Lola lit La plus secrète mémoire des hommes

Quelle aventure j’ai vécu en lisant ce roman ! Entre Paris, Dakar, Amsterdam, Buenos Aires, tout au long du XX°siècle, j’ai suivi le jeune écrivain sénégalais Diégane Latyr Faye sur la piste de T.C. Elimane. J’ai marché sur les traces de l’écrivain mystérieux, croisé des personnages qui m’ont ensorcelée ; je me suis parfois perdue pour mieux me retrouver. J’ai voulu savoir où avait disparu T.C Elimane, comment il avait vécu le scandale à la sortie de son livre Le labyrinthe de l’inhumain.

Un roman magnétique ! J’ai été happée par l’écriture éclatante, intense, sa densité et sa modernité, fascinée par l’intelligence du récit ♥♥♥


La plus secrète mémoire des hommes / Mohamed Mbougar Sarr – Editions Phillipe Rey – aout 2021 – 448p – Prix Goncourt 2021

 

 

 

 

Mohamed Mbougar Sarr

EAN : 9782848768861
461 pages
Éditeur : PHILIPPE REY (19/08/2021)

Lola lit Le bonheur l’emportera

Sophie, Joachim et Maël vivent à Lille. Sophie travaille à Paris et enchaîne les aller-retour ; Sophie est ambitieuse, débordée, rigoureuse. Joachim télétravaille, militant à Greenpeace, c’est un père et un mari joyeux, positif, engagé et optimiste. Maël est un ado timide et solitaire, mal dans sa peau il se sent différent. Un problème d’identité au cœur de l’adolescence certes mais qui, parfois, prend beaucoup de place et provoque de profondes souffrances. Maël se perd entre l’apparente insensibilité de sa mère et malgré le soutien de son père.

Une famille qu’un baiser, pourtant sans importance, va faire exploser.

Un roman très agréable à lire ; de jolies émotions, des personnages très attachants et un thème d’actualité, la dysphorie de genre, abordé avec justesse.


Le bonheur l’emportera / Amélie Antoine – Editions XO – mai 2021 – 376p

 

Lola lit L’éternel fiancé

Petite élève de maternelle, elle assistait au concert de Noël avec l’école lorsque le garçonnet assis devant s’était retourné pour lui chuchoter en la fixant « Je t’aime parce que tu as les yeux ronds ». Fillette impressionnable que cette musique avait chargée d’une émotion toute particulière, elle avait paniqué et n’avait rien trouvé de mieux à lui répondre que « Moi je ne t’aime pas parce que tu as les cheveux de travers », une phrase que la narratrice de ce roman passerait sa vie à regretter. Car Etienne, le petit garçon, n’aurait pas fini de l’émouvoir, de l’étonner, de l’attirer. Elle ne l’oubliera jamais et leurs chemins se recroiseront, quelquefois, par hasard, alors qu’il n’a gardé aucun souvenir d’elle.

 

L’histoire n’est guère passionnante mais l’écriture d’Agnès Desarthe est délicate et soignée. Alors je ferai avec ce roman comme Etienne avec la narratrice, je l’oublierai pour des aventures (littéraires) plus intéressantes !


L’éternel fiancé / Agnès Desarthe – Editions de l’Olivier – aout 2021 – 256p

Déjà lu ↓

Lola lit Ultramarins

Un cargo au milieu de l’océan. Aux commandes une femme qui permet à son équipage de se baigner dans les eaux profondes et sombres. A leur retour, ils sont 21. La commande s’interroge, se serait-elle trompée ? Elle sort ses dossiers, recompte, s’étourdit.

Quel roman étrange et fascinant ! Il m’a angoissée, je l’ai lu avec une gêne dans la poitrine, comme empêchée de respirer à fond. J’aime bien les livres qui me provoquent, me dérangent, me déstabilisent avec brio 😉


Ultramarins / Mariette Navarro – Editions Quidam – aout 2021 – 156p

Lola lit Un tesson d’éternité ♥

Un roman que j’ai dévoré en quelques heures ! J’ai peur de l’avoir englouti trop vite, je ne pouvais pas m’arrêter. Peut-être que je l’aurais voulu plus dense, plus long, plus compliqué, qu’il me demande un réel effort de lecture, qu’il me torture. Mais l’aurais-je alors autant aimé ? 

