Lola lit Encre sympathique

Noëlle Lefebvre a disparu. Et c’est Jean Eyben qui est chargé, par la société de détectives privés dans laquelle il travaille, de la retrouver. Nous sommes dans les années soixante, Jean Eyben est tout jeune et il sait déjà qu’il ne fera pas ce métier toute sa vie. Il a quelques pistes, qui le conduisent dans le quinzième arrondissement de Paris, dans un bistrot, un dancing, un appart et la poste. C’est bien maigre, il réussit tout de même à glaner quelques noms qui ne le mèneront nulle part. Jean quittera l’agence de détective mais gardera toujours en tête le mystère de la disparition de Noëlle Lefebvre, et repartira sur ses traces de la Savoie à Rome pour écrire, trente ans après, son propre roman.  On erre, on se perd, on cherche, on aimerait bien la retrouver aussi cette Noëlle, mais dans le cas contraire, ce n’est pas très grave. On aura passer un merveilleux moment avec Modiano, son écriture exigeante mais tellement modeste.


Encre sympathique / Patrick Modiano – Editions Gallimard – 03/10/2019 –  144 p. – 16 € –

Lola lit Loin

Quelle aventure ce roman ! Il vous emmène loin, très loin 🙂

L’auteur nous trimballe sur les routes allemandes, autrichiennes, turques, géorgiennes et arméniennes, coincés dans une vieille Lada d’occasion entre Antoine et son insupportable frangine Anna. Mais le voyage ne s’arrête pas là et nous allons emprunter tous les moyens de transport existants dont un vieux coucou et un catamaran, pour rejoindre l’Asie à la recherche de Charles, leur père qui les a abandonnés quand ils étaient tout petits. Laurent, le meilleur ami est du voyage, parfait médiateur entre le frère très discipliné et sa punk de soeur qui sont comme chien et chat. Partis quelques jours, ils ne reviendront pas avant plusieurs mois, au terme d’une quête où chacun aura fait un bon bout de chemin personnel.

Beaucoup de personnages peuplent ces histoires parallèles inscrites dans l’Histoire, celle de la montée du nazisme et de la Seconde guerre mondiale, de la Russie communiste, du génocide arménien, de la chute du mur de Berlin, du Tsunami de 2004 dans l’océan indien… On passe de l’une à l’autre sans temps mort, de façon un peu chaotique et ce n’est pas toujours facile de faire le lien entre elles, car les personnages changent de nom mais aussi de prénom, de villes et de pays évidement et même de continent. Un roman rocambolesque, agréable à lire, même si à chaque nouvelle période, chaque nouveau pays, l’auteur nous fait un petit cours de géo-politique qui m’a donné l’impression d’être de retour au collège.


Loin / Alexis Michalik – Editions Albin Michel – septembre 2019 – 656p

 

Lola lit Méchantes blessures

Kamil est un rappeur français, musulman adepte du Souphisme, d’origine congolaise né à Strasbourg. Le lendemain du décès de son père, son agent lui conseille de partir à New York où il pourra faire son deuil et surtout écrire. Kamil s’envole pour les Etats Unis où il se fait assassiner sur le parking d’un club de strip-tease.

Je ne connais l’auteur qu’à travers les textes de quelques unes de ses chansons, mais j’ai eu l’impression en lisant son roman qu’il y avait beaucoup de lui dans son personnage ; le prénom d’abord, Kamil est l’anagramme de Malik, la religion, les racines, le métier, le milieu dans lequel il évolue. Les pensées de l’artiste et de son personnage se superposent, à tel point qu’il est difficile de démêler le vrai du faux. Ce livre est une longue réflexion, plus proche de l’essai philosophique que du roman. On y retrouve son phrasé rythmé, son écriture poétique, ses mots toujours choisis avec soin, sa férocité polie.

Un petit livre spirituel qui nécessite un effort de lecture.


Méchantes blessures / Abd Al Malik – Editions PLON – 22/08/2019 – 224p 

 

 

 

Lola lit Sale gosse

Journaliste, fils d’un éducateur à la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), c’est naturellement vers son père que Mathieu Palain s’est tourné pour comprendre ce métier méconnu après une immersion de 6 mois à la PJJ où il a croisé les personnages de ce roman. « Au quotidien, les professionnels de la PJJ mènent des actions d’éducation, d’insertion sociale, scolaire et professionnelle au bénéfice des jeunes sous mandat judiciaire, pénal ou civil, et de leur famille. » [http://www.justice.gouv.fr]. Les éducateurs ont un rôle primordial, car ce sont eux qui accueillent les jeunes et les accompagnent jusqu’à leur majorité.

