Lola lit Danser au bord de l’abîme

Mince, encore raté ce rdv avec Grégoire Delacourt. J’avais pourtant vraiment beaucoup aimé le premier La liste de mes envies, j’avais hâte de lire le deuxième et puis j’avais été déçue. Un troisième ? Youpi, ça va me plaire ! Nan, toujours pas. Et ça continue, quatrième et voilà le cinquième mais je ne retrouve toujours pas le raconteur que j’ai aimé dans La liste. Je ne peux pas dire que ce ne sont pas des bons romans, ils ont tout, mais je m’ennuie en les lisant. Le sixième arrive, La femme qui ne vieillissait pas, et encore une fois, le résumé me fait envie, alors je vais le lire c’est sûr, à la recherche de la petite étincelle.

Dans Danser au bord de l’abîme, je n’ai pas frôlé l’abîme, je ne me suis pas attachée à l’héroïne, je n’ai pas été troublée par ses émotions, je n’ai pas cru à ses amitiés. Le seul moment qui m’a un peu émue concerne la maladie Olivier et encore, pour ceux qui le liront, je ne parle pas de la fin, que j’ai trouvé ordinaire.


Danser au bord de l’abîme / Grégoire Delacourt – Editions JCLattès 01/2017 – 320p

Lola lit Autobiographie d’une courgette

Depuis que son mari l’a quittée pour faire le tour du monde avec une poule, la maman d’Icare passe ses journées affalée sur le canapé à regarder la télé, boire des bières et distribuer des taloches. Icare 11 ans, dit Courgette, s’élève seul tristement. Un jour, par accident, il la tue d’une balle de revolver. Le gendarme qui le récupère caché dans le grenier se prend d’affection pour ce petit garçon. Voilà Courgette dans un foyer où tous les adultes sont gentils, bienveillants, où il apprend l’amour et le respect, où il se fait plein de copains, tous aussi cassés que lui, et où, surtout, il tombe éperdument amoureux de la jolie Camille.

Le petit héros est naïf et attachant, il traverse la vie avec innocence. Un petit roman qui se lit très rapidement, débordant de bons sentiments, qui peut faire du bien.


Autobiographie d’une courgette / Gilles Paris – Editions Plon 2002 – 226p

Lola lit Abigaël

Dans la Hongrie des années d’avant guerre, Gina est une toute jeune fille adorée et gâtée par son père qui l’élève avec l’aide de Marcelle, sa préceptrice française et Mimo, une tante fantasque. Gina mène une vie heureuse jusqu’à l’annonce de son départ précipité pour Madula, une institution protestante pour jeunes filles. Gina a du mal à supporter les règles de Madula, la sévérité des adultes et l’austérité des activités. Dès son arrivée, son caractère l’isole, les pensionnaires la mettent à l’écart, et Gina souffre de la solitude. Contre toute attente, elle trouve du réconfort auprès d’Abigaël, la statue nichée au fond du jardin qui va l’aider à surmonter les épreuves. Mais qui se cache derrière Abigaël ?

Heureusement, dans ce récit initiatique, sur fond de Seconde Guerre Mondiale, l’héroïne apprend de ses échecs et en sort grandie.

Un roman simplement excellent qui m’a donné très envie de lire les autres œuvres de l’auteur.


Abigaël / Magda SZABO – Editions Viviane Hamy septembre 2017 – 420p

traduit du hongrois par Chantal Philippe – titre original Abigaël 1970

Lola lit Les échoués

Virgil le moldave, Chanchal le bangladais, Assan le somalien et sa toute jeune fille Iman ont perdu femmes, enfants, familles et fui leur pays où ils étaient en danger pour rejoindre la France, pays de liberté. Après des traversées dans l’horreur, ils débarquent, chacun de leur côté, dans la banlieue parisienne. Sans papiers, sans domicile, sans travail, sans argent, endettés, affamés, ils sont les proies des trafiquants, négriers, marchands de sommeil et autres exploiteurs. Alors, ils mettent en commun leurs espoirs et leurs chagrins et essaient de s’en sortir. Chanchan vend des roses aux amoureux, Virgil et Assan travaillent à s’arracher les mains sur les chantiers de construction et Iman se cache. Heureusement, il existe des gens bien ; Julien, Elise et leur petite Camille se prennent d’affection pour le quatuor et leur proposent du travail et surtout un toit. On pourrait penser que tout va aller pour eux après cette rencontre inespérée, mais c’est sans compter sur le sort, qui s’acharne.

