Lola lit Feu

Laure est quadragénaire, mariée, mère d’une fillette et d’une ado, prof à l’université. Clément, 50 ans, a un bon boulot qui l’ennuie, dans une banque qui connait de graves difficultés, il vit avec son chien, surnommé Papa. Laure et Clément se rencontrent et entament une relation, bancale. Elle s’investit, s’engage, pense l’aimer, serait prête à quitter son mari, elle ment, délaisse son foyer, s’absente. Lui ne sait pas trop, il est hésitant, indécis, confus. Ils se voient, elle en voudrait plus, lui pas vraiment ou peut-être que si finalement. Bref, son cœur balance. Celui qui occupe toutes ses pensées, c’est Papa, son Bouvier Bernois, trouvé un jour à la gare. Depuis, ils ne se sont plus quittés. D’ailleurs Clément s’adresse à lui dans le livre.
La construction du roman est plutôt commune, un chapitre Clément, qui parle à son chien donc, un chapitre consacré à Laure (j’ignore qui est le narrateur mais il s’adresse à Laure en la tutoyant. Peut-être elle-même ?). L’histoire n’est pas trépidante, il ne se passe rien. Même la rébellion de l’adolescente ne sonne pas juste. Mais l’écriture est particulière ! Les phrases sont courtes. Le rythme nerveux, saccadé, rapide, un peu convulsif, franchement pénible n’est pas en adéquation avec ce que vivent les personnages. Leur relation n’est ni passionnelle, ni fusionnelle. Alors où est le feu ?

Je suis allée au bout car je devais le lire pour le boulot mais je l’ai lu contrainte et sans joie. C’est le seul roman que j’ai lu de cette auteure, je ne sais pas de quoi sont faits les cinq autres. Je ne comprends pas trop l’engouement autour de ce livre.

Première sélection du Prix Goncourt
Première sélection du Prix Renaudot
Première sélection du Prix de Flore
Première sélection du Prix Décembre
Première sélection du Prix Interallié


Feu / Maria Pourchet – Editions Fayard – aout 2021 – 360p

Lola lit La carte postale ♥♥♥

L’auteure, enceinte, vient se reposer chez ses parents ; sa nouvelle maternité lui donne envie de se plonger dans l’histoire familiale. Elle se souvient de cette carte postale, reçue à la maison au début de l’année 2003 alors qu’elle était ado. Une vieille carte postale de l’Opéra Garnier adressée à M. Bouveris, le nom de sa grand-mère maternelle, avec juste 4 prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Une carte anonyme, qui avait été rangée dans un tiroir et que l’auteure a bien envie de ressortir pour comprendre. Alors sa mère lui raconte et nous emmène sur les chemins de l’exil, des chemins plein d’espoir, des chemins qui conduisent à la mort. A l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Ephraïm, Emma et leurs enfants fuient la Russie pour s’installer en Lettonie, puis en Palestine où ils rejoignent le père d’Ephraïm. La famille a éclaté, chacun est parti vers son destin. Finalement, les Rabinovitch choisissent la France dont ils sont sûrs. Et puis la guerre éclate, la tragédie et l’horreur se répandent. Déportés à Auschwitz aucun des 4 prénoms notés sur la carte postale ne reviendra des camps de la mort.

Vingt ans plus tard, Anne Berest va tout tenter pour retracer l’histoire de sa famille maternelle, comprendre ce qui s’est passé, et peut-être trouver l’auteur de la carte anonyme.

Quel magnifique roman qui commence par l’histoire de cette famille juive qui cherche juste un endroit sûr où vivre. On vibre avec eux, on parcourt les routes, on suit leur installation, on souffle enfin, on est gonflé d’espoir mais hélas, il faut déjà repartir. J’ai été bouleversée par cette première partie ! Puis l’auteure entraîne sa mère dans une enquête douloureuse pour retrouver la trace du corbeau ; qui a envoyé cette carte, et pourquoi ? L’histoire se resserre, se rapproche de nous, le lecteur est lancé sur les pas de la grand-mère de l’auteure, la seule qui a survécu.