Wilfried est né du mauvais côté, il n’a pas tiré le bon numéro. Enlevé à sa toute jeune mère toxico, il est placé dès ses premiers mois dans une famille d’accueil ; c’est son parcours que l’auteur nous raconte. Wilfried grandit et s’en sort plutôt bien puisqu’il est promis à une belle carrière de joueur de foot professionnel, jusqu’à ce qu’il pète un plomb, se fasse exclure du milieu pour violence et se retrouve dans la zone. Un roman bien documenté où le métier d’éducateur est redoré. J’ai travaillé avec des jeunes de cet environnement, j’en ai reconnu quelques-uns ; tout est si réel dans le roman de Mathieu Palain, il ne manque rien, tout y est : violence, tendresse, incompréhension, dévouement, irresponsabilité, et injustice aussi.

Le tout petit truc qui m’a gênée, même si je sais que c’était nécessaire, c’est la langue, il écrit comme ils parlent : mal !


Sale gosse / Mathieu Palain – Editions L’Iconoclaste – Août 2019 – 350p

 

 

 

Lola lit L’écart :(

Pourquoi ce roman ne m’a pas touchée ? J’ai très vite lâché la main d’Amy qui, pour échapper à l’alcool et à sa vie londonienne sans intérêt, retourne s’installer dans son île natale, dans les Orcades, un archipel subarctique écossais. Je n’ai pas eu envie de la suivre, je l’ai très vite laissé tomber et du coup son histoire m’a terriblement ennuyée. J’ai trouvé que le personnage manquait de panache, de force, de profondeur, elle traîne ses démons comme on traîne un vieux chien, familièrement. Pourtant l’écriture est belle et la nature étourdissante mais elle n’a pas été traitée comme un personnage de l’histoire mais comme un décor.
Je n’aime pas ressentir ce vide pour un livre, je préfère le déplaisir à l’ennui !


L’écart / Amy Liptrot – Editions Globe – Août 2018 – 336p

Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre

 

Lola lit Le ciel par-dessus le toit

Difficile de parler de ce roman sans en dire trop.
C’est l’histoire de Phénix qui a vécu un traumatisme d’enfant alors qu’elle s’appelait encore Elliette.  Décidée à renaître de ses cendres, elle est partie, a construit sa vie, a eu plusieurs hommes dont 2 lui ont donné ses enfants. C’est l’histoire de Paloma, sa fille qui a quitté la maison en promettant à son frère de revenir le chercher. C’est l’histoire de Loup, un garçon pas tout à fait comme les autres qui a pris la voiture de sa mère pour rejoindre sa sœur et qui depuis, croupit en prison. C’est une histoire de famille, de relations tendues, inextricables. Une histoire d’amour aussi, maladroite mais sincère.
Un petit roman dense mais qui n’a pas réussi à me combler. Peut-être que j’avais tellement aimé Tropique de la violence, que j’en attendais beaucoup trop 🙁

Le ciel au dessus du toit / Nathacha Appanah – Editions Gallimard – août 2019 – 128p

Lola lit Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ♥

Une belle réussite le dernier roman de Jean-Paul Dubois. Encore une fois, je suis séduite, tout est parfait : l’écriture, d’abord comme toujours belle, précise, pleine de tendresse, d’humour. L’histoire, ensuite, impeccablement construite, ne laissant rien au hasard. Les personnages, enfin, complets et accomplis. On y retrouve un Paul, originaire de Toulouse qui vit au Canada, aime son chien et manie la tondeuse à gazon avec brio.

Lorsque son père, pasteur danois, quitte sa mère et Toulouse pour le Canada, Paul ne tarde pas à le rejoindre. Mais ce n’est pas le début du roman : le début, c’est le condo, la cellule que Paul partage avec Patrick Horton, un Hells Angels terrifié par le dentiste et les ciseaux de coiffeur, au centre pénitentiaire de Montréal.  Mais que fait Paul, cet homme amical, honnête, poli, serviable, concierge irréprochable de l’Excelsior, en prison ? L’auteur remonte tranquillement le fil de l’histoire, tout en partageant les conditions de cohabitation de Paul et Patrick. C’est très bien ! ♥


