
Article 353 du code pénal – Tanguy Viel – Editions de Minuit 2017 – 174p

Article 353 du code pénal – Tanguy Viel – Editions de Minuit 2017 – 174p

Dans Croire au merveilleux, on retrouve César, personnage rencontré dans le précédent roman de l’auteur, Plonger qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’avoir lu. Depuis la disparition de Paz sa femme adorée, César est inconsolable et dans une telle détresse qu’ il décide de mettre fin à ses jours. Son suicide est bien orchestré, Hector confié à ses grands-parents, les médicaments achetés en dose suffisante, César est prêt. Mais son geste est interrompu par la visite de sa jeune et magnifique nouvelle voisine, qu’il va suivre dans un voyage onirique et hellénique où il trouvera peut-être enfin les réponses à ses questions.
Je n’ai malheureusement pas réussi à croire au merveilleux ! Et quel dommage parce que je me faisais une joie littéraire de ces retrouvailles. Peut-être que, tout juste lu après La salle de bal de Anna Hope, ce roman a souffert de la comparaison. Je n’y ai pas cru, je me suis ennuyée…
J’appréhendais de me lancer dans ce nouveau roman d’Anna Hope, j’avais un peu peur d’être déçue, Le chagrin des vivants, m’avait tellement plu. Finalement bravant ma peur, avec courage et détermination, j’ai entamé ma lecture 😉
Et très vite, j’ai été émerveillée et intimidée par la salle de bal, cette pièce magnifique au coeur de l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, au nord de l’Angleterre, à l’aube du vingtième siècle. Nous sommes en hiver 1911 et une jeune pensionnaire est internée pour avoir brisé une vitre de l’usine dans laquelle elle était ouvrière. Ella, dans les premiers temps, souffre de l’enfermement et de la privation de liberté et tente de s’évader, mais très vite, sa révolte laisse place à la résignation et elle s’abandonne à la routine de l’établissement.
Si les femmes de Sharston ont l’interdiction formelle de sortir, les hommes, quant à eux, sont employés à l’extérieur. Parmi eux John Mulligan, un irlandais indifférent à son sort, qui ne s’est jamais remis de la disparition de sa femme. La vie de l’asile est rythmée par l’orchestre du docteur Fuller, jeune psychiatre violoniste, persuadé que la musique et la danse peuvent améliorer le sort de ses patients. Chaque vendredi, un grand bal est organisé dans la grandiose salle de bal. Seuls les pensionnaires les plus obéissants, sages et sans histoire peuvent y participer, chacun attendant fébrilement d’être appelés, sauf Ella et John qui n’ont aucune envie de participer à la vie de Sharston. Pourtant, c’est à cette occasion qu’ils vont se connaître et bientôt, assister au bal du vendredi va devenir, pour eux, essentiel.
L’intérêt du docteur Fuller pour la guérison de ses malades et son opposition à l’eugénisme, prôné à cette époque par les politiques, Churchill en tête, laisse entrevoir une fin heureuse à l’histoire d’amour de John et Ella. Mais au 2/3 du roman, tout bascule admirablement !
J’avais peur, complètement effrayée à l’idée de ce qui allait advenir à ces 2 pauvres hères qui méritaient pourtant tellement d’être heureux. Et pour la première fois de ma vie de lectrice, j’ai failli abandonner ma lecture !
Alors autant vous dire que j’ai beaucoup aimé ce roman. L’histoire, racontée du point de vue des 3 personnages, Ella, John et Charles Fuller, est parfaitement construite. Encore une fois, le sujet choisi par l’auteure est vraiment intéressant, l’écriture claire et fluide, les personnages attachants. Et je me demande avec délice, quel sera le thème du prochain 😉
La salle de bal/ The ballroom (2016) – Anna Hope – traduit de l’anglais par Elodie Leplat – Editions Gallimard 2017 – 389 pages
Merci au service presse des Editions Gallimard et à Babelio
A 27 ans, l’auteur Jean-Marc Savoye, fatigué de ses échecs, décide « d’aller voir quelqu’un ». 30 ans plus tard, il nous livre le récit de ses années d’analyse, librement interrompu par Philippe Grimbert, psychanalyste et auteur du célèbre roman le secret.L’écriture est agréable et les interventions de Grimbert constructives.
Le poids parfois si lourd de l’héritage parental, le sac remplit de maux/mots qu’on se trimbale, qu’on traîne depuis l’enfance : les mots dits, les non-dits, les trop dits … Tous ces mots qui, parfois encouragent, parfois découragent, construisent ou détruisent ; les maux des mots ou les mots des maux. Parler a sauvé l’auteur. Tout est langage, disait Dolto.
Un ouvrage intéressant qui donne à réfléchir, et qui m’a beaucoup plu.