L’immigration, la clandestinité, un sujet grave que l’auteur, un journaliste connait bien. Il nous offre un roman tellement crédible que ses personnages existent sûrement quelque part. Un livre grave, sans voyeurisme, sobre et riche. A lire !


Les échoués / Pascal Manoukian – Don Quichotte éditions 2015 – 300p

Lola lit L’enfant qui mesurait le monde

De nos jours, sur l’île grecque de Kalamaki, Yannis compte. Il compte et compare ; les bateaux, l’ordre de leur arrivée dans le port, les kilos de poissons pêchés, mais aussi chaque jour à une heure précise, les clients du café Stamboulidis. Il aime ou déteste certains chiffres, celui de son âge par exemple, le 11, méchant et pointu alors que le 12 est magnifique, divisible par 6 chiffres. Yannis est autiste, et inquiet de l’ordre du monde. Maraki, sa maman que son métier de pêcheuse épuise, l’élève seule. Heureusement sur les conseils de Kosmas, le prêtre responsable de la paroisse,  elle est bientôt aidée par Eliot, un américain à la retraite qui étudie le Nombre d’Or. Un projet de construction monumental vient perturber l’équilibre de l’île ; certains sont pour cet hôtel de luxe, quand d’autres lui préfèrent le projet un peu fou d’une école philosophique.

Metin Arditi est un conteur admirable ! Ce roman est beau, bien écrit, l’histoire passionnante et tous les personnages attachants, tout comme les excellents Loin des bras et Le Turquetto dont je vous conseille la lecture.


L’enfant qui mesurait le monde / Metin Arditi – Editions Grasset – août 2016 – 304p

 

Lola lit Chanson de la ville silencieuse

Les hasards du calendrier… Le nouveau roman d’Olivier Adam, sorti juste après la mort de Johnny, parle justement de la disparition d’une idole de la chanson vieillissante ou plutôt de la quête de sa fille unique.

Antoine Schaeffer, star de la chanson française, a disparu. Il a enfilé ses santiags, pris sa guitare, sa vieille Alpha et il est parti sans un mot. Des semaines plus tard, sa voiture est retrouvée au bord d’un fleuve, la guitare sur le siège arrière et ses bottes dans la boue. Les autorités concluent à la noyade mais sa fille a des doutes. Alors lorsque 2 de ses amis et collègues, rentrent de Lisbonne, et lui montrent la photo floue d’un homme qu’ils pensent être son père, elle part immédiatement sur ses traces. Elle parcourt toutes les rues, les ruelles, s’installe à toutes les terrasses des cafés, scrute, surveille, pose des questions, dans l’espoir de le retrouver.

La disparition, thème récurrent des romans de cet auteur que j’apprécie, me fascine. Mais cette fois, je n’ai vraiment pas été emballée : 1) j’ai trouvé le personnage du père un peu confus, 2) l’enfance de sa fille a dû être difficile mais elle n’a pas grand’chose à en dire -du reste non plus d’ailleurs- et enfin 3) l’auteur remplit des pages d’énumérations à la limite du supportable. Une petite déception pour ce roman que j’attendais avec gourmandise.


