Lola lit Le petit-fils ♥♥♥

Lyle pensait souvent que le monde, gouverné par les hommes avec un degré incroyable de violence et de vacarme, était en fait cimenté par des femmes comme Peg, qui souffraient en silence, aimaient sans compter et, à la fin de chaque journée, rassemblaient tous les morceaux après s’être assurées que leur petit monde s’était lavé la figure, avait le ventre bien rempli, n’avait plus aucune crainte. Ensuite, le lendemain matin, elles recommençaient sans tambour ni trompette.

Mais Lyle se demandait aussi Quel genre de dieu ferait une chose pareille ? Et les seules réponses qu’il pouvait glaner étaient celles-ci: soit Dieu n’existait pas, soit Dieu était cruel. Il ne pouvait se résoudre à croire en un Dieu aussi cruel.

Lyle aime sa femme, passionnément, depuis leur rencontre, 40 ans auparavant, sur les bancs de l’église, Lyle aime leur fille adoptive Shiloh bien sûr, cette enfant qu’ils ont choisie et élever dans l’amour et Lyle adore Isaac, son adorable et espiègle petit fils de 5 ans. Lyle aime aussi ses vieux amis Charly et Hoot, sa maison, son boulot dans les vergers d’Otis et Marbel, son église, la nature. Lyle aime la vie, même si elle lui a réservé quelques chagrins.

Et lorsque Shiloh décide de revenir s’installer dans la maison familiale du Wisconcin, Lyle est aux anges, il profite de chaque instant passé avec son petit-fils qu’il chérit. Mais bientôt, Shiloh s’éprend d’un pasteur qui se prend pour un gourou et de son église. Elle s’éloigne de ses parents et interdit à son père, qu’elle accuse d’être dirigé par Satan, d’approcher Isaac.

L’incrédulité, la tristesse,  paralysent Lyle qui s’inquiète pour son petit-fils. Puis la colère l’emporte !

Un roman magnifique, porté par des personnages justes et touchants. Beaucoup de thèmes sont abordés avec poésie, douceur ; la religion, les relations familiales, le temps qui passe, l’amitié, l’amour. La nature tient un rôle important, tantôt apaisante, tantôt menaçante, elle rythme l’histoire.

Un gros coup de coeur ♥


 

Le petit-fils / Nickolas Butler – Editions Stock – janvier 2020 – 350p

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol.

Lola lit Il est des hommes qui se perdront toujours ♥♥

L’espérance de vie de l’amour, c’est huit ans. Pour la haine, comptez plutôt vingt. Dans les années 90, à Marseille, Karel, Hendricka et leur petit frère infirme Mohand, vivent dans une cité hlm fictive sous les coups de leur alcoolique et drogué de père et le regard triste de leur mèrePour s’en sortir, ils fuient la maison et trouvent l’amour dans un camp de gitans. Mais La seule chose qui dure toujours, nous prévient l’auteure, c’est l’enfance quand elle s’est mal passée. Alors attendez-vous au pire !

Qu’elle les signe Emmanuelle Bayamack -Tam ou Rebecca Lighieri, les romans de cette auteure française sont d’une puissance troublante. Que ce soit dans Arcadie, Husbands ou Les garçons de l’été ou plus récemment dans Eden, la famille est toxique, elle offre à ses enfants un lieu de déséquilibre, de conflit, de violence, d’espoirs déçus, de rancoeur… Mais il y a de l’amour aussi, celui entre certains membres de ces familles calamiteuses et celui très cru que l’auteure décrit dans les scènes de sexe. Ces livres sont comme ses films que l’on regarde les mains devant les yeux en laissant un petit espace entre chaque doigt. On veut voir, mais en gardant une distance raisonnable pour ne pas être emporté. Une tension dingue fait se dresser les poils à chaque fois qu’on tourne une page, les personnages peuvent déraper dans la sauvagerie à tout moment. Dérangeants et addictifs, impossible de s’arrêter en route !


Il est des hommes qui se perdront toujours / Rebecca Lighieri – Editions POL – mars 2020 – 384p

Lola lit Feel Good

Alice, la quarantaine, a perdu son boulot, les factures s’entassent, elle sombre dans la misère. La seule solution pour s’en sortir, c’est de kidnapper un enfant et demander une rançon qui lui permettrait de payer le voyage scolaire de son fils Achille, ses factures en retard et pourquoi pas quelques jours de vacances, elle en a bien besoin. On l’aura compris, Alice n’est ni une méchante, ni une délinquante. Et pour le prouver, elle s’amourache de cette petite fille qu’elle a enlevé devant la crèche et que personne ne réclame et dépense pour elle ses derniers sous. Le petit mot qu’elle a coincé sous le pare-brise du gros 4X4 pour le paiement de la rançon est réceptionné par Tom, la quarantaine, écrivain sans succès. La voiture n’est pas à lui, sa femme et sa fille viennent de le quitter et il n’a plus un sou, il sombre dans le désespoir. Et soudain, une idée germe dans la tête de Tom, il tient un bon sujet, il sait écrire, Alice a plein de choses à raconter, ils vont écrire ensemble un best seller. Alice est d’accord mais elle veut écrire un livre qui fait du bien, que tout le monde aura envie de lire et d’offrir, un vrai feel good ! C’est le début d’une drôle d’aventure pas seulement littéraire ♥

