Lola regarde 12 jours

On peut être hospitalisé en psychiatrie, sans consentement, par un tiers ; c’est l’hospitalisation sous contraintes. Avant, seul un psychiatre pouvait décider de l’hospitalisation sur la demande du tiers, mais depuis 2013, le dossier du patient doit passer devant le juge des libertés et de la détention, qui vérifie que la procédure ne présente pas d’anomalies, donne la parole au patient et décide, après avoir pris connaissance des avis médicaux, de la poursuite de l’hospitalisation. Cette audience, en présence du juge et du patient accompagné d’un avocat, doit impérativement avoir lieu avant le 12ième jour d’hospitalisation.

Raymond Depardon filme 10 audiences. 10 personnes. 10 histoires. 10 décisions. Entre chacun de ses entretiens, une succession de plans interminables sur des couloirs vides et silencieux, une route, un passage piéton dans la brume… super stressant. Mais on comprend que le réalisateur a une passion pour la photo. D’ailleurs, il a été photographe avant d’être cinéaste.

J’ai été troublée de croiser ces regards ; ceux des patients, fixes, noirs, vides, inquiétants, ceux des juges à l’opposé, francs, droits, vifs parfois déconcertés ou amusés. Un documentaire nécessaire pour comprendre ce qui se cache derrière les portes fermées à clefs, les barrières des HP, pour approcher la maladie mentale, surprenante, impressionnante, incompréhensible.


Un film de Raymond Depardon – Produit par Claudine Nougaret – Sorti en 2017

Lola lit La femme révélée

1958 – Eliza Donneley quitte Chicago précipitamment, fuyant son mari menaçant et abandonnant son fils chéri. Débarquée à Paris, elle devient Violet Lee, avec pour seule richesse, son appareil photo et une bourse remplie de bijoux qu’elle se fait dérober dès son arrivée. Effrayée, inquiète, sur le qui-vive, elle craint pour sa vie et se cache dans un hôtel de passe où elle croise Rosa, une prostituée, qui devient son amie et lui trouve une place dans un foyer.  Un petit travail de nanny, de nouvelles amies, de belles rencontres, et Violet se reconstruit doucement sous la protection de Sam, un compatriote dont elle tombe follement amoureuse.

On la retrouve en 1968, à Chigaco où les émeutes font rage. L’assassinat de Martin Luther King, la guerre du Vietnam mobilisent la contestation des jeunes, des afro-américains qui descendent dans les rues, et crient leur désaccord. La police riposte, le maire de la ville impose un couvre feu et donne l’ordre au force de l’ordre de tirer sur les manifestants les plus menaçants. La situation dégénère, les manifestants sont frappés, arrêtés, emprisonnés. Sur les traces de son fils, Violet prend part à ses émeutes en qualité de journaliste et renoue avec son pays et sa identité américaine.

Un roman en deux parties très différentes. La première nous raconte l’exil d’Eliza et ses raisons, sa vie aux Etats-Unis, ce qui l’a conduit à fuir. La seconde partie est très documentaire ; en suivant certains jeunes acteurs de ces contestations, on vit de l’intérieur, quasiment heures par heures les émeutes de Chicago. J’ai moins aimé cette partie, moins centrée sur les personnages et plus sur les événements. Je me suis perdue dans le dédale de l’Histoire, j’aurais aimé que le personnage de Violet reste au centre, ou alors une troisième partie pour retrouver Eliza apaisée.

Un bon roman, un beau portrait de femme bien écrit, que je recommande !


La Femme Révélée / Gaëlle Nohant – Editions Grasset – janvier 2020 – 384p

Lola lit Le Consentement ♥

Un texte d’une grande qualité littéraire !
Qui fait du bruit, qui va sûrement continuer à en faire.
Un livre à lire pour comprendre le paradoxe de la formule « Etre une victime consentante »
Une femme intelligente, sensible, qui ouvre le débat avec un certain apaisement.