Laure, sa complexité, sa force, ses batailles. Laure, le petit soldat, prête à tout pour défendre ce qu’elle a construit, pour sauver son fils, se sauver elle-même, même à sacrifier sa place dans la vie qu’elle a choisie. Léo, son fils par qui le malheur arrive, qui fait basculer le parfait équilibre édifié par sa mère, l’enfant qui porte le fardeau des grands-parents. Le père et les amis qui se retirent de la scène malaisante (comme dirait mon fils), qui craignent les éclaboussures, les salissures. Laure est seule finalement, comme elle a traversé son enfance et son adolescence. 

Une histoire de vie qui bascule, un équilibre fragile, instable, pulvériser par un grain de sable ! On traverse la vie sur un fil ; c’est tout à la fois fascinant et effrayant. J’ai beaucoup aimé  ♥♥♥


Un tesson d’éternité / Valérie Tong Cuong – Editions JC Lattès – aout 2021 – 272p

 

Déjà lus (clic sur la couv)

Lola lit Le fils de l’homme ♥♥♥

Le père débarque après une longue absence. Le fils l’observe, se méfie et la mère semble le craindre. Il les emmène aux Roches, une bâtisse isolée au fin fond de la montagne, la maison offre peu de confort, le père est tantôt taiseux, tantôt aimable, perdu dans le passé. Les souvenirs ressurgissent de cet endroit où il a vécu seul avec son père après la mort de sa mère, et qu’il a quitté brutalement à 17 ans.

Un roman qui s’ouvre sur une tranche de vie, celle d’un clan d’Hommes Préhistoriques. Une scène qui plante le décor ; l’isolement, la forêt, la prégnance de la nature, et nous plonge dans l’ambiance ; la rudesse de l’homme, la complicité entre la mère et l’enfant, le silence créent une tension qui fait naître un sentiment d’insécurité, d’angoisse et le présage d’une tragédie. La langue est belle, riche sans être compassée, les descriptions longues et détaillées, les personnages (dont on sait si peu) sont pleins d’une violence, d’une colère contenue qui menace de se déverser derrière chaque page tournée, on tremble pour le fils et sa mère.

Un roman remarquable ! ♥♥♥


Le fils de l’homme / Jean-Baptiste Del Amo – Editions Gallimard – aout 2021 – 240p

 

Lola lit Le plongeon ♥

C’est le moment pour Yvonne, 80 ans, de mettre en vente sa maison pour s’installer Aux Mimosas. Mais là, elle sombre, dans une chute qu’elle croit sans fin, elle n’a plus goût à cette vie, elle se retire dans le chagrin et le début de l’oubli. Mais heureusement dans cet Ehpad Yvonne va trouver la complicité de Martial, la gentillesse de Youssef l’infirmier, l’amitié de Thérèse, Fifi, Jacky et d’Angelina, la bande de vieux fous et surtout l’amour de PF.

Quelle petite merveille d’émotion cette BD ! ♥ J’ai été très émue par les corps dessinés, et rassurée parce qu’après tout, un vieux, c’est juste un jeune avec la peau plus lâche et toute sillonnée, les articulations rouillées, les muscles mous, et les souvenirs qui fanent.


Le plongeon / Séverine Vidal (texte) Victor L.Pinel (dessins et couleurs) – Editions Bamboo 2021 – 80p

Lola lit Feu

Laure est quadragénaire, mariée, mère d’une fillette et d’une ado, prof à l’université. Clément, 50 ans, a un bon boulot qui l’ennuie, dans une banque qui connait de graves difficultés, il vit avec son chien, surnommé Papa. Laure et Clément se rencontrent et entament une relation, bancale. Elle s’investit, s’engage, pense l’aimer, serait prête à quitter son mari, elle ment, délaisse son foyer, s’absente. Lui ne sait pas trop, il est hésitant, indécis, confus. Ils se voient, elle en voudrait plus, lui pas vraiment ou peut-être que si finalement. Bref, son cœur balance. Celui qui occupe toutes ses pensées, c’est Papa, son Bouvier Bernois, trouvé un jour à la gare. Depuis, ils ne se sont plus quittés. D’ailleurs Clément s’adresse à lui dans le livre.
La construction du roman est plutôt commune, un chapitre Clément, qui parle à son chien donc, un chapitre consacré à Laure (j’ignore qui est le narrateur mais il s’adresse à Laure en la tutoyant. Peut-être elle-même ?). L’histoire n’est pas trépidante, il ne se passe rien. Même la rébellion de l’adolescente ne sonne pas juste. Mais l’écriture est particulière ! Les phrases sont courtes. Le rythme nerveux, saccadé, rapide, un peu convulsif, franchement pénible n’est pas en adéquation avec ce que vivent les personnages. Leur relation n’est ni passionnelle, ni fusionnelle. Alors où est le feu ?

