Lola lit Méchantes blessures

Kamil est un rappeur français, musulman adepte du Souphisme, d’origine congolaise né à Strasbourg. Le lendemain du décès de son père, son agent lui conseille de partir à New York où il pourra faire son deuil et surtout écrire. Kamil s’envole pour les Etats Unis où il se fait assassiner sur le parking d’un club de strip-tease.

Je ne connais l’auteur qu’à travers les textes de quelques unes de ses chansons, mais j’ai eu l’impression en lisant son roman qu’il y avait beaucoup de lui dans son personnage ; le prénom d’abord, Kamil est l’anagramme de Malik, la religion, les racines, le métier, le milieu dans lequel il évolue. Les pensées de l’artiste et de son personnage se superposent, à tel point qu’il est difficile de démêler le vrai du faux. Ce livre est une longue réflexion, plus proche de l’essai philosophique que du roman. On y retrouve son phrasé rythmé, son écriture poétique, ses mots toujours choisis avec soin, sa férocité polie.

Un petit livre spirituel qui nécessite un effort de lecture.


Méchantes blessures / Abd Al Malik – Editions PLON – 22/08/2019 – 224p 

 

 

 

Lola lit Sale gosse

Journaliste, fils d’un éducateur à la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), c’est naturellement vers son père que Mathieu Palain s’est tourné pour comprendre ce métier méconnu après une immersion de 6 mois à la PJJ où il a croisé les personnages de ce roman. « Au quotidien, les professionnels de la PJJ mènent des actions d’éducation, d’insertion sociale, scolaire et professionnelle au bénéfice des jeunes sous mandat judiciaire, pénal ou civil, et de leur famille. » [http://www.justice.gouv.fr]. Les éducateurs ont un rôle primordial, car ce sont eux qui accueillent les jeunes et les accompagnent jusqu’à leur majorité.

Wilfried est né du mauvais côté, il n’a pas tiré le bon numéro. Enlevé à sa toute jeune mère toxico, il est placé dès ses premiers mois dans une famille d’accueil ; c’est son parcours que l’auteur nous raconte. Wilfried grandit et s’en sort plutôt bien puisqu’il est promis à une belle carrière de joueur de foot professionnel, jusqu’à ce qu’il pète un plomb, se fasse exclure du milieu pour violence et se retrouve dans la zone. Un roman bien documenté où le métier d’éducateur est redoré. J’ai travaillé avec des jeunes de cet environnement, j’en ai reconnu quelques-uns ; tout est si réel dans le roman de Mathieu Palain, il ne manque rien, tout y est : violence, tendresse, incompréhension, dévouement, irresponsabilité, et injustice aussi.

Le tout petit truc qui m’a gênée, même si je sais que c’était nécessaire, c’est la langue, il écrit comme ils parlent : mal !


Sale gosse / Mathieu Palain – Editions L’Iconoclaste – Août 2019 – 350p

 

 

 

Lola lit L’écart :(

Pourquoi ce roman ne m’a pas touchée ? J’ai très vite lâché la main d’Amy qui, pour échapper à l’alcool et à sa vie londonienne sans intérêt, retourne s’installer dans son île natale, dans les Orcades, un archipel subarctique écossais. Je n’ai pas eu envie de la suivre, je l’ai très vite laissé tomber et du coup son histoire m’a terriblement ennuyée. J’ai trouvé que le personnage manquait de panache, de force, de profondeur, elle traîne ses démons comme on traîne un vieux chien, familièrement. Pourtant l’écriture est belle et la nature étourdissante mais elle n’a pas été traitée comme un personnage de l’histoire mais comme un décor.
Je n’aime pas ressentir ce vide pour un livre, je préfère le déplaisir à l’ennui !


L’écart / Amy Liptrot – Editions Globe – Août 2018 – 336p

Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre

 

Lola lit Le ciel par-dessus le toit

Difficile de parler de ce roman sans en dire trop.
C’est l’histoire de Phénix qui a vécu un traumatisme d’enfant alors qu’elle s’appelait encore Elliette.  Décidée à renaître de ses cendres, elle est partie, a construit sa vie, a eu plusieurs hommes dont 2 lui ont donné ses enfants. C’est l’histoire de Paloma, sa fille qui a quitté la maison en promettant à son frère de revenir le chercher. C’est l’histoire de Loup, un garçon pas tout à fait comme les autres qui a pris la voiture de sa mère pour rejoindre sa sœur et qui depuis, croupit en prison. C’est une histoire de famille, de relations tendues, inextricables. Une histoire d’amour aussi, maladroite mais sincère.
Un petit roman dense mais qui n’a pas réussi à me combler. Peut-être que j’avais tellement aimé Tropique de la violence, que j’en attendais beaucoup trop 🙁

Le ciel au dessus du toit / Nathacha Appanah – Editions Gallimard – août 2019 – 128p

Lola lit Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ♥

Une belle réussite le dernier roman de Jean-Paul Dubois. Encore une fois, je suis séduite, tout est parfait : l’écriture, d’abord comme toujours belle, précise, pleine de tendresse, d’humour. L’histoire, ensuite, impeccablement construite, ne laissant rien au hasard. Les personnages, enfin, complets et accomplis. On y retrouve un Paul, originaire de Toulouse qui vit au Canada, aime son chien et manie la tondeuse à gazon avec brio.