Je suis tombée sur ce titre par hasard et je me suis régalée ! C’est une critique de la société, rythmée, moqueuse et pleine d’humour. Je recommande !


Feel good / Thomas Gunzig – Editions Au diable Vauvert – août 2019 – 272p

Lola lit Se taire

Dans Se taire, la victime 20 ans, jeune photographe, est venue faire des photos du Nobel chez lui, pour un prestigieux journal, lorsque celui-ci la contraint à une relation sexuelle. Mathilde en parle à sa famille, mais son célèbre père fils d’un célèbre poète, la met en garde contre un dépôt de plainte. Ce monde de paillettes est peuplé de requins, de sauvages, d’envieux qui vont saisir cette chance pour mettre à terre et traîner dans la boue son illustre famille, un déferlement de haine risque de s’abattre sur eux par sa faute, aura-t-elle les épaules pour supporter cette violence, ces humiliations ? Alors Mathilde se tait. Elle se tait et se terre, change de métier, et se marie.Et puis un jour, elle confie son lourd secret à son époux qui crie, se fâche, et la pousse à porter plainte. Au commissariat, le policier lui conseille de faire juste une main courante, qui engage moins qu’une plainte qui pourrait avoir des conséquences terribles, en effet pourquoi porter plainte si longtemps après ? Elle doit encore réfléchir, le temps passe. Et puis un jour, l’affaire parait au grand jour.

A l’heure de #balancetonporc et #metoo, Mazarine Pingeot s’est inspirée, pour écrire ce roman, de l’actualité mais peut-être aussi, bien qu’elle s’en soit défendue, de sa cousine Pascale Mitterrand qui, en 2008, avait déposé plainte contre Nicolas Hulot pour un viol commis en 1997, chez lui, alors qu’elle était jeune photographe. Comme Mathilde, elle a changé de métier, comme Mathilde elle s’est tue longtemps, comme Mathilde, ce n’est pas elle qui a décidé de rendre publique son histoire. Il y a de nombreuses similitudes c’est vrai. Mais finalement les histoires de viols ne sont-elles pas toutes un peu les mêmes ? Des femmes contraintes d’avoir des relations sexuelles avec des hommes qui profitent de leur force physique, de leur influence, de leur notoriété… Un livre nécessaire pour comprendre pourquoi certaines choisissent de se taire sans que cela amoindrisse leur douleur. Celles qui crient au crime n’ont pas forcément plus souffert que les silencieuses.


Se taire / Mazarine Pingeot – Editions Julliard – août 2019 – 277p

Lola lit Avec elle

Dans ce roman, on retrouve les jumelles Jessica et Coline et leurs parents. Comme dans Sans elle d’Amélie Antoine, le roman s’ouvre la soirée du 14 juillet 2009, les jumelles ont 6 ans. Coline a été punie par sa mère dans l’après-midi, privée de feu d’artifice elle doit rester à la maison avec son père. Nous sommes dans la même ambiance à un détail près, Jessica, ce soir-là, ne disparaît pas. Mais sa mère a un coup de foudre pour un jeune homme du public. Cette rencontre va bouleverser leur vie familiale d’apparence si heureuse. Un autre événement va ébranler la relation entre les jumelles ; Coline se croit responsable d’un accident de la route qui a provoqué la mort d’une fillette et Jessica ne la contredira jamais, la laissant s’enfermer dans cette culpabilité qui la ronge. La famille entière sombre dans le chaos.

En attaquant la lecture de Sans elle, je ne savais rien du projet littéraire de roman-miroir de ces deux auteures. J’ai donc entamé celle de Avec elle avec beaucoup de curiosité, me demandant ce que ces romans pouvaient s’apporter mutuellement. Malheureusement, je n’ai pas aimé celui-ci ; l’histoire a peu d’intérêt, traîne en longueur, les personnages ne sont pas crédibles et leurs réactions pas toujours cohérentes, c’est redondant, pas très bien écrit… Bref, rien à voir avec Sans elle ! Peut-être que Solène Bakowski n’a pas tiré le bon numéro, elle s’en serait peut-être mieux sorti Sans elle qu’Avec elle. Je garde son nom dans un coin et à l’occasion, je lirai un de ses romans plus perso.


