En Corée du Sud, sur l’île de Jeju, les femmes plongeuses en mer de la communauté Haenyeo ont toujours joui d’un statut un peu particulier. Ces femmes indépendantes, fortes et pleines de courage, ce sont elles qui rapportent nourriture et argent à la maison, grâce aux produits de leur pêche. Une tradition ancestrale qui se transmet de mères en filles, et dont chacune en éprouve une grande fierté. Pourtant, elles seront terriblement impuissantes, pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon est en guerre contre la Chine et que leurs filles sont enlevées, jetées dans des bordels militaires de campagne pour servir d’esclaves sexuelles aux soldats japonais. Arrachées à leur famille, emmenées loin de chez elles, elles vivaient dans des conditions abominables et traitées de façon inhumaine ; battues, torturées, violées 12 heures par jour, peu nourries, mutilées, à la merci de leurs bourreaux.
Lire ce roman, c’est souffrir avec Hana, une jeune haenyeo de 16 ans qui, pour sauver sa petite sœur, part avec les soldats. C’est souffrir avec Emi, qui vivra dans l’ombre de ce sacrifice. C’est souffrir avec toutes les femmes qui subissent la domination des hommes, leur barbarie. Un roman que j’ai lu en apnée, le cœur serré et la rage au ventre. Je remercie l’auteure pour la fin, que j’ai reçu comme cadeau ♥♥♥
Filles de la mer / Mary Lynn Bracht – Editions Robert Laffont – février 2018 – 432p

C’est la belle histoire d’Alice, Margery, Beth, Sophia et Izzy, des femmes que tout éloigne mais qui vont, ensemble et contre tous, participer à la naissance d’une bibliothèque itinérante dans le sud du Kentucky vers la fin des années 30. Elles vont braver bien des tempêtes et surmonter de multiples difficultés. Elles vont apprendre ce qu’est l’amitié et l’amour aussi pour certaines.
Ça aurait pu s’appeler 48h dans la vie d’un ado. Une histoire d’adolescents, qui passent leurs dernières vacances avec les parents, qui s’ennuient, qui râlent et soufflent, rêvent de liberté, ils sont timides, hésitants, confiants ou fonceurs. Ce sont des enfants dans des corps d’adultes qui ne leur obéissent plus, dont ils ne savent que faire, les cacher ou les exposer. Ces corps d’adolescents qui se cherchent, s’aspirent, se respirent, s’attirent et se repoussent, se blessent, s’écorchent.
L’abstinence sexuelle, voilà un sujet qui interpelle. Nous y avons tous, forcément, été soumis à des périodes plus ou moins longues de notre vie, puisque le célibat qu’il soit choisi ou contraint engendre une forme d’abstinence sexuelle. J’avais envie d’entendre la voix de ceux qui l’ont décidée plutôt que celle de ceux qui la subissent. Je voulais savoir si, comme la société nous le tambourine, une sexualité épanouie était un gage de bonheur. Peut-on être heureux sans sexe ? Je voulais savoir pourquoi on choisit de ne pas avoir de relations sexuelles, dans quel but, ce que cela apporte, physiquement, moralement, psychologiquement. Je voulais savoir comment on y revient, comment on s’y remet, gloutonnement, avec fougue, ou en retenue, timidement. J’avais, vous en conviendrez, beaucoup de questions.
Si notre esprit survivait à notre mort ? S’il survivait juste 10 minutes et 38 secondes ? Serait-ce assez pour refaire le chemin de notre vie ? C’est là que nous conduit l’auteur, sur le chemin de la vie de Tequila Leila, prostituée découverte assassinée dans une poubelle d’Istanbul. On remonte le temps avec Leyla, la fillette éprise de liberté, courant dans la campagne les cheveux aux vents, fuyant les gestes abominables de son oncle, la sévérité de son père, la folie de sa tante. Puis son arrivée dans Istanbul, la Magnifique, ville pleine de promesses, dont Leyla, devenue Tequila Leila, ne connaîtra que les bas fonds. L’auteur égrène les minutes, les souvenirs. Les rencontres, les amis comme les 5 doigts de la main devenus sa véritable famille, l’amour aussi, sur fond d’événements historiques. Les dernières minutes de Leyla dans ce monde étrange, celui bizarre entre la vie et la mort mais aussi celui anormal où les femmes subissent toujours la domination masculine.
Le champ, c’est le cimetière de Paulstadt, une petite ville inventée par l’auteur autrichien Robert Seethaler qui fait, ici, parler les morts. Chacun raconte une anecdote, une infime partie de sa vie, des secrets, des espoirs, comme des confessions parfois très courtes, parfois plus longues. Certains se connaissaient bien, d’autres moins, mais tous parlent d’eux, de leur petite ville, et de leur époque. Un roman qui se lit dans le silence, j’avais l’impression que ces mots étaient chuchotés, juste pour moi. J’ai reçu ces souvenirs, ces aveux, avec beaucoup d’humilité et de recueillement. Un roman magnifique que j’ai adoré ! Toute comme 
Un film documentaire de Denis Parrot qui, après avoir visionné près de 1200 vidéos de « coming out the closet » sur Youtube, décide d’en monter certaines pour faire un film. On voit donc 19 jeunes filles et garçons, se filmer lorsqu’ils annoncent à leurs parents leur homosexualité. Les réactions sont diverses mais dans l’ensemble plutôt bienveillantes, même si au milieu du film, une mère réagit violemment, renie son fils, l’insulte et le met à la porte. C’est d’une violence inouïe !
J’ai trouvé ce roman fort intelligent. Il démarre sur le baiser d’une petite sonneuse de cloches à François René Chateaubriand en 1792, dans la cathédrale de Westminster où il s’était laissé enfermé par mégarde. Chateaubriand troublé par ce baiser qui l’obsède décide de retrouver la petite sonneuse qui est partie sans un mot.