine.

Un livre sensible, pudique qui parle d’amour, juste d’amour en toute vérité et universalité. Je continue à beaucoup aimer Philippe Besson


Un certain Paul Darrigrand/Philippe Besson – Editions Julliard – janvier 2019 – 211p

Lola lit Hawking (presque) facile !

Attention, ne vous méprenez pas, la couverture est trompeuse ! Ceci n’est pas un livre pour enfants, même s’il peut être à la portée des très très passionnés. C’est effectivement un ouvrage de vulgarisation scientifique, c’est à dire qu’il tente de rendre accessible au plus grand nombre des explications scientifiques d’ordinaire indéchiffrables.

Tout le monde (ou presque) connait Stephen Hawking, physicien et cosmologiste britannique atteint depuis ses vingt et un ans d’une terrible maladie dont l’issue sera la paralysie totale. Il a poursuivi ses études et ses recherches en surmontant les difficultés jusqu’à occuper une chaire à l’Université de Cambridge (et c’est pas rien !). A partir de 1985, il communique à l’aide d’un synthétiseur vocal en contractant sa joue droite, ce qui lui permet de produire 2 ou 3 mots par minute. C’est sa maladie, sa ténacité, son courage et sa passion  qui ont fait de lui une personnalité incontournable non seulement dans son milieu mais dans le monde entier. Il s’est éteint en 2018.

Ce livre, écrit par un journaliste scientifique et illustré par un graphiste et infographe dans le domaine de la physique et de l’astronomie, parvient à expliquer assez clairement les travaux du génie fasciné par les trous noirs, le Big Bang, les voyages dans le temps… Les illustrations amusantes et pédagogiques contribuent à rendre la lecture abordable. Un livre très intéressant à offrir à un passionné !

Merci aux Editions Delachaux et Niestlé et à Babelio pour cette découverte


Hawking (presque) facile ! / Rüdiger Vaas – Illustrateur Gunther Schulz – Editions Delachaux et Niestlé – février 2019 – 128p

Titre original Einfach Hawking ! (2016) – traduction et adaptation Claude Checconi