Lola lit Et l’amour aussi a besoin de repos

J’ai beaucoup aimé que le cliché de la jaquette soit celui sur lequel se construit l’histoire. La photo jaunie d’une rue assez large de Maribor, ville du Nord Est de Slovénie, où se tiennent 2 jeunes filles dont l’une tourne la tête. Elle s’appelle Sonja, elle sera l’héroïne, malgré elle, du dernier roman de l’auteur slovène Drago Jančar (prononcez Yantchar en roulant le R). Ce qu’elle a fait n’a pourtant rien d’héroïque, en cette période de 2nde guerre mondiale, elle voulait juste que Valentin, son amoureux, retenu en prison par les SS, soit libéré. Sur le cliché, elle est avec une amie qui l’encourage à courir derrière l’officier que Sonja vient de reconnaître. C’est le fils d’un ami de son père, avec qui elle avait skié enfant, il était gentil, il l’avait ramassée après une chute. Folle d’espoir, elle le rattrape et lui demande une faveur : faire sortir Valentin de prison. Mais le gentil Ludek est devenu Ludwig, qui combat au côté des allemands. Complètement acquis à la cause d’Hitler, professionnel et méfiant, il va se pencher sur le « cas » du jeune Valentin. Il va aussi profiter de la situation et de la jolie Sonja. Valentin est libéré d’une prison dont un partisan ne sort pourtant jamais. Alors le doute s’installe, en Valentin d’abord qui a peur de ce que Sonja a dû faire. Les partisans de sa section qu’il a rejoints immédiatement s’interrogent aussi, Valentin serait-il passé de l’autre côté ? En disparaissant alors qu’il est sous surveillance allemande, Valentin risque la mort, mais sera-t-elle plus douce que celle que lui infligeront les partisans s’il ne peut prouver qu’il n’est pas un espion ?

Les personnages sont entraînés malgré eux, dans un enchaînement de situations qui les mène à une chute absurde. C’est incompréhensible, on a envie de les mettre en garde, de leur parler de la noirceur des hommes, de leur folie. On garde l’espoir, mais ce roman n’est pas un roman feel good, c’est l’histoire de la guerre, des hommes, de la vie. L’auteur nous donne une lecture très différente de la face héroïque de la guerre, celle des partisans, les résistants slovènes, qui malgré leur idéal de liberté, étaient des hommes, des combattants, courageux souvent, mais lâches aussi, hâbleurs, cruels, indifférents, insensibles et sadiques. J’avais été saisie par Cette nuit, je l’ai vue, j’ai ressenti les mêmes émotions en lisant Et l’amour aussi a besoin de repos. Deux excellents romans !

Merci à Babelio et aux excellentes Editions PHEBUS


Et l’amour aussi a besoin de repos / Drago Jančar – Editions Phébus 2017 – 333p

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye – titre original In ljubezen tudi (traduction littérale Et l’amour aussi)

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