Lorsque son père, pasteur danois, quitte sa mère et Toulouse pour le Canada, Paul ne tarde pas à le rejoindre. Mais ce n’est pas le début du roman : le début, c’est le condo, la cellule que Paul partage avec Patrick Horton, un Hells Angels terrifié par le dentiste et les ciseaux de coiffeur, au centre pénitentiaire de Montréal.  Mais que fait Paul, cet homme amical, honnête, poli, serviable, concierge irréprochable de l’Excelsior, en prison ? L’auteur remonte tranquillement le fil de l’histoire, tout en partageant les conditions de cohabitation de Paul et Patrick. C’est très bien ! ♥


Jean-Paul Dubois – Editions de l’Olivier – août 2019 – 246 pages

Lola lit Eden

Nita, la narratrice, est très attirée par Lucy, une ado qui vient de s’installer avec son père près de chez elle. Lucy est blanche, belle et un peu bizarre. Elle passe beaucoup de temps dans la forêt où il se passe des choses étranges. Mais un jour, Lucy disparaît. Elle est retrouvée 3 jours plus tard sous un arbre, nue, ensanglantée, couverte de griffures, elle a été violée. Choquée, Lucy reste muette mais Nita voudrait comprendre ce qui s’est passé.
Encore une fois, l’auteure offre un premier rôle à la nature, comme dans le très réussi Summer. Ici, la forêt de cette réserve amérindienne est dense, mystérieuse, effrayante. Détruite par les pelleteuses des blancs, on pourrait penser qu’elle se venge, tout comme les femmes indiennes serveuses au Hollywood pourraient se venger du comportement abject des hommes blancs ouvriers sur les chantiers de déboisement qui les brutalisent, les maltraitent.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman mais une fois dedans, je m’y suis plu.


Eden / Monica Sabolo – Editions Gallimard – août 2019 – 288p

Lola lit Girl ♥

En avril 2014, dans la nuit du 14 au 15 avril, des combattants de Boko Aram, un groupe islamiste, entrent dans Chibok une petite ville au nord-est du Nigeria, détruisent l’école et enlèvent 276 lycéennes. Les adolescentes sont conduites dans la forêt où elles sont séquestrées, réduites en esclavage, maltraitées, violées, vendues, converties et mariées de force.

Maryam, l’une des adolescentes kidnappées, nous raconte son calvaire, sa fuite quand elle parvient à s’évader avec Baby, son bébé né de son mariage en captivité. Elle est retrouvée par les autorités, fêtée, acclamée, puis raccompagnée dans son village auprès des siens. Soulagée, confiante, elle pense que la vie va reprendre, que l’horreur est derrière. Mais c’est sans compter sur la folie des Hommes ; commencent alors pour Maryam et Baby des épreuves que Nous ne pourrions imaginer. Car pour eux, Maryam est pour toujours une femme du Bush.

Un roman fort, terrible, atroce, sur la barbarie, la folie humaine. Un roman de combats ; celui de Maryam pour recouvrer la liberté et l’honneur, celui de l’auteur pour faire entendre des voix étouffées. Boko Haram continue de semer la terreur au Nigeria, où ses combattants mènent régulièrement des attaques dans les villages, tuant, pillant, violant. C’est insupportablement absurde !

J’aime les romans de Edna O’Brien, cette irlandaise de 88 ans, engagée dans le combat des femmes, qui a eu une vie riche ; une enfance à la campagne avec une mère autoritaire et un père alcoolique, elle s’oppose rapidement à ses parents et se tourne vers la littérature. Ses premiers livres jugés immoraux et dangereux, ont été interdits et parfois brûlés dans l’Irlande puritaine des années 60. Edna O’Brien écrit sur les femmes et puise son inspiration dans son enfance et les faits divers. Pour Girl, elle s’est rendue à Lagos, la plus grande ville du pays, pour recueillir des témoignages, rencontrer des anciennes captives, des médecins, des ong, des religieuses. J’avais beaucoup aimé Tu ne tueras point et Les petites chaises rouges, je vais m’empresser de lire sa [condamnée car sulfureuse] trilogie The Country Girls,  The Lonely Girl et Girls in Their Married Bliss, publiée entre 1960 et 1964.

Girl / Edna O’Brien – Éditions Sabine Wespieser – Août 2019 – 250 p
Traduit de l’anglais Irlande par Aude de Saint Loup et Pierre Emmanuel Dauzat.

