
Le couple que Thomas 37 ans forme avec Camille traverse une crise. Les enfants, le boulot, la routine, Thomas lutte pour que rien ne casse. Ce soi-là, il a même préparé un repas en amoureux pour leur dix ans de mariage tout en sachant que Camille n’aura sûrement pas envie, qu’elle sera encore trop fatiguée par ses aller-retour incessants entre son job à responsabilités qu’elle occupe au Havre et leur maison en banlieue. Mais cette nuit-là, c’est la gendarmerie qui appelle à quatre heures pour prévenir que Camille a eu un accident de voiture, très grave, qu’elle est hospitalisée en réa au CHU de Rouen. Alors Thomas confie les enfants à la nounou et file sur l’autoroute au petit matin. Le doute s’installe très vite, mais que faisait Camille sur cette petite route de Normandie ? N’aurait-elle pas dû se trouver sur l’autoroute pour rentrer ? Mais Camille ne pourra répondre à ces questions puisqu’elle est dans un coma de stade 3, un coma profond. Thomas veut comprendre, il cherche tous les indices qui pourraient expliquer pourquoi Camille se trouvait là. Après 28 jours, Camille se réveille enfin, complètement absente.
C’est la fin de la première partie de ce roman qui m’a happée littéralement, par son rythme soutenu, impossible de reprendre son souffle, les phrases s’enchaînent, la mise en page est dense, comme un bloc, aucun retour à la ligne, les dialogues ne sont pas matérialisés, contraints dans l’urgence, les mots courent, ils s’échappent. J’étais essoufflée et abasourdie en commençant la deuxième partie dans lequel je m’attendais à faire la connaissance de Camille, à participer à sa renaissance, à trouver quelques réponses. J’ai donc été très étonnée de me retrouver dans les Pyrénées, avec Thomas, sac au dos, gravissant les sommets avec peine mais détermination. Les enfants sont restés en bas, chez leur oncle Jean et jouent aux petits bergers. Dans les montagnes sur un chemin de randonnée, Thomas se raconte son enfance de petit dernier, la rudesse de son frère aîné Jean le berger, Pauline sa sœur partie en Afrique, la mort de son père victime d’une chute près du lac d’Anie quand il avait 7 ans. Et Jean qui met l’horreur en mots, et Thomas qui enfin comprend, les non-dits, l’infâme secret de famille, la fuite de sa soeur. De Camille, on ne parle plus, ou si peu, mais l’on comprend qu’elle n’est plus, sans savoir ni quand ni comment. Une deuxième partie qui, encore une fois m’a laissée pantelante.
Où allait donc me conduire Thomas pour ce dernier livre 3 ? En Afrique évidemment, où il rejoint Pauline, qui a crée un dispensaire au Cameroun. Un saut dans l’inconnu pour Thomas, d’autres paysages, les retrouvailles avec sa soeur depuis si longtemps perdue. Il voudrait la ramener en France, maintenant qu’il sait, qu’il a tout compris. Le Cameroun est un pays en guerre, la vie y est dangereuse, il en a fait les frais puisqu’il s’est retrouvé emprisonné pour quelques jours. Il a besoin d’elle, lui qui a tant perdu, pourtant il repartira sans elle mais avec Aliou, un autre trésor, pour reprendre sa vie avec Anton et Elsa, ses enfants chéris et Claire, la mère de Camille, qui a été son grand soutien.
C’est un livre comme on en rencontre parfois, qui touche profondément, qui laisse une empreinte sans que l’on sache vraiment pourquoi. Une universalité, la course existentielle, les histoires de famille, de fratrie, d’enfants, de pertes, de retrouvailles, un livre qui parle de la mort et finalement de la vie. Un roman magnifique !
Au commencement du 7ième jour / Luc Lang – Editions Stock 2016 – 540p

Dans un pays inconnu, mais que l’on peut situer en orient, à une époque inconnue mais que l’on imagine proche de nous, deux hommes s’affrontent. L’un, le narrateur est le fils du chef d’état et appeler à régner à son tour comme tous les hommes de sa famille. L’autre, orphelin, a été recueilli par ce même chef d’état quand il était petit, il deviendra ministre. Les frères ont vécu une enfance heureuse dans le palais de leur père, une adolescence complice qui a soudé leur relation et leur amour fraternel. Un jour, le frère adopté assassine un garde qui brutalise un pauvre hère. Mais le regard du garde le hante, son comportement change et il finit par disparaître. 10 ans durant, le narrateur attend son frère. Et un jour, il revient. Mais il n’est plus le même homme, il n’est pas revenu en paix, il est dorénavant du côté des minorités, les pauvres, les laissés pour compte. Il prend la tête de la rébellion. Son frère, qui règne sur le pays, est anéanti par le chagrin et les doutes. Très vite, des fléaux vont s’abattre sur le pays, eau des fontaines empoisonnée, invasion de sauterelles, peste, pays plongé dans la nuit… des plaies qui nous font évidemment penser à celles infligées par Dieu à l’Egypte, et que le peuple impute aux rebelles. L’affrontement entre les deux frères, dont l’un n’est qu’amour et l’autre haine, vire au drame.