Un roman puissant et poignant ! Un coup de coeur ♥


La carte postale / Anne Berest – Editions Grasset – aout 2021 – 512 pages

 

Lola lit Rien ne t’appartient ♥♥♥

Tara a perdu son mari. Depuis, elle erre dans l’appartement, éprouvée, confuse. Elle n’est plus capable de rien, n’a plus envie de rien, elle sombre, seule et abattue. Parfois, elle voit un jeune garçon, assis dans son salon, une hallucination, qui est-il ? Doit-elle avoir peur ? Elle esquisse un pas de danse, de sa mémoire surgit  le Bharatanatyam cette danse traditionnelle indienne qu’elle a apprise enfant. Alors les fantômes jaillissent, les souvenirs affluent, le passé revient. Ce prénom d’abord, Vijaya, choisi par son père adoré et qui signifie Victoire, le prénom d’une petite fille heureuse qui aimait tant rire et danser. Ce pays de l’enfance heureuse, insouciante et cultivée, quand arrive le premier drame. Orpheline, Vijaya est recueillie par le jardinier puis confiée à un refuge pour filles gâchées où elle est accueillie par Amma qui lui assène cette phrase terrible « Rien ne t’appartient ». Le destin de Vijaya prend alors un autre chemin, jusqu’au second drame de sa vie.

Un roman magnifique ! On retrouve la plume délicate, lucide et pleine de poésie de l’auteure pour décrire le monde qui peut être si terrible. Un coup de cœur, comme Tropique de la violence, Le ciel par-dessus le toit, Le dernier frère et La noce d’Anna ♥♥♥


Rien ne t’appartient / Nathacha Appanah – Editions Gallimard – aout 2021 – 160p

 

 

J’attendais ce nouveau roman avec impatience, je suis fan de l’auteure. Encore un texte magnifique, une plume poétique, une histoire de vie, violente

Lola lit Un avion sans elle en BD

Avant d’avoir ma liseuse, quand j’arrivais en vacances, je fonçais dans la première librairie et j’achetais un stock pour mon séjour. Du coup, j’ai fait plein de découvertes en petit format (budget oblige). Et cette année-là, j’ai trouvé Un avion sans elle de Bussi, qui n’était pas encore deuxième dans le classement des écrivains français qui vendent le plus de livres (selon le classement 2020 de GFK-Le Figaro – près d’un million de livres vendus en 2019). J’avais beaucoup aimé ce roman, haletant, avec une intrigue super bien ficelée, des personnages attachants, un véritable page turner, la lecture idéale pour les vacances ! J’ai gardé un excellent souvenir de cette lecture même si j’en avais oublié la myriade de détails. Alors j’ai eu envie de voir l’adaptation BD. Et bravo ! Elle est vraiment très chouette, le graphisme me plait, la chronologie du roman est respectée, le rythme bien rendu. A lire donc mais après le roman 😉


Un avion sans elle d’après le roman de Michel Bussi (paru en 2012 chez les Presses de la Cité)

Scénario : Fred Duval / Dessin : Nicolaï Pinheiro / Editions Glénat mai 2021

 

 

Lola lit Nous vivions dans un pays d’été

Je dois commencer par dire que je ne m’attendais pas du tout à lire un roman catastrophe, avec déchainement des éléments, morts subites et groupes de fêlés armés jusqu’aux dents à la Mad Max. J’étais plutôt ambiance fin de vacances, passage à l’âge adulte, langueur et mélancolie, un peu genre Sagan (ça m’apprendra à ne pas lire les 4ième de couverture quand je choisis un livre). J’avais juste retenu une histoire de grande maison de vacances peuplée d’une bande d’ados rebelles et de leurs parents sex drugs and rock and roll. Du coup quelle surprise quand la tempête s’est abattue sur le pays (?), déracinant, inondant, détruisant, pulvérisant tout (?) sur son passage, coupant les habitants de la grande maison au bord du lac du reste du monde, semant le chaos (?) et transportant un mal qui tue (?). Les ados déjà pas mal remontés contre leurs égocentriques de parents démissionnaires mais responsables de tout, décident de partir (?). Et c’est le début de la survie raconté par Evie, une des ado.

Je suis passée complètement à côté de ce roman. Les personnage ne m’ont pas touchée du tout,  j’ai trouvé l’histoire tirée par les cheveux, et même l’aspect écolo m’a laissée pantoise. Le New York Times annonce sur le bandeau de la couverture « Un des meilleurs livres de l’année », je n’ai visiblement pas compris ce qu’il y avait à comprendre ! Et en parler me met dans le même état d’incompréhension et de confusion que quand je l’ai lu.