L’auteur revient sur le relation qu’elle a entretenu avec M (Gabriel Matzneff) dans les années 80 alors qu’elle n’avait que 14 ans et lui 50, sous les regards compréhensifs et concupiscents de leur entourage familial, amical et professionnel. C’est l’époque post 68, en pleine libération sexuelle où un écrivain peut s’enfiler des enfants à loisir, le raconter sans honte à la télé et en faire des livres qui sont lus et appréciés ; une conduite abjecte qui était pourtant déjà punie par la loi mais justifiée par la littérature. Quelle hypocrisie !

Ce que je trouve extrêmement courageux c’est que Vanessa Springora consent à écrire qu’elle était amoureuse de cet homme et qu’elle savait ce qu’elle faisait. Ce n’était pas une étourdie soumise, elle savait que cette relation n’était pas acceptable mais elle avait un tel désir d’être aimée et une telle fierté à l’être par un écrivain brillant et reconnu, elle qui aime tant les livres et l’écriture.

J’espère que Vanessa Springora ne va pas s’arrêter à ce témoignage et qu’elle va nous raconter d’autres histoires avec autant de talent.


Le Consentement / Vanessa Spingora – Editions Grasset – janvier 2020 – 216p

 

 

Lola lit Grace ♥

Quelle noirceur dans ce roman de Paul Lynch ! Grace est à peine adolescente quand sa mère la chasse de la maison un jour d’octobre 1845, elle doit partir travailler et ne revenir que les poches pleines. La nourriture manque cruellement à cette mère qui ne peut plus nourrir tous ses enfants. La Grande Famine sévit alors en Irlande. Entre 1845 et 1852, le mildiou anéantit les culture de pommes de terre, nourriture de base de la population, les irlandais deviennent fous des douleurs de la faim, les morts s’entassent par millions. C’est terrible !

C’est terrible à lire aussi. Il n’y a aucun espoir, aucune lueur dans ces paysages sombres et humides. Nos petits héros se battent pourtant pour survivre, avec rage et courage. Ils avancent sans jamais s’arrêter, sans regarder en arrière, sans plainte. C’est terrifiant ! Et pourtant, impossible de s’arracher à ces pages accablantes mais magnifiquement écrites.


Grace / Paul Lynch – Editions Albin Michel – Janvier 2019 – 480p

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso

 

 

Lola lit Murène

C’est en regardant les JO Paralympiques de 2016 à Rio que l’auteure a l’idée du roman. Le héros de Valentine Goby ne sera pas comme Zheng Tao, champion médaillé Olympique de natation, mais il est, lui aussi, amputé des membres supérieurs. François a 22 ans, il a abandonné ses études d’ingénieurs au grand dam de son père, pour voyager. En ce jour d’hiver 1956, il rejoint son cousin à qui il doit donner un coup de main. Mais sur la route entre Paris et V, dans les Ardennes, une panne de voiture l’oblige à aller chercher de l’aide le long de la route, dans la nuit, le froid et la neige. Il décide de suivre les rails mais il est victime d’un accident électrique qui le laisse carbonisé, presque mort dans la neige. Heureusement, une petite fille le trouve, conduit à l’hôpital, il survit certes, mais ses 2 bras sont sacrifiés. Comment François va-t-il réussir à survivre ? Où trouver les motivations pour continuer ? Comment vit-on sans bras ?

Un roman très intéressant, parce qu’en suivant le chemin de la reconstruction de François, on assiste à la naissance des Jeux Paralympiques, dont les premiers ont eu lieu en été 1960. François va prendre part de toutes ses forces à ce projet incroyable. Un livre très rien documenté, où l’auteur mélange brillamment le réel et la fiction. J’ai eu envie de poursuivre l’aventure, j’ai fait des recherches, visionné des vidéo. Valentine Goby a réussi à m’intéresser au Handisport. Il faut à ces hommes et ses femmes, une force et un courage monumentaux. Respect !