Merci à Babelio et aux Editions Albin Michel pour cette découverte.
1986 USA – Le jeune ado Elijah est fasciné par son oncle Poxl West, héros de la seconde guerre, juif engagé dans la Royal Air Force. Enseignant, il s’est essayé à la littérature mais ses 2 romans n’ont pas trouvé d’éditeurs. Pourtant l’oncle Poxl a eu une vie palpitante et il sait raconter des histoires qui fascinent Eli. Le succès arrive enfin lorsqu’il décide de raconter ses mémoires et les publie sous le titre Skylock. Enfin reconnu l’oncle jubile, et le neveu s’extasie. Mais tout bascule lorsque la véracité des souvenirs héroïques de Poxl West est contestée par un journaliste du New York Times, l’admiration d’Elijah pour son oncle faiblit, et son monde s’effondre. Mais qui a raison, où est la vérité ?
Même si j’ai regretté que les personnages manquent un peu d’épaisseur, la construction originale et l’écriture très soignée en font un moment de lecture très agréable.
Le dernier exploit de Poxl West / Daniel TORDAY – Les Escales 11/2016 – 304 pages
Années 60, Université pour filles de Stillwater, Peggy, une jeune étudiante présumée lesbienne, fille de pasteur, tombe amoureuse de Lee Fleming, héritier d’une des plus riches familles de Virginie, prof de poésie, homosexuel réputé. Peggy découvre le sexe dans ses bras et se laisse prendre au jeu de l’amour même si cette histoire est vouée à l’échec. Très vite un bébé s’annonce inopinément, et Lee, soucieux de ses responsabilités épouse Peggy. Des années plus tard, mère au foyer insatisfaite, trompée par son mari, lasse de cette vie qui l’a conduite trop loin de ses aspirations de dramaturge, Peggy s’enfuit. Elle quitte Lee et la maison, lui abandonne leur fils de 8 ans mais emmène Mireille leur fillette de 3. Recherchée par la police pour enlèvement, Peggy s’enfonce dans la campagne et trouve une petite maison à l’abandon, qu’elle répare comme elle peut et s’y installe en se faisant passer pour une mère et sa fille noire (c’est incroyable mais pourtant possible, puisque dans ces années-là en Virginie, une goutte de sang noir dans une lignée pouvait faire de vous un noir). Au début, elles se terrent, sortent le moins possible pour ne pas se faire repérer. Puis, Mireille grandit, va à l’école, Peggy doit accepter de laisser vivre sa fille adolescente qui devient amie avec un jeune noir (un vrai celui-là) Les 2 mamans se lient d’amitié et partagent leurs difficultés de noirs.
De mi-1960 à 1980, l’auteure nous raconte le difficile quotidien des noirs aux Etats-Unis, le racisme, la ségrégation, le rejet. C’est un roman très particulier, que j’ai lu laborieusement, sans plaisir mais avec envie. L’envie de savoir où l’auteure voulait m’emmener, quelle fin elle trouverait à cette histoire. Le sujet est particulier mais l’écriture l’est aussi puisqu’elle peut passer, sans prévenir, de conventionnelle à grossière, aucun mot obscène ne nous est épargné, et même s’il n’y a pas une once de vulgarité, c’est assez troublant. De plus, il y a énormément de références, certaines sont drôles et intéressantes, mais c’est trop ! Au début j’ai cherché chacun des noms inconnus sur internet, mais j’ai fini par abandonner et tant pis pour ma culture G. Je pense que, du coup, je suis passée à côté de ce bouquin, de cette auteure qui mérite sûrement d’être encensée par ses pairs (Donna Tartt, Franzen…)
Une comédie des erreurs/Nell ZINK – Editions SEUIL – Août 2016 – 304p
Voilà un petit ouvrage que j’adore ! Je l’ai découvert lorsqu’il a fallu que je choisisse un livre à envoyer à une de mes étudiantes japonaises, qui avait eu la gentillesse d’offrir à mon fils Le petit Prince dans sa langue maternelle. Je voulais en retour, lui trouver un ouvrage utile, intéressant qu’elle puisse utiliser pour son apprentissage du français mais je le voulais aussi ludique et drôle. Lorsque je suis tombée sur celui-ci, je me le suis offert d’abord pour pouvoir le feuilleter, et j’ai été convaincue que c’était LE livre que je voulais envoyer à Nao. Depuis, d’autres ont voyagé, Islande, Brésil, Slovénie, Italie… puisqu’il est devenu LE livre que j’offre, systématiquement, en remerciements. Je l’ai aussi glissé dans la hotte du Père Noël l’année dernière ! Et à chaque fois, il a comblé la personne qui l’a reçu, de 7 à 77 ans <3
L’auteure Sandrine Campese, une jeune femme adorable et brillante, férue d’orthographe et qui participe au Projet Voltaire, s’est amusée à « rendre graphiques, les règles orthographiques » et c’est un succès ! Page de droite les mots sont illustrés et page de gauche un petit texte très clair rappelle les règles avec esprit. Au fil des pages, on s’amuse, on jubile, on ricane ; les doubles consonnes, les accents, les faux amis, les homonymes n’ont bientôt plus de secrets pour nous, on peut enfin se jouer des perfidies de la langue française non sans éprouver un grand bonheur et une immense satisfaction : « plus jamais on ne se fera avoir! »