Lola lit L’erreur

Sasha et Mark essaient d’avoir un bébé depuis 7 longues années d’acharnement. Alors lorsqu’une grossesse s’annonce, Sasha est aux petits soins pour son ventre qui s’arrondit. Mais lors d’un déplacement, leur voiture heurte un kangourou et Sasha est conduite à l’hôpital pour subir une césarienne de toute urgence. Le bébé prématuré est sauvé mais est-il vraiment le bébé qu’ils attendaient ? Sasha est persuadée que le petit Tobias n’est pas son fils, et qu’elle est victime d’une inversion de bébés. Pendant son hospitalisation, le passé refait surface, douloureux. Le corps médical, l’entourage tous pensent qu’elle souffre du syndrome de la dépression post-partum. Mais Sasha est sûre d’elle, son instinct maternel ne trompe pas, elle doit s’accrocher, elle n’a que 7 jours pour récupérer son bébé. Mais personne ne la croit alors qui va l’aider ?

Un thriller efficace mais j’ai trouvé la fin peu crédible. Dommage !


L’erreur /Susi Fox – Editions Fleuve Noir – janvier 2019 – 360p

Lola lit Une fille sans histoire ♥♥♥

Un coup de cœur pour ce roman, le premier de Constance Rivière, jeune énarque qui fut conseillère à l’Elysée pendant la présidence de François Hollande. Elle signe un beau roman polyphonique, très moderne, tant par son sujet que par son écriture, belle et précise.

Le 13 novembre 2015, Adèle, une jeune femme un peu paumée, est postée à la fenêtre de son appartement parisien près du Bataclan. Comme tous les soirs, elle observe ses voisins, leur invente une vie, se raconte des histoires. Mais vers 22 heures, des coups de feu, des sirènes de police, des cris, des hurlements, du sang partout, la panique, des gens qui courent dans tous les sens. Adèle paniquée ferme la fenêtre, se réfugie dans l’obscurité de son appartement, allume la télévision et regarde, épouvantée, les premières images de l’horreur des attentats. Et puis soudain, parmi les photos de visages brandies par les proches des victimes, Adèle reconnait Matteo, un jeune artiste qu’elle avait l’habitude de croiser quand elle était encore serveuse dans ce petit bar près de chez elle. Sans comprendre vraiment pourquoi, Adèle décide de partir à la recherche de Matteo, elle se rend à l’Ecole Militaire où sont accueillis, dans l’urgence et la désorganisation, les proches des victimes. Là, pour justifier sa présence, elle raconte une fable, elle invente une histoire d’amour avec Matteo. Elle l’attendait ce soir, il devait la retrouver à l’appartement après le concert. Ils sont fous amoureux depuis peu, se sont rencontrés dans le bar où elle bosse. Sa détresse touche Saïd, un jeune volontaire de la Croix Rouge qui promet de lui donner des nouvelles de son amoureux. Francesca la mère de Matteo, tout juste arrivée d’Italie ne comprend pas la présence de cette jeune fille mais foudroyée par la douleur, se laisse prendre en charge.

Une histoire étourdissante, racontée par 3 voix, celle du narrateur, de Saïd et Francesca qui apportent leur témoignage. Une histoire qui soulève beaucoup de questionnements, on ne peut rester insensible au personnage d’Adèle, il est difficile de juger son mensonge et en même temps peut-on comprendre un tel comportement ? Et puis l’auteure nous replonge dans cette tragédie, cette horreur, cette nuit monstrueuse, encore tellement présente dans nos cœurs et dans nos tripes. Un gros coup de coeur ♥♥♥


Une fille sans histoire / Constance Rivière – Editions Stock – août 2019 – 144p

Lola lit Sleeping Beauties

Stephen King, voilà un auteur que je n’ai jamais lu. Là, conseillée par un ami qui m’a présenté ce livre comme étant une sorte d’étude sociologique genre « Comment tournerait le monde si toutes les femmes s’endormaient ? », j’ai été tentée. Bon, ce n’est pas exactement ce que j’attendais, les King père et fils n’étudient rien du tout. Les femmes s’endorment effectivement, entourées d’un cocon collant qu’il est dangereux de déchirer. Au moment où les premières femmes sombrent, Evie, une jeune femme étrange vient régler leur compte avec violence à des petits délinquants. Conduite en prison, elle a un comportement étrange ; elle sait tout, de tous et se réveille tranquillement et sans cocon de chacune de ses siestes alors que toutes les autres femmes qui sont réveillées se transforment en furies monstrueuses. Bref, elle éveille l’intérêt et la curiosité. Mais la rumeur enfle et gronde, Evie serait-elle la grande responsable du phénomène Aurora qui prive les hommes de leurs femmes, filles, et mères. Pour l’arrêter, faudrait-il l’emprisonner, la torturer, la brûler ou la découper en morceaux ?

Bon, est-ce du pur Stephen King ? Je n’en ai aucune idée, mais ce sera là mon unique expérience. 832 pages ?! J’ai cru ne jamais en venir à bout.


Sleeping Beauties / Stephen et Owen King – Editions Albin Michel – mars 2018 – 832p – traduit par Jean Esch