Nous vivions dans un pays d’été / Lydia Millet – Editions Les Escales – août 2021 – 250p

Traduit de l’anglais (USA) par Caroline Bouet

Lola lit Klara et le soleil

Dans un futur inconnu mais pas si lointain, Klara est une AA, une Amie Artificielle. Conçue pour prendre soin des ados, elle est douée d’empathie et a des capacités d’observation hors du commun. Devant la vitrine du magasin où elle est exposée, Josie la regarde, lui sourit et un jour, vient la chercher avec sa maman. Mais Josie souffre d’un mal incurable et Klara veut tout faire pour la sauver.

Cette lecture ne m’a pas transportée, je l’ai lu sans passion avec, toutefois, un certain intérêt. Puisque la narratrice est le robot Klara, l’auteur a fait le choix d’une écriture simpliste, monotone, presque froide, sans heurts et sans rythme et d’une lenteur… Klara n’a rien d’extra-ordinaire, je suis aussi curieuse qu’elle, elle n’est pas plus observatrice que moi, quant à ses capacités d’analyse, elles ne sont guère impressionnantes, bref c’est un robot tout à fait ordinaire. La jeune Josie n’est pas plus exaltante, c’est une jeune fille introvertie, taciturne, fragile, à laquelle je ne me suis pas attachée. Rick, le meilleur ami de Josie, aurait pu être un personnage intéressant mais son portrait est assez superficiel, tout comme celui de sa maman. Même la lumière du soleil, élément principal de l’histoire, qui fournit les nutriments nécessaires au bon fonctionnement de Klara, et qui inonde le roman, ne suffit pas à éclairer les nombreuses zones d’ombre. En effet, nous ne savons que ce que sait Klara, et elle ne sait pas grand chose.

Serais-je passée à côté de questions philosophiques ? Je reste perplexe et j’attends avec impatience les retours de lecture de mon entourage.


Klara et le soleil / Kazuo Ishiguro – Editions Gallimard – aout 2021 – 386p

Lola lit Mon mari ♥

Après 15 ans de mariage, la narratrice est toujours aussi amoureuse de son mari, elle l’aime même… à la folie. Et c’est bien ce qui cloche dans ce tableau parfait !  
Prof d’anglais et traductrice dans une maison d’éditions, elle a tout pour être heureuse ; un époux irréprochable, deux enfants très bien élevés qui s’entendent à merveille, une belle maison dans une banlieue chic ; ils sont un modèle de réussite. Pourtant dès les premières pages, on sent poindre la psychopathie de cette femme. Car elle aime son mari, éperdument, exclusivement, maladivement, sa vie tourne autour de cet amour qu’elle nourrit pour lui. Et elle est prête à tout pour qu’il l’aime, la désire, même au pire ! Elle l’épie, le traque, le piège, le trompe et consigne dans un carnet à colonnes les punitions pour ses moindres erreurs (Il oublie le baiser du soir ? Il sera puni ! Il est parti trop vite le matin ? Puni ! Il n’a pas remarqué sa nouvelle coiffure ? Puni !) Elle est folle à lier. Et lui semble avancer tranquillement, aveuglément, étranger aux folies de sa femme. On a peur pour lui parce que la tension monte de jour en jour, de page en page, où sa folie va-t-elle la conduire ?

C’est vraiment un super premier roman ❤️🖤 Je me suis régalée, c’est drôle et féroce ! Et cette couverture est sublime 🧡💙 


Mon mari / Maud Ventura – Editions L’Iconoclaste – aout 2021 – 355p

 

Lola lit Ne t’arrête pas de courir

Mathieu Palain est né en 1988 à Ris Orangis. Toumany Coulibaly aussi est né en 1988, il a grandi à Vigneux sur Seine. Le premier se rêvait footballeur, le second a été sacré champion de France du 400 m, en 2015. Mathieu Palain est journaliste et auteur de 2 romans, Toumany Coulibaly a passé plusieurs années en prison. Athlète reconnu le jour, aimé de ses entraineurs et apprécié de ses coéquipiers, Toumani Coulibaly se transforme en cambrioleur le soir. Il casse des vitrines de magasins de téléphonie, de pharmacies, de supermarché, s’empare de téléphones portables, de fonds de tiroirs de caisses. Il se fait pincer, écope de prison ferme, pour des affaires plutôt médiocres, à quelques milliers d’euros. Il ne nie jamais, confesse qu’une course poursuite avec la police lui procure plus d’adrénaline qu’une médaille. Il promet qu’il va se ranger, qu’il ne recommencera plus. Et puis, un gars de la cité lui propose un plan et Toumani ne résiste pas, il replonge direct.