Murène / Valentine Goby – Editions Actes Sud – août 2019 – 384p

Lola lit La plus précieuse des marchandises ♥♥♥

L’auteur nous prévient dès la couverture, en sous titre : La plus précieuse des marchandises est un conte. Mais pas n’importe quel conte, un conte qui ne ressemble pas à tous les autres, même si dès le début, évidemment on pense Au Petit Poucet. Une forêt, un pauvre bûcheron marié à une pauvre bûcheronne… Sauf que ces bûcherons-là n’ont pas d’enfant à abandonner. Au grand désespoir de la pauvre bûcheronne qui aimerait tant avoir un bambin à chérir. Alors pour s’occuper, pour tromper le froid et la faim, elle court après les trains qui, en ces années sombres, circulent sans arrêt en bordure de la forêt . Et puis un jour de neige, de l’unique lucarne d’un wagon une main jette un paquet, et d’un signe ordonne à la pauvre bûcheronne de le récupérer. C’est le miracle qu’elle attendait ! Sa vie s’illumine, mais c’est sans compter sur la barbarie des Hommes.

128 petites pages qui se lisent en moins de 2 heures et qui hantent longtemps. 


La plus précieuse des marchandises / Jean-Claude Grumberg – Editions Seuil – 10/01/2019 – 128p

Lola lit Les choses humaines ♥♥♥

Jean Farel est un célèbre journaliste politique septuagénaire, Claire Farel, son épouse d’une quarantaine d’années, essayiste et féministe engagée et Alexandre, leur fils, un brillant étudiant à Stanford, l’une des plus prestigieuses université du monde. Tout va bien dans le meilleur des mondes, le leur, fait d’apparences, de faux-semblants, de mesquineries, de trahisons, de blessures. Mais il faut garder la tête haute toujours, dissimuler ses faiblesses, se battre pour être vus, reconnus, rester au top, même si pour ça, il faut blesser les siens. Mais jusqu’à là, tout va bien.

Jusqu’au jour où Alexandre est accusé de viol ! Leur monde s’écroule. son père doit absolument, pour l’audience de son émission, garder l’affaire discrète. Et comment doit réagir sa mère qui vient de prendre partie en public au sujet de la série de viols commis par des réfugiés en Allemagne le soir du 31 décembre. Quant à Alexandre, il est consterné. Il n’a violé personne, Mila était d’accord. Enfin bon pas vraiment en fait mais quoi, elle l’a suivie dans ce cagibi, elle s’est laissée embrassée, elle devait bien se douter de ce qui allait se passer, non ? Elle lui a même fait une fellation. Et puis quand il s’est allongé sur elle, elle n’a pas crié, elle ne s’est pas débattue, alors quoi ?! C’était pas vraiment un viol ! Pourtant Mila porte plainte et Alexandre placé en garde à vue.

Un excellent roman, qui soulève bien des questions. A lire absolument !


Les choses humaines / Karine Tuil – Editions Gallimard – Août 2019 – 352p

En plein #metoo et #balancetonporc, l’auteure s’est inspirée de l’affaire d’un viol à Stanford, qui avait divisé les Etats-Unis en 2015, alors que l’étudiant violeur avait écopé de seulement 6 mois de prison dont 3 fermes. Karine Tuil parle aussi de Gisèle Halimi, célèbre avocate engagée dans la cause des femmes, qui a défendu en 1978, Anne Tonglet, victime d’un viol alors qu’elle faisait du camping avec sa compagne dans le sud de la France. Comme elles refusent les avances d’un jeune homme, celui-ci, vexé revient plus tard avec des amis et font vivre 5 heures d’horreur aux 2 jeunes femmes. L’avocate s’était battue pour faire reconnaître le viol comme un crime, et qu’Anne et sa compagne soient reconnues victimes de viol. Les bourreaux ont été condamnés à 6 et 4 ans de prison ferme.

 

Yaki lit De pierre et d’os

Au pays des Inuits, la jeune Uqsuralik se réveille un matin avec du sang sur les jambes. Affolée, elle quitte son igloo. C’est alors que la banquise se brise et qu’elle est emportée loin des siens. La voilà séparée de sa famille. Armée se son seul courage et de sa volonté de survivre, elle s’enfonce dans un espace pas toujours accueillant. Elle va y faire des rencontres, pas toujours amicales, elle aura un mari, quelques jours, puis un enfant. Elle poursuivra son chemin et sa vie de femme.

