Liam et Ava vivent complètement isolés dans la montagne sauvage avec leur petit garçon de 5 ans dans des conditions de survie extrêmes. Mais un jour au retour de la chasse, Liam retrouve son fils couché sous le corps sans vie d’Ava tuée par un ours. Incapable de s’occuper de lui dans cet environnement hostile, Liam doit absolument se débarrasser de ce fils dont il ne sait que faire ; c’est Ava qui s’occupait de l’enfant, lui il piste, chasse, tue et dépèce. Il n’a pas d’instinct paternel, ni d’affection, ni de tendresse pour Aru. Il décide de descendre l’enfant en ville pour le confier à son oncle. Mais contre toute attente, l’oncle refuse.
Un roman qui attrape, secoue et retourne ! On est happé par les grands espaces ; la nature est âpre, intense et effrayante tout comme l’atmosphère du roman. Ecrit à la première personne, Liam raconte comme il peut, les mots lui manquent, il s’exprime mal. On le sent complètement perdu, la disparition d’Ava l’a brisé mais la présence de son fils l’accable. Plus rien ne va, la vie qu’il a choisie ne peut pas être remise en question par cette tragédie. Il doit trouver une solution. C’est bien ! ♥
On ne peut pas ne pas penser à La Route de Cormak Mc Carthy, qui raconte l’errance d’un père et son fils dans un décor post-apocalyptique.
On était des loups / Sandrine Collette – Editions JCLattès – aout 2022 – 192p

La BD « Lydie » de Zidrou est une BD singulière. Elle raconte l’histoire d’une jeune femme, Camille, qui vit un peu hors du monde. Alors qu’elle accouche d’un bébé mort-né, elle se persuade que sa petite fille, Lydie, est bien réelle et en vie. Là où l’histoire pourrait rester simplette, il n’en est rien puisque Camille va entraîner avec elle, son père, le médecin et les voisins. Tout le monde va jouer le jeu et c’est là que réside tout l’intérêt du récit. Le scénario est magnifiquement illustré par Jordi Lefèvre qui, avec ses touches de couleur délicates, apporte la douceur et la tendresse nécessaires au récit. De jolis sentiments, de la mélancolie, des personnages touchants, il n’en fallait pas plus pour que cette BD soit une belle découverte !
Cette BD nous emmène dans une histoire originale et pleine de mystères qui fait la part belle aux filles. Depuis 10 ans que les hommes du village sont partis à la guerre, les femmes ont dû s’organiser pour que la vie continue. Elles ont créé un ordre que Molly, 10 ans, a hâte de rejoindre. Son bouc Barbe-Noire et son ami Liam vont l’accompagner dans ses péripéties. J’ai beaucoup aimé l’humour de cette BD, ainsi que les caractères bien trempés des personnages, même des personnages plus secondaires. Le suspens monte crescendo et donne envie de poursuivre l’aventure avec les héros. Les illustrations, qui semblent plutôt naïves au premier abord, donnent de la profondeur aux personnages et les couleurs pastel font un contraste heureux avec l’action. L’aventure, la magie et l’amitié font de cette BD un vrai bon moment de lecture.
Librement inspirée de « La Ferme des animaux » de George Orwell, « Le château des animaux » est une réussite. Dans un château abandonné par les humains, les animaux sont libres et égaux. Enfin, pas vraiment ! Comme dans toute société, certains se croient légèrement, voire beaucoup, au-dessus des autres et les privilèges ne sont pas distribués de manière égalitaire. Jusqu’à ce que les opprimés décident de se révolter. Dans cette BD, il y a des héros et des méchants, des privilégiés et des opprimés, de la solidarité et de l’égoïsme ! Toutes ces thématiques « humaines » transposées dans un monde animal fictif et c’est vraiment bien vu ! C’est également illustré de manière pertinente avec des couleurs parfois sombres, parfois lumineuses qui accompagnent parfaitement le propos. J’ai beaucoup aimé !