Chanson de la vile silencieuse / Olivier Adam – Editions Flammarion janvier 2018 – 222p

Lola lit The girls

Californie, un été, fin des années 60 – The girls, ce sont ces filles que Evie croise dans le parc et qu’elle envie. Mal habillées, crasseuses, malpolies, agressives mais apparemment libres, elles vivent en communauté sous l’influence du mystique et charismatique Russel. Pour Evie, 14 ans, qui juge sa vie d’une banalité abyssale, se trouve moche et sans intérêt, cette vie alternative, c’est l’aventure, le rêve ! Lorsque Suzanne s’intéresse enfin à elle, c’est le coup de foudre. L’admiration d’Evie, l’amène à mentir, à voler, trahir, et participer à des jeux sexuels dégradants. Mais cette fascination la conduira-t-elle jusqu’au meurtre ?

La jeune auteure Emma Cline, dont c’est le premier roman, s’est inspirée librement du meurtre abominable, en 1969, de Sharon Tate, la femme de Polanski et de ses amis, alors qu’ils passaient la soirée dans sa villa. Enceinte, elle avait été assassinée sauvagement et sans raisons par un groupe de jeunes sous l’influence du gourou Manson. Pas de voyeurisme dans ce roman puisque l’auteure ne décrit pas du tout le meurtre dont il est question dans les toutes dernières pages, mais emprunte le chemin psychologique qui conduit le groupe à suivre Russel, pourtant loin d’être aussi intéressant que les filles semblent le croire.

C’est le sujet passionnant des sectes, de l’assujettissement, de la manipulation.


The Girls / Emma CLINE – Editions 10/18 2016 – 360p

Sortie aux USA en 2014 – traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Lola lit Rupture

François, un jeune savoyard, quitte ses montagnes pour la méditerranée, où son ami René a réussi à les faire embaucher sur le chantier du barrage de Malpasset, près de Fréjus. Sur place, François ne partage pas la vie de ses collègues, c’est un jeune homme solitaire, qui découvre une région bien différente de celle de son enfance, il aime se promener sous le soleil et prendre des photos avec l’appareil qu’il s’offre grâce à sa première paie. Un soir, il croise Louise Cassagne et tombe follement amoureux. Louise est la fille d’un riche producteur fruitier, opposé comme d’autres, au barrage qu’il juge construit sur un site dangereux. Mais Louise et François s’en moquent, ils s’aiment, vont au cinéma et sont heureux, jusqu’à ce que Louise, de santé fragile, parte en cure pendant l’été. Il lui promet qu’à son retour, il l’épousera, mais Louise ne revient pas et ne donne plus de nouvelles. François est dévasté de chagrin. En novembre, il fait ses 3 jours à l’armée et est affecté aux chasseurs alpins.  Mais en ces temps tourmentés, la France envoie ses jeunes soldats en Algérie et le 7 juillet 1956, François  »débarque de l’autre côté de la mer ». Quand il rentre en mars 58, il s’installe chez sa mère. Il a changé, il est absent, tourne en rond, et décide de retourner travailler à Fréjus où une terrible catastrophe l’attend. Dans la soirée du 2 décembre 1959, vers 21heures, après un été caniculaire et des pluies automnales diluviennes, le barrage rompt dans un grondement assourdissant ; une cinquantaine de millions de mètres cubes d’eau déferlent dans les villages alentour tuant plus de 400 personnes et détruisant tout sur leur passage.

C’est un petit roman délicat bien écrit qui parle de ruptures ; celle d’un amour, de 2 pays, d’une construction, et de la fragilité de l’existence. Les situations évoquées (les conditions de travail, les chantiers de construction contestables, la guerre…) ont quelques décennies et restent pourtant malheureusement d’actualité. Peu de pages mais beaucoup d’émotions.