Joli conte avec une héroïne intéressante, touchante, un personnage très fouillé, un univers documenté. Les aventures d’Uqsuralik donnent du rythme au récit. C’est un monde totalement différent du nôtre, avec d’autres coutumes, d’autres croyances. Un roman vraiment dépaysant, poétique, à lire cet hiver au coin du feu !

Lu et apprécié par Lola ♥


De pierre et d’os / Bérangère Cournut – Editions Le Tripode Attila août 2019 – 219p

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Lola lit Les guerres intérieures

Pax Monnier, comédien sans succès reconverti dans le coaching en entreprises, exulte ; un metteur en scène américain super connu veut lui faire passer des essais pour son prochain film. Pax en est sûr, c’est la chance de sa vie, il lui faut ce rôle, il va enfin entrer dans le monde hermétique du cinéma. Pas une minute à perdre, il quitte le boulot, passe chez lui vite fait et file au rdv. Alors ce cris et ces bruits étranges à l’étage du dessus l’inquiètent mais ne le détourne pas de son timing. Les voisins se disputent, bougent des meubles ? Peu importe, il n’a pas le temps. Vite vite, il doit partir. Il croise un homme dans l’escalier qui descend précipitamment. Il rencontre le metteur en scène, ça marche, il aura un petit rôle, il donnera la réplique à Matthew McConaughey, l’incroyable héros de l’excellent Dallas Buyers Club (film que je vous conseille ♥)  Mais il demeure en lui, un agacement, une culpabilité, il aurait dû monter. Et puis les infos dévoilent les terribles circonstances d’un faits divers sordide, un jeune étudiant Alexis Winckler a été battu à mort, sans aucune raison, quelques minutes d’une violence gratuite, incompréhensible. Pax est interrogé, il ne dit rien, il est passé effectivement chez lui mais est parti 30 mn avant l’agression. Le jeune homme s’en sort, l’enquête est classée.

Un an après, Pax rencontre Emi Shimizu dans le cadre de ses ateliers de théâtre en entreprise ; le courant passe, ils se revoient, tombent amoureux, se font du bien. Mais la vie joue des vilains tours, Emi est la mère d’Alexis Winckler. Pax est anéanti ; parler, se taire ?

Un bon roman, bien écrit, peu crédible mais qui permet à l’auteure de donner vie à des personnages intéressants, proches du lecteur.


Les guerres intérieures / Valérie Tong Cuong – Editions JC Lattès – août 2019 – 240p

 

Yaki lit Né d’aucune femme

Gabriel est prêtre. Il reçoit en confession une femme qui lui explique qu’il va être appelé à l’asile pour y bénir un cadavre et que sous les jupes de ce cadavre il trouvera le journal de Rose. Il se retrouve alors en possession de l’histoire terrible de Rose, une jeune fille que son père a vendue à un homme affreux. Ce monstre va abuser d’elle sous les yeux de sa propre mère. Dans cette maison il y a aussi Edmond, l’étrange Edmond qui voit tout mais n’agit pas, Edmond en présence de qui Rose se sent différente.

C’est un roman très très noir, et pourtant un roman extrêmement touchant qu’on n’oublie pas de sitôt. Même si l’histoire de Rose est difficile à lire, sa manière d’aborder ce qui lui arrive et la distance qu’elle met entre elle et les événements rend le récit plus supportable. L’écriture est à la fois douce et percutante. C’est aussi un roman à tiroirs avec des rebondissements inattendus mais parfaitement crédibles. Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, le roman est vite devenu addictif jusqu’au dénouement surprenant. J’ai beaucoup aimé !

Lu et apprécié par Lola


Né d’aucune femme/Franck Bouysse – Editions La Manufacture de Livres – 10/01/2019 – 336p

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