Mathieu Palain et Toumany Coulibaly ont grandi dans la même banlieue, ils auraient pu se croiser, partager leur passion pour le sport et être amis. Mathieu Palain s’est demandé pourquoi. Pourquoi mettre en péril une prometteuse carrière sportive pour des affaires de petits délinquants ? Alors il est allé à la rencontre de Toum, en prison. Pendant 2 ans, tous les mercredis, de parloirs en parloirs, la confiance s’est installée, l’amitié est née. Mathieu Palain voudrait que Toumani s’en sorte, qu’il reprenne la course, qu’il se range et vive son rêve de sportif. Il va l’écouter, l’aider, le soutenir et écrire ce livre.

Ne t’arrête pas de courir / Mathieu Palain – Editions L’Iconoclaste – aout 2021 – 422p


 

Son roman précédent, lu et approuvé par Lola

 

Lola lit La porte du voyage sans retour ♥♥♥

Après l’envoutant Frère d’âme sorti en 2018, j’avais hâte de me replonger dans l’écriture de David Diop. La porte du voyage sans retour est tout aussi magnifiquement romanesque.

L’auteur nous raconte que le botaniste Michel Adanson, né le 7 avril 1727 à Aix en Provence était aussi un explorateur et un aventurier. Sa passion pour la flore l’a conduit au Sénégal, un pays peu visité par les naturalistes, où il étudia les plantes locales entre 1748 et 1754. Il fit une rencontre qui bouleversa sa vie, sa route croisa celle d’une jeune esclave guérisseuse. Car en 1750, le Sénégal est une colonie française, gérée par La Compagnie du Cap-Vert qui détient le monopole de la traite des esclaves. Des millions de femmes, d’enfants et d’hommes quitteront leur terre pour les Amériques, entassés dans les cales des bateaux au départ de l’île de Gorée.

Ce roman est une longue lettre que Michel Adanson, moribond, adresse à sa fille Aglaé, et dans laquelle il raconte l’histoire que Maram lui a confiée. Une histoire dans l’histoire.

Je ne veux pas trop en dire même si partout sur la toile, tout est raconté. Tout sauf cette manière si particulière qu’a l’auteur pour nous conter son histoire, un équilibre de poésie et de vérité pour montrer la violence de l’esclavagisme, pour exprimer les souffrances infligées à l’homme par l’homme. Et puis l’auteur nous mène sur des chemins arides, peuplés de créatures, de croyances difficiles à ignorer mais impossibles à admettre, où la nature peut être un refuge ou un tombeau. Les personnages croisés ont parfois existé, d’autres sont sortis tout droit de l’imaginaire de l’auteur mais tous si vivants, si riches.

Voilà, j’ai adoré !


La porte du voyage sans retour – David Diop – Editions Seuil – août 2021 – 320p

 

Lola lit Campagne

Aujourd’hui, on assiste à un vrai besoin de retour à la terre, à la nature, qui se manifeste par de multiples actions individuelles ou collectives : planter un potager (sur son balcon), faire son propre compost (sur son balcon), consommer bio et local, devenir végétarien ou flexitarien (on n’a rien contre une bonne cote de boeuf sur le barbec), passer ses week-end au vert, ses vacances à la montagne, changer de boulot et se tourner vers l’artisanat, monter une fromagerie, une épicerie bio, un toutenvrac, et le graal… acheter une maison et s’installer à la campagne ! On peut comprendre cette envie de fuir la ville, le stress, la pollution, le bruit, la foule. Mais comment les gens de la terre réagissent à cette nouvelle tendance ? Comment accueillent-ils ses néocampagnards ? Avec chaleur et bienveillance, mépris, moquerie ou indifférence ?

Robert le narrateur, un vieux gars de ce petit coin de Dordogne, s’adresse directement au lecteur pour lui raconter ce qui s’est passé de terrible dans son village.

Il est question d’une grande fête participative, organisée par ces citadins devenus ruraux qui pensent tout savoir, tellement mieux que ceux du cru.

Un roman d’une grande lenteur. J’avais hâte de savoir ce qu’il s’était passé, je voulais donner un peu de rythme à ma lecture, accélérer l’allure, faire monter le désir. J’ai tourné les pages, sauté des passages, et quand j’ai enfin trouvé, j’ai pu revenir en arrière et reprendre ma lecture tranquillement, la lenteur m’a moins gênée.

Un drôle de roman, déroutant, féroce, d’une grande lucidité !


Campagne – Matthieu Falcone – Editions Albin Michel – août 2021 – 304p