Après le succès du petit livre jaune, 99 nouveaux dessins pour ne plus faire de fautes revient, et cette fois-ci il est rouge et tout aussi indispensable et à petit petit prix. Bientôt Noël, alors si vous voulez faire plaisir à un amoureux de la langue française, à un étudiant petit ou grand ou un curieux, glissez ces charmants petits livres sous le sapin <3
Ah tiens, il me vient une idée 🙂 En collaboration avec Sandrine Campese et Les Editions de L’Opportun, nous allons organiser un concours pour vous les faire gagner ces petites merveilles ! Que diriez-vous de 2 chances de gagner un ouvrage par jour pendant 2 semaines, là juste avant Noël ?! On saute de joie et on attend Lundi 5 décembre avec impatience 😉 Je vous donnerai plus de détails ce week-end, alors soyez vigilant et restez connecté !


99 dessins pour ne plus faire de fautes / Sandrine Campese – JB Thomas Sertillanges / Editions de l’Opportun 2015 – 219p – 9.90€
99 nouveaux dessins pour ne plus faire de fautes / Sandrine Campese – Isabelle Fregevu-Claracq / Editions de l’opportun 2016 – 217p – 9.90€
Ce dictionnaire est plutôt un annuaire qui recense les bêtises, petites ou grosses qu’il ne faut pas faire !
C’est un joli livre, les illustrations sont ravissantes, vives et colorées, autour d’un petit lapin rose bien sympathique, on croise un gros chien qui gronde, une taupe farceuse, un cochon malin, un loup gourmand, un méchant chat… Sur chaque page de gauche, la mise en garde, il ne faut pas et sur la droite, l’illustration.
Pour moi, le point négatif c’est qu’il n’y pas de hiérarchie des bêtises, par exemple, on trouve côte à côte il ne faut pas jouer avec les allumettes et il ne faut pas déchirer les livres, il ne faut pas faire du trampoline sur un lit et il ne faut pas ouvrir les produits d’entretiens, mettre les doigts dans les prises et revoir la décoration sans l’accord du propriétaire. Je trouve cela fort dommage car cela peut créer de la confusion chez les enfants entre une bêtise rigolote, faire le fou pendant la sieste, et une très dangereuse, sortir de la voiture tant qu’elle n’est pas arrêtée ; j’aurais aimé qu’il y ait des catégories par exemple ce qui est dangereux, imprudent, malpoli, pas écolo… pour en faire un vrai bon outil pédagogique.
Un livre à offrir aux parents d’un tout-petit pour le mettre en garde contre les dangers de la vie quotidienne, ou à ceux d’un plus grand pour revoir avec lui les conséquences de certains actes.
Merci à Babelio et aux Editions Larousse pour cet envoi.
Le dictionnaire des grosses bêtises / Philippe Jalbert – Editions Larousse 2016 – 96p
Un premier roman qui m’a touchée. Est-ce parce qu’il parle de l’enfance volée, de la guerre, de l’exil ? Sûrement Est-ce parce que l’écriture est belle, simplement belle, les personnages attachants et les sentiments tellement bien décrits ? Oui. Peut-être aussi parce que les souvenirs d’enfance de Gaby ressemblent un peu aux miens, à ceux de tous les enfants.
Gaël Faye est un tout jeune homme, né en 1982 au Burundi d’une mère rwandaise et d’un père français tout comme son petit héros Gaby, 10 ans. Gaël-Gaby, des prénoms qui se ressemblent, des souvenirs qui se confondent, se chevauchent, s’éloignent. Gaby n’est pas Gaël mais Gaël a nourri Gaby de son enfance, de ses souvenirs dans son petit pays. Ce roman est un très beau moment de lecture, qui parle avec fraîcheur de l’insouciance de l’enfance, qui pétille, qui sautille. Quand on est enfant le monde se réduit à notre ciel, notre rue, notre maison, nos amis et notre famille. Et le monde de Gaby est idyllique jusqu’à ce qu’à ce que l’horreur de la guerre au Rwanda entre Tutsis et Hutus en 1994 le happe. Une guerre ignoble, que l’auteur connait bien et dont il parle avec retenue, sans colère, mais incompréhension. Une guerre qui prend les amis, les cousins, la famille, et la maman de Gaby, qui sombre dans la folie. Une guerre ignoble dont je garde des images de sauvageries abominables, les histoires racontées par les enfants réfugiés en France avec lesquels je travaillais à l’époque. Je n’oublierai jamais les stigmates des tortures subies, sur les corps de ces jeunes filles et jeunes garçons, je n’oublierai jamais les regards de ces enfants, qui avaient vu l’abomination. Voilà pourquoi, entre autres, j’ai été bouleversée par ce roman qui mérite l’attention dont il est entouré.