Je suis allée au bout car je devais le lire pour le boulot mais je l’ai lu contrainte et sans joie. C’est le seul roman que j’ai lu de cette auteure, je ne sais pas de quoi sont faits les cinq autres. Je ne comprends pas trop l’engouement autour de ce livre.

Première sélection du Prix Goncourt
Première sélection du Prix Renaudot
Première sélection du Prix de Flore
Première sélection du Prix Décembre
Première sélection du Prix Interallié


Feu / Maria Pourchet – Editions Fayard – aout 2021 – 360p

Lola lit La carte postale ♥♥♥

L’auteure, enceinte, vient se reposer chez ses parents ; sa nouvelle maternité lui donne envie de se plonger dans l’histoire familiale. Elle se souvient de cette carte postale, reçue à la maison au début de l’année 2003 alors qu’elle était ado. Une vieille carte postale de l’Opéra Garnier adressée à M. Bouveris, le nom de sa grand-mère maternelle, avec juste 4 prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Une carte anonyme, qui avait été rangée dans un tiroir et que l’auteure a bien envie de ressortir pour comprendre. Alors sa mère lui raconte et nous emmène sur les chemins de l’exil, des chemins plein d’espoir, des chemins qui conduisent à la mort. A l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Ephraïm, Emma et leurs enfants fuient la Russie pour s’installer en Lettonie, puis en Palestine où ils rejoignent le père d’Ephraïm. La famille a éclaté, chacun est parti vers son destin. Finalement, les Rabinovitch choisissent la France dont ils sont sûrs. Et puis la guerre éclate, la tragédie et l’horreur se répandent. Déportés à Auschwitz aucun des 4 prénoms notés sur la carte postale ne reviendra des camps de la mort.

Vingt ans plus tard, Anne Berest va tout tenter pour retracer l’histoire de sa famille maternelle, comprendre ce qui s’est passé, et peut-être trouver l’auteur de la carte anonyme.

Quel magnifique roman qui commence par l’histoire de cette famille juive qui cherche juste un endroit sûr où vivre. On vibre avec eux, on parcourt les routes, on suit leur installation, on souffle enfin, on est gonflé d’espoir mais hélas, il faut déjà repartir. J’ai été bouleversée par cette première partie ! Puis l’auteure entraîne sa mère dans une enquête douloureuse pour retrouver la trace du corbeau ; qui a envoyé cette carte, et pourquoi ? L’histoire se resserre, se rapproche de nous, le lecteur est lancé sur les pas de la grand-mère de l’auteure, la seule qui a survécu.

Un roman puissant et poignant ! Un coup de coeur ♥


La carte postale / Anne Berest – Editions Grasset – aout 2021 – 512 pages

 

Lola lit Rien ne t’appartient ♥♥♥

Tara a perdu son mari. Depuis, elle erre dans l’appartement, éprouvée, confuse. Elle n’est plus capable de rien, n’a plus envie de rien, elle sombre, seule et abattue. Parfois, elle voit un jeune garçon, assis dans son salon, une hallucination, qui est-il ? Doit-elle avoir peur ? Elle esquisse un pas de danse, de sa mémoire surgit  le Bharatanatyam cette danse traditionnelle indienne qu’elle a apprise enfant. Alors les fantômes jaillissent, les souvenirs affluent, le passé revient. Ce prénom d’abord, Vijaya, choisi par son père adoré et qui signifie Victoire, le prénom d’une petite fille heureuse qui aimait tant rire et danser. Ce pays de l’enfance heureuse, insouciante et cultivée, quand arrive le premier drame. Orpheline, Vijaya est recueillie par le jardinier puis confiée à un refuge pour filles gâchées où elle est accueillie par Amma qui lui assène cette phrase terrible « Rien ne t’appartient ». Le destin de Vijaya prend alors un autre chemin, jusqu’au second drame de sa vie.

J’attendais ce nouveau roman avec impatience, je suis fan de l’auteure. Encore un texte magnifique, on retrouve la plume délicate, lucide et pleine de poésie de l’auteure pour décrire le monde qui peut être si terrible. Un coup de cœur, comme ses autres romans ♥♥♥


Rien ne t’appartient / Nathacha Appanah – Editions Gallimard – aout 2021 – 160p