Avec elle / Solène Bakowski – Autoédition – novembre 2017 – 375 p

 

Lola lit Sans elle

14 juillet 2004 Jessica 6 ans disparaît. Ce soir-là, elle était allée avec sa mère voir le feu d’artifice sans Coline, sa jumelle punie et restée à la maison avec leur père. Accident, enlèvement ? Personne ne sait. Sa famille ne se remettra, évidemment, jamais de cette disparition. L’auteure nous épargne les affres de la petit disparue pour se concentrer sur les mécanismes qui vont conduire à la destruction de la famille, à l’impossibilité pour ces parents de se soutenir, de faire front pour supporter ce drame, d’entourer leur autre petite fille, chacun s’enferme dans sa douleur et sombre, et c’est difficile à supporter. Jessica était la préférée de sa mère, la plus jolie, la plus charmante, la plus gracieuse, alors Coline culpabilise : elle aurait dû disparaître à la place de sa sœur, sa mère l’aurait pleurée, et se serait consolée avec Jessica.

C’est le genre de sujet que, d’habitude, je fuis, il m’est insupportable d’imaginer les horreurs que ces enfants disparus subissent. Pourtant, j’ai bien aimé ce roman, que j’ai trouvé très bien construit. Le fait que l’auteure ne fasse aucune allusion à l’enlèvement possible de la petite disparue m’a permis de ne pas sombrer dans le pathos. De plus, le personnage de la mère ne m’a pas touchée, je ne me suis donc absolument pas identifiée à elle.

Un bon roman que j’ai hâte de compléter avec Avec elle de Solène Bakowski, puisqu’il s’agit de la même famille dont l’histoire bascule sur un autre versant lors de cette soirée du 14 juillet.


Sans elle / Amélie Antoine – Autoédition – novembre 2017 – 385p

Lola lit Filles de la mer ♥♥♥

En Corée du Sud, sur l’île de Jeju, les femmes plongeuses en mer de la communauté Haenyeo ont toujours joui d’un statut un peu particulier. Ces femmes indépendantes, fortes et pleines de courage, ce sont elles qui rapportent nourriture et argent à la maison, grâce aux produits de leur pêche. Une tradition ancestrale qui se transmet de mères en filles, et dont chacune en éprouve une grande fierté. Pourtant, elles seront terriblement impuissantes, pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon est en guerre contre la Chine et que leurs filles sont enlevées, jetées dans des bordels militaires de campagne pour servir d’esclaves sexuelles aux soldats japonais. Arrachées à leur famille, emmenées loin de chez elles, elles vivaient dans des conditions abominables et traitées de façon inhumaine ; battues, torturées, violées 12 heures par jour, peu nourries, mutilées, à la merci de leurs bourreaux.

Lire ce roman, c’est souffrir avec Hana, une jeune haenyeo de 16 ans qui, pour sauver sa petite sœur, part avec les soldats. C’est souffrir avec Emi, qui vivra dans l’ombre de ce sacrifice. C’est souffrir avec toutes les femmes qui subissent la domination des hommes, leur barbarie. Un roman que j’ai lu en apnée, le cœur serré et la rage au ventre. Je remercie l’auteure pour la fin, que j’ai reçu comme cadeau ♥♥♥


Filles de la mer / Mary Lynn Bracht – Editions Robert Laffont – février 2018 – 432p

Lola lit Le vent nous portera

C’est la belle histoire d’Alice, Margery, Beth, Sophia et Izzy, des femmes que tout éloigne mais qui vont, ensemble et contre tous, participer à la naissance d’une bibliothèque itinérante dans le sud du Kentucky vers la fin des années 30. Elles vont braver bien des tempêtes et surmonter de multiples difficultés. Elles vont apprendre ce qu’est l’amitié et l’amour aussi pour certaines.

Alice est une jeune anglaise qui quitte son île le coeur léger et rempli d’amour pour Bennet, un jeune américain qu’elle épouse et suit aux Etats-Unis. Malheureusement, Alice déchante, son mari n’est plus le jeune homme charmant qui brûlait d’amour et elle doit partager la maison de son beau-père, autoritaire, désagréable et intrusif. La bonne humeur d’Alice s’étiole, son rêve de bonheur s’évapore, mais elle supporte, surtout ne rien dire, sauver les apparences dans cette petite ville puritaine où elle est l’étrangère à l’accent ridicule, où chaque geste est épié, surveillé, où tout se sait, . C’est à l’église qu’Alice entend parler du projet d’une bibliothèque itinérante, et c’est là qu’elle s’entend dire, devant l’assemblée et sous le regard ébahi de son mari et celui courroucé de son beau-père, qu’elle est volontaire ! Elle s’engage dans ce projet aux côtés de Margery, fille d’un contrebandier bagarreur notoire et décédé. Les aventures commencent alors pour Alice !