Jean-Paul Dubois – Editions de l’Olivier – août 2019 – 246 pages

Lola lit Eden

Nita, la narratrice, est très attirée par Lucy, une ado qui vient de s’installer avec son père près de chez elle. Lucy est blanche, belle et un peu bizarre. Elle passe beaucoup de temps dans la forêt où il se passe des choses étranges. Mais un jour, Lucy disparaît. Elle est retrouvée 3 jours plus tard sous un arbre, nue, ensanglantée, couverte de griffures, elle a été violée. Choquée, Lucy reste muette mais Nita voudrait comprendre ce qui s’est passé.
Encore une fois, l’auteure offre un premier rôle à la nature, comme dans le très réussi Summer. Ici, la forêt de cette réserve amérindienne est dense, mystérieuse, effrayante. Détruite par les pelleteuses des blancs, on pourrait penser qu’elle se venge, tout comme les femmes indiennes serveuses au Hollywood pourraient se venger du comportement abject des hommes blancs ouvriers sur les chantiers de déboisement qui les brutalisent, les maltraitent.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman mais une fois dedans, je m’y suis plu.


Eden / Monica Sabolo – Editions Gallimard – août 2019 – 288p

Lola lit Girl ♥

En avril 2014, dans la nuit du 14 au 15 avril, des combattants de Boko Aram, un groupe islamiste, entrent dans Chibok une petite ville au nord-est du Nigeria, détruisent l’école et enlèvent 276 lycéennes. Les adolescentes sont conduites dans la forêt où elles sont séquestrées, réduites en esclavage, maltraitées, violées, vendues, converties et mariées de force.

Maryam, l’une des adolescentes kidnappées, nous raconte son calvaire, sa fuite quand elle parvient à s’évader avec Baby, son bébé né de son mariage en captivité. Elle est retrouvée par les autorités, fêtée, acclamée, puis raccompagnée dans son village auprès des siens. Soulagée, confiante, elle pense que la vie va reprendre, que l’horreur est derrière. Mais c’est sans compter sur la folie des Hommes ; commencent alors pour Maryam et Baby des épreuves que Nous ne pourrions imaginer. Car pour eux, Maryam est pour toujours une femme du Bush.

Un roman fort, terrible, atroce, sur la barbarie, la folie humaine. Un roman de combats ; celui de Maryam pour recouvrer la liberté et l’honneur, celui de l’auteur pour faire entendre des voix étouffées. Boko Haram continue de semer la terreur au Nigeria, où ses combattants mènent régulièrement des attaques dans les villages, tuant, pillant, violant. C’est insupportablement absurde !

J’aime les romans de Edna O’Brien, cette irlandaise de 88 ans, engagée dans le combat des femmes, qui a eu une vie riche ; une enfance à la campagne avec une mère autoritaire et un père alcoolique, elle s’oppose rapidement à ses parents et se tourne vers la littérature. Ses premiers livres jugés immoraux et dangereux, ont été interdits et parfois brûlés dans l’Irlande puritaine des années 60. Edna O’Brien écrit sur les femmes et puise son inspiration dans son enfance et les faits divers. Pour Girl, elle s’est rendue à Lagos, la plus grande ville du pays, pour recueillir des témoignages, rencontrer des anciennes captives, des médecins, des ong, des religieuses. J’avais beaucoup aimé Tu ne tueras point et Les petites chaises rouges, je vais m’empresser de lire sa [condamnée car sulfureuse] trilogie The Country Girls,  The Lonely Girl et Girls in Their Married Bliss, publiée entre 1960 et 1964.

Girl / Edna O’Brien – Éditions Sabine Wespieser – Août 2019 – 250 p
Traduit de l’anglais Irlande par Aude de Saint Loup et Pierre Emmanuel Dauzat.

Lola lit L’erreur

Sasha et Mark essaient d’avoir un bébé depuis 7 longues années d’acharnement. Alors lorsqu’une grossesse s’annonce, Sasha est aux petits soins pour son ventre qui s’arrondit. Mais lors d’un déplacement, leur voiture heurte un kangourou et Sasha est conduite à l’hôpital pour subir une césarienne de toute urgence. Le bébé prématuré est sauvé mais est-il vraiment le bébé qu’ils attendaient ? Sasha est persuadée que le petit Tobias n’est pas son fils, et qu’elle est victime d’une inversion de bébés. Pendant son hospitalisation, le passé refait surface, douloureux. Le corps médical, l’entourage tous pensent qu’elle souffre du syndrome de la dépression post-partum. Mais Sasha est sûre d’elle, son instinct maternel ne trompe pas, elle doit s’accrocher, elle n’a que 7 jours pour récupérer son bébé. Mais personne ne la croit alors qui va l’aider ?

Un thriller efficace mais j’ai trouvé la fin peu crédible. Dommage !


L’erreur /Susi Fox – Editions Fleuve Noir – janvier 2019 – 360p