Rupture / Maryline DESBIOLLES – Editions Flammarion 2018 – 122 p

Lola lit Frappe-toi le coeur

Dans les années 70, Marie est une beauté provinciale qui fait tourner les têtes des garçons qui l’admirent et des filles qui la jalousent. Et Marie adore ça, susciter l’envie. Alors évidemment, elle se laisse séduire par Olivier, le beau gosse du coin dont toutes sont raide dingues. Elle lui offre même sa virginité, savourant déjà la contrariété des Autres. Mais comme disait ma grand-mère, si tu t’assoies sur un clou, il va t’arriver des bricoles, et dans ces années-là, ce genre de bricole conduisait direct à l’autel

Voilà donc la superbe Marie, 20 ans, mariée à Olivier futur pharmacien, prisonnière par accident, elle qui rêvait de magie et d’un destin extraordinaire. La bricole s’appelle Diane, elle a la beauté de sa mère et la gentillesse de son père, cette petite chose est en train de lui voler la vedette ! Marie s’en détourne immédiatement. Alors Diane vit dans l’ombre de sa mère, souffrant de son indifférence et de sa méchanceté, et ne retrouve qu’un peu d’espoir que lorsque le ventre de Marie s’arrondit à nouveau.

Je ne vous en dis pas plus, même si c’est assez agréable à raconter. Ça faisait des années que je n’avais pas lu Nothomb. J’avais lu et bien aimé les premiers mais je m’étais lassée. Le sujet de celui-ci m’a attirée, et plus exactement la pub de France Inter qui présentait Nothomb comme un nouvel auteur. Alors je l’ai lu. Mais ce qui, pour certains est une qualité dans les romans d’Amélie Nothomb, est pour moi une déception. Il se lit en 2heures, quel dommage ! Un sujet si intéressant, un sentiment si complexe, des personnages si riches, ça mériterait d’être développé. Ce n’est pas un essai, donc on ne s’arrête pas toutes les 10 pages pour se questionner, réfléchir et relire. Les pages s’avalent, il faut se ralentir tant l’écriture est fluide, agréable et pimentée de quelques tournures inusuelles. Mais le livre refermé, je me suis sentie flouée, comme s’il manquait de grains de sucre sur mes chouquettes. J’aurais juste voulu la même chose mais en 500 pages !


Frappe-toi le cœur / Amélie Nothomb – Editions Albin Michel – août 2017 – 182 pages

Lola lit Bakhita

Bakhita c’est le nom que lui ont donné les hommes qui l’ont arrachée à son village soudanais où elle vivait entourée des siens. A sept ans, enchaînée, maltraitée, affamée et assoiffée, elle traverse le désert pour rejoindre la ville où elle sera vendue. Ceci n’est pas un roman, c’est l’histoire vraie de cette femme née au Soudan en 1869, qui a vécu l’enfer de l’esclavagisme, de la torture, du viol, des privations, de l’humiliation, de la douleur. Bakhita s’est battue pour survivre dans l’espoir de retrouver sa soeur Kismeth, enlevée elle aussi, et de revoir un jour sa chère maman et son village. Esclave d’un trafiquant turc qui va l’abandonner quand il est obligé de fuir le pays, Bakhita est rachetée par le consul d’Italie qui la soustrait à sa terrible condition, et finit par céder à ses prières et la ramène avec lui en Italie. C’est le début de la seconde vie de Bakhita. En quelques années, elle va acquérir sa liberté, se faire baptiser, entrer dans les ordres, devenir une religieuse adorée des enfants. En 1947, Bakhita rend son dernier soupir entourée des soeurs canossiennes et de ses fantômes, au couvent de Schio, en Italie. Bakhita a été béatifiée puis canonisée en 2000 par Jean-Paul II.

Véronique Olmi nous conte ce destin extraordinaire dans un vrai roman d’aventures, avec une héroïne qui sait se battre (où a-telle trouvé la force ?), qui n’abandonne jamais (avait-elle déjà la foi ?), qui fait des rencontres qui marquent son destin (des plus petits qu’elle berce). Je trouve que l’auteure a parfaitement réussi à mêler réalité et fiction, de plus elle a su éviter le pathos, elle ne s’apitoie jamais, ne juge rien ni personne, elle centre son roman sur son héroïne.

J’ai été passionnée par la vie de Bahkita racontée par Véronique Olmi. 


Bakhita / Véronique OLMI – Editions Albin Michel 2017 – 460p

►  J’ai déjà parlé de Véronique Olmi ici et .