J’aime bien les romans de Jojo Moyes, ce sont mes livres sparadrap, ils me font du bien, ils me reposent. Ce sont mes feel-good ! Il y a eu Avant toi, Après toi, La dernière lettre de son amant, Les yeux de Sophie, je vais donc ajouter celui-là.


Le vent nous portera / Jojo Moyes – Editions Milady – octobre 2019 – 608p

Lola lit La chaleur ♥

Ça aurait pu s’appeler 48h dans la vie d’un ado. Une histoire d’adolescents, qui passent leurs dernières vacances avec les parents, qui s’ennuient, qui râlent et soufflent, rêvent de liberté, ils sont timides, hésitants, confiants ou fonceurs. Ce sont des enfants dans des corps d’adultes qui ne leur obéissent plus, dont ils ne savent que faire, les cacher ou les exposer. Ces corps d’adolescents qui se cherchent, s’aspirent, se respirent, s’attirent et se repoussent, se blessent, s’écorchent.
Léo a 17 ans et passe ses vacances en famille dans un camping des Landes. Léo est un adolescent plutôt réservé, pas forcément très bien dans sa peau, un peu en marge, d’ailleurs il reste à l’écart, ne se mélange pas, regarde le groupe des ados campeurs de loin. Il voudrait que les vacances se terminent, et rentrer chez lui.
Pourtant, les vacances vont prendre un tour différent lorsqu’il est témoin de la mort d’Oscar, le beau gosse du camping. Celui-ci, ivre, s’est lui-même emprisonné dans les cordes de la balançoire et Léo, sans bouger, l’a regardé passer de vie à trépas, puis a continué son chemin. Mais il est revenu sur ses pas, a tiré le corps sur la plage et l’a enterré dans le sable. Pourquoi ? Ah les mystères de l’adolescence ! Les vacances continuent, mais maintenant Léo est occupé ; il y pense sans arrêt, ça lui prend tout son temps, ça remplit sa vie, le dérange, comme un petit caillou dans une chaussure et surtout ça l’empêche de profiter de Luce, son nouvel amour, qu’il a rencontrée grâce à la disparition d’Oscar. Contre toute attente, Léo ne ressent pas de culpabilité.
C’est un roman sur l’adolescence, avec une belle ambiance estivale, chaude, moite, de violence contenue, sans bruit, sans cris pendant laquelle tout peut déraper.
Premier roman d’un tout jeune auteur à suivre !

Un petit coup de cœur ♥


La chaleur / Victor Jestin – Editions Flammarion – 28 août 2019 – 144p

Prix Femina des Lycéens 2019

Lola lit Les corps abstinents

L’abstinence sexuelle, voilà un sujet qui interpelle. Nous y avons tous, forcément, été soumis à des périodes plus ou moins longues de notre vie, puisque le célibat qu’il soit choisi ou contraint engendre une forme d’abstinence sexuelle. J’avais envie d’entendre la voix de ceux qui l’ont décidée plutôt que celle de ceux qui la subissent. Je voulais savoir si, comme la société nous le tambourine, une sexualité épanouie était un gage de bonheur. Peut-on être heureux sans sexe ? Je voulais savoir pourquoi on choisit de ne pas avoir de relations sexuelles, dans quel but, ce que cela apporte, physiquement, moralement, psychologiquement. Je voulais savoir comment on y revient, comment on s’y remet, gloutonnement, avec fougue, ou en retenue, timidement. J’avais, vous en conviendrez, beaucoup de questions.

Peut-être que j’aurais dû lire un Que sais-je. Car le livre d’Emmanuelle Richard n’a pas vraiment répondu à mes attentes. C’est un ensemble de témoignages d’anonymes que l’auteur a rangés par thèmes tels que Hors d’état, Carence à deux, Plaisirs solitaires… Chacun des 40 personnes s’est confiée, il/elle a raconté cette période d’abstinence sexuelle, et l’auteure conclut chaque thème par sa propre expérience et nous livre sa petite analyse. Mon impression générale est que, même lorsqu’elle est présentée comme choisie, l’abstinence sexuelle est subie, les abstinents seraient plus heureux avec une sexualité épanouie. Aucun n’a réussi à me convaincre à épouser cette cause. Mais la lecture de ces intimités, de ces secrets partagés est bouleversante, car certains textes sont d’une tristesse et d’une solitude absolues.

L’objet livre est particulièrement soigné et très agréable à manipuler ♥

Merci à Babelio et aux Editions Flammarion


Les corps abstinents / Emmanuelle Richard – Editions Flammarion – 2020 – 286 p