Roman reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 de PriceMinister que je remercie infiniment pour ce magnifique cadeau !
L’année dernière La terre qui penche, cette année Petit pays, à l’année prochaine #MRL16, pour, j’espère, une nouvelle belle lecture <3
Petit pays / Gaël Faye – Editions Grasset 2016 – 224p – Prix Fnac 2016

Le couple que Thomas 37 ans forme avec Camille traverse une crise. Les enfants, le boulot, la routine, Thomas lutte pour que rien ne casse. Ce soi-là, il a même préparé un repas en amoureux pour leur dix ans de mariage tout en sachant que Camille n’aura sûrement pas envie, qu’elle sera encore trop fatiguée par ses aller-retour incessants entre son job à responsabilités qu’elle occupe au Havre et leur maison en banlieue. Mais cette nuit-là, c’est la gendarmerie qui appelle à quatre heures pour prévenir que Camille a eu un accident de voiture, très grave, qu’elle est hospitalisée en réa au CHU de Rouen. Alors Thomas confie les enfants à la nounou et file sur l’autoroute au petit matin. Le doute s’installe très vite, mais que faisait Camille sur cette petite route de Normandie ? N’aurait-elle pas dû se trouver sur l’autoroute pour rentrer ? Mais Camille ne pourra répondre à ces questions puisqu’elle est dans un coma de stade 3, un coma profond. Thomas veut comprendre, il cherche tous les indices qui pourraient expliquer pourquoi Camille se trouvait là. Après 28 jours, Camille se réveille enfin, complètement absente.
C’est la fin de la première partie de ce roman qui m’a happée littéralement, par son rythme soutenu, impossible de reprendre son souffle, les phrases s’enchaînent, la mise en page est dense, comme un bloc, aucun retour à la ligne, les dialogues ne sont pas matérialisés, contraints dans l’urgence, les mots courent, ils s’échappent. J’étais essoufflée et abasourdie en commençant la deuxième partie dans lequel je m’attendais à faire la connaissance de Camille, à participer à sa renaissance, à trouver quelques réponses. J’ai donc été très étonnée de me retrouver dans les Pyrénées, avec Thomas, sac au dos, gravissant les sommets avec peine mais détermination. Les enfants sont restés en bas, chez leur oncle Jean et jouent aux petits bergers. Dans les montagnes sur un chemin de randonnée, Thomas se raconte son enfance de petit dernier, la rudesse de son frère aîné Jean le berger, Pauline sa sœur partie en Afrique, la mort de son père victime d’une chute près du lac d’Anie quand il avait 7 ans. Et Jean qui met l’horreur en mots, et Thomas qui enfin comprend, les non-dits, l’infâme secret de famille, la fuite de sa soeur. De Camille, on ne parle plus, ou si peu, mais l’on comprend qu’elle n’est plus, sans savoir ni quand ni comment. Une deuxième partie qui, encore une fois m’a laissée pantelante.
Où allait donc me conduire Thomas pour ce dernier livre 3 ? En Afrique évidemment, où il rejoint Pauline, qui a crée un dispensaire au Cameroun. Un saut dans l’inconnu pour Thomas, d’autres paysages, les retrouvailles avec sa soeur depuis si longtemps perdue. Il voudrait la ramener en France, maintenant qu’il sait, qu’il a tout compris. Le Cameroun est un pays en guerre, la vie y est dangereuse, il en a fait les frais puisqu’il s’est retrouvé emprisonné pour quelques jours. Il a besoin d’elle, lui qui a tant perdu, pourtant il repartira sans elle mais avec Aliou, un autre trésor, pour reprendre sa vie avec Anton et Elsa, ses enfants chéris et Claire, la mère de Camille, qui a été son grand soutien.
C’est un livre comme on en rencontre parfois, qui touche profondément, qui laisse une empreinte sans que l’on sache vraiment pourquoi. Une universalité, la course existentielle, les histoires de famille, de fratrie, d’enfants, de pertes, de retrouvailles, un livre qui parle de la mort et finalement de la vie. Un roman magnifique !
Au commencement du 7ième jour / Luc Lang – Editions Stock 2016 – 540p