Enfant, Izumi n’a eu que sa mère pour l’élever et prendre soin de lui. Aujourd’hui, alors qu’elle perd peu à peu tous ses repères, les rôles s’inversent. L’occasion pour Izumi de se remémorer les bons moments passés avec sa mère et les un peu moins bons. Alors qu’il s’apprête à être père, il s’interroge aussi sur la relation qu’il va tisser avec son enfant, alors qui lui n’a pas eu de « modèle ».
Dans les années 20 à Paris, un ancien soldat de la guerre de 14 consacre sa vie à rechercher les soldats disparus. Blessé au début de la guerre, amputé d’une main, écarté des champs de bataille, un sentiment de culpabilité vis à vis de ceux qui combattaient l’avait submergé, au point de refuser les permissions. Sa fiancée l’avait attendu avant d’être emportée par la fièvre espagnole. Alors depuis, accablé de chagrin et rongé de remords, il aidait les familles à retrouver un fils, un père, un mari, un fiancé. Après la guerre, la démobilisation fut compliquée, les hôpitaux étaient remplis de soldats perdus, amnésiques, rendus fous, incapables de retrouver leur famille. Chaque femme, chaque mère, chaque fiancée espérait que son soldat disparu était vivant et qu’il errait d’hôpital en hôpital, il suffisait donc de le chercher. Alors lui parcourait la France pour rendre son nom à un homme, mettre un nom sur un corps, inscrire un nom sur une pierre tombale et ainsi permettre aux femmes de disparus de toucher une pension. Contacté par Madame Joplain, il part à la recherche de son fils Emile, forcément en vie quelque part. Commence alors une longue enquête, qui conduit le lecteur sur les traces d’une merveilleuse et tragique histoire d’amour. Un super roman qui cumule les points positifs : il se lit d’une traite, il est bouleversant et très bien documenté. Un coup de cœur !
Ma nuit au musée, la collection proposée par les Editions Stock, réunit plusieurs auteurs : Leila Slimani, Christophe Boltanski, Jakuta Alikavazovic, Léonor de Récondo mais aussi Enki Bilal, Lydie Salvayre et d’autres encore. Invités à passer une nuit entière dans un musée où ils peuvent déambuler dans le silence et la solitude à la recherche de sensations et d’émotions, ils tirent, de cette expérience, un livre qui concentre leurs impressions. Lola Lafon s’est prêtée à l’exercice et nous livre un récit magnifique. Elle a choisi de passer la nuit du 18 août 2021, dans La Maison d’Anne Frank dite l’Annexe où la famille Frank est restée cachée deux ans avec une autre famille pendant que dehors les persécutions nazis semaient la terreur. L’Annexe était située à l’étage de l’entreprise d’Otto Frank le père d’Anne et Margot, c’était un endroit tenu secret dont quelques personnes seulement connaissaient l’existence et s’occupaient du ravitaillement des huit « prisonniers ». Interdiction formelle de parler, de bouger, d’utiliser l’eau, il fallait être indétectables.
Gaspar est un artiste français, très demandé. Tellement qu’il décide de partir en Italie, officiellement pour travailler sur sa prochaine conférence commandée par le musée d’art de Lausanne, mais surtout pour fuir les sollicitations pressantes d’Amandine, sa très/trop enthousiaste attachée de presse aux multiples projets. Arrivé à Rome, il pose son échiquier sur la terrasse d’un café du Campo de’ Fiori, une place romaine très prisée, qui a gardé le charme de l’Ancienne Rome avec son marché pittoresque et en son centre, la statue de Giordano Bruno, un moine philosophe aux idées très libérales qui lui valurent d’être condamné pour hérésie et brûlé sur le bucher par l’église en 1600. Des joueurs de passage s’attablent et disputent des parties avec Gaspard. Un jour, c’est une jeune femme hongroise qui prend place face à un Gaspard sous le charme, et qui s’avère être une excellente joueuse. De parties d’échecs en balades et en confidences, Gaspard et Marya vivent une belle histoire sur fond de Dolce Vita. Mais le passé de Marya renferme quelques douleurs que Gaspard consent à partager.