François, le narrateur est correcteur dans la
La narratrice, une femme de 46 ans, est quittée par son compagnon Adrian. Lui, propriétaire d’une galerie d’art en Suisse et elle doubleuse voix en France, ils vivaient depuis huit ans une relation sans nuages entre Paris et Zurich. La rupture est donc une surprise pour elle qui pensait finir sa vie avec lui, une surprise d’autant plus douloureuse qu’il la quitte pour une autre femme. Cette autre qui, en plus d’avoir brisé la vie de la narratrice, poste des photos de sa nouvelle idylle avec Adrian et des messages que la narratrice pense lui être destinés. Elle devient accro à ce blog qu’elle consulte chaque jour bien qu’il ajoute à sa souffrance. Et les jours passent, elle décide de consulter un psy sans que cela change vraiment.
Cette couverture est magnifique, le titre prometteur, mais les 13 nouvelles sur le thème, parait-il, de la rupture et la recomposition (?!) m’ont laissée de glace, et même parfois agacée. La narratrice de la 11ième s’angoisse à cause d’un haricot moisi quand le locataire de la 4ième est persuadé qu’un castor ronge les poutres de l’immeuble et que des collègues, dans la 9ième, règlent mollement leur compte en réunion. Je n’ai eu aucune empathie pour les acteurs, aucun sentiment pour leurs situations, aucune indulgence pour leurs préoccupations, excepté pour Molly, la seule qui a su éveiller mon intérêt. Mais l’écriture est très intéressante, parfois poétique, parfois pincée, parfois drôle, toujours juste elle change et s’adapte à chaque nouvelle. Pour cela je suis allée jusqu’au bout, pour l’écriture…
Ça commence par Paul, un européen qui s’est réfugié au Sénégal, sans qu’on sache pourquoi, il vit chez Papis et sa fillette Yacine qui l’ont adopté comme ami. Puis on assiste à la rencontre coup de foudre de Marc et Charlotte à Roissy. Lui, jeune avocat, elle 25 ans, futur médecin, qui part faire un stage de 4 mois à Haïti avec Médecins du monde. 4 ans plus tard, on retrouve Marc et Charlotte filant le parfait amour, fêtant bientôt leur 3 ans de mariage. Malheureusement, cette journée s’achève sur un drame et va changer leur vie à jamais. L’horreur absolue que va connaître Charlotte, l’agression sexuelle dont elle est victime, elle décide de la taire, et de continuer à vivre. Mais 5 ans après ce drame, voilà qu’un nouvelle fois, Charlotte et Marc sont frappés par le destin. Cette fois, c’est Marc qui en rentrant dans l’appartement vide fait une découverte qui le conduit à vouloir tout quitter.
Un jour de semaine, Valérie monte dans le Paris-Toulouse. Au lendemain de ses 40 ans et d’une séance de relooking offerte par ses amies, Valérie a décidé de tout plaquer, Djamel son mari, Laura sa fille ingrate, son boulot de caissière, sa HLM de banlieue. Nouvellement maquillée, cintrée dans une robe fourreau rouge, grimpée sur des escarpins vernis, elle se rebaptise Julia (comme Roberts) et descend vers le sud chez une cousine où elle espère reconstruire une nouvelle vie qui lui ressemblera.
Le nouveau roman de Catherine Cusset s’ouvre sur le suicide de Thomas, 39 ans, un 21 avril 2008 en Virginie, aux Etats-Unis. Thomas dont Catherine, la narratrice nous dresse un portrait sans pitié mais avec amour. Elle qui fut sa maîtresse dans les années 80, quand ils étudiaient la littérature à Paris, puis qui, comme lui, est partie aux Etats-Unis où ils se sont retrouvés et sont devenus amis, proches et parfois brutaux, comme peuvent l’être les amis. Elle a accompagné sa chute, de près ou de loin selon les époques, toujours là, accessible. Comment un homme comme Thomas, beau, brillant, passionné par la littérature et le cinéma qu’il enseignait dans les universités américaines, entouré d’amis, d’étudiants, de sa famille, peut-il enchaîner les échecs ? Il voulait vivre, s’amuser, profiter de ses amis, aimer, car Thomas était un amoureux fou, mais ses amours n’ont jamais duré, comme ses contrats de travail. De femme en femme, de poste en poste, Thomas s’est fatigué, il s’est perdu, et ni ses amis, ni sa famille n’ont suffi, il a perdu foi en la vie qu’il a préféré quitter.
Après Avant toi, voici Après toi.