Anthony Passeron est né en 1983, l’année où une équipe de chercheurs de l’institut Pasteur dirigée par Luc Montagnier parvient à isoler le LAV, le virus responsable du sida. Dans ce premier roman, l’auteur remonte le temps sur les traces du virus, dans les plus grands labo français et américains, auprès de chercheurs de renom, dans un parcours scientifique et médical dont on se demande parfois quels étaient les enjeux. Parallèlement, Anthony Passeron retrace la courte vie de son oncle Désiré, jeune héroïnomane, qui décède du sida au début de l’épidémie lorsqu’on disait cette maladie honteuse, parce qu’elle faisait des ravages chez les gays et les junkies.
C’est un excellent premier roman que j’ai trouvé passionnant. Les chapitres consacrés au sida sont bien documentés et très rythmés, comme dans un thriller, on sent l’urgence, on perçoit la tension, les enjeux, les jalousies, les guerres déclarées ou non. Tous n’ont pas les mêmes motivations dans cette course à la découverte, et le malade peut être considéré comme un animal de laboratoire. La partie autobiographique est particulièrement émouvante, l’amour inconditionnel de cette famille que l’incompréhension et la honte accompagne sur ce douloureux parcours.
Anthony Passeron n’a pas connu Désiré, mais il lui rend un bel hommage dans son roman. Un vrai gros coup de cœur ♥
(Et dire que j’ai failli passer à côté tant je trouvais cette couverture d’une laideur rebutante ! Les photos auraient peut-être méritées d’être à l’intérieur, comme dans un album de famille. Le titre fait référence aux jeunes drogués que l’on trouvait endormis juste après l’injection d’héroïne.)
Les enfants endormis / Anthony Passeron – Editions Globe – aout 2022 – 288p

Zoé, huit ans, en vacances chez sa copine Chloé est fauchée par un chauffard et décède sur le coup. Izia et Etienne, ses parents restés à Paris, sont dévastés. J’ai cherché longtemps le mot pour dire leur état ; j’aurais pu écrire ravagés, détruits, à terre, saccagés… Aucun ne convenait vraiment pour décrire l’abomination de la perte de son enfant, tant ce drame est terrifiant, incompréhensible, abominable, ingérable, ignoble, injuste… et là j’en trouve plein des mots, qu’il faut mettre tous ensemble parce que seuls, ils ne sont pas encore assez forts.
Arthur fait ses premiers pas sur le dance floor de La Plage à l’occasion de l’anniversaire de Vincent. A 10 ans, il est sommé par l’oncle de Vincent d’inviter une fille et de la faire danser. Terrifié, Arthur est bloqué sur la piste, incapable de faire un mouvement. Devenu ado, il y retourne avec « la bande à Vincent », toujours incapable d’aborder une fille, incapable de « choper », l’activité pourtant cruciale des copains. Mais avec son corps maigrichon, ses bras ballants, sa timidité, Arthur n’a pas vraiment confiance en lui, ni en les autres d’ailleurs. Mais ses pas, toujours, le ramènent sur le parking de La Plage. De la salle de sport au club de danse, au fil des années, Arthur s’améliore et devient le Michael Jackson de La Plage, sous le regard bienveillant de la barmaid. Mais il ne parvient toujours pas à se débarrasser de ses complexes et peine à trouver sa place dans la vie. La Plage, où il passe toutes ses soirées, est son refuge mais pourrait-elle devenir sa prison ?
C’est au moment de signer le compromis de vente de sa maison sous la pression des promoteurs immobiliers que Brigitte Giraud revient sur les conditions tragiques de l’achat de cette même maison vingt ans avant. Nous sommes en 1999, l’année de la grande éclipse, Brigitte et Claude ont envie de sauter le pas, faire le grand saut, acheter une maison avec un jardin, un gentil cocon pour y nicher avec Théo, leur petit garçon. Claude la quarantaine est passionné de musique et de moto et Brigitte écrit. Ils rêvent de remplir cette maison de chansons et de copains, de rire et de bonheur. Mais le 22 juin, à quelques jours de l’emménagement, Claude se tue dans un accident de moto. C’est donc seule avec Théo, hébétée, endeuillée, rompue de chagrin et d’incompréhension que l’auteure s’installe. (En 2001, elle écrit A présent (Stock)
Je ne suis amatrice ni de polars ni de SF mais j’ai aimé tous les romans de Gaudé alors un roman policier dystopique classé en Littérature Blanche et écrit par Gaudé ne pouvait que m’intriguer.
Je voulais le lire ce roman même si je n’ai aucun souvenir de cet évènement qui a eu lieu en juillet 2018. Les sœurs Khatchaturian, Krestina, Anguelina et Maria, 17, 18 et 19 ans, ont assassiné leur père. L’une l’a aspergé de bombe lacrymo, la deuxième l’a frappé avec un couteau de cuisine et la dernière lui a asséné des coups de marteau sur le crâne. Puis elles se sont laissé glisser contre le mur de leur appartement moscovite et ont attendu la police, baignées dans une mare du sang de leur bourreau. Mikhaïl Khatchaturian était une ordure, à la maison, il punissait, insultait, humiliait, battait, torturait, violait, sa femme et ses enfants. Mais à l’extérieur, il était parfait dans son rôle de prédicateur, aidant son prochain, distribuant argent et accolades. Depuis qu’il avait jeté sa femme et son fils dehors, c’était pire encore pour les 3 sœurs. Quand Mikhaïl Khatchaturian a été hospitalisé pour dépression, elles ont enfin respiré, toute étonnées de voir leurs amis installés dans le fauteuil du père à boire des bières, à discuter et à rire. Alors quand il est revenu à l’appartement, en un regard, elles ont su qu’elles ne supporteraient plus.
Adepte des concours de poésie, l’autrice Leila Mottley a 17 ans quand elle écrit ce premier roman. Elle explique que c’est suite à un fait divers en 2015, l’histoire sordide de l’exploitation sexuelle de mineures par des policiers d’Oakland. Le scandale éclate en 2016, toute la presse s’empare de l’affaire qui fait grand bruit mais pas un article sur les jeunes filles victimes. Indignée, Leila Mottley donne vie à Kiara. Une jeune afro-américaine de 17 ans qui vit seule avec son frère aîné Marcus dans un appart pourri depuis que leur père est mort et que leur mère est en hôpital psychiatrique. Persuadé, à tort, d’avoir du talent, Marcus se consacre uniquement à la musique laissant à Kiara la charge de glaner quelques dollars pour les nourrir et payer le loyer. C’est sans s’en rendre vraiment compte qu’elle va sombrer dans le monde de la nuit, dans la prostitution et la violence. La journée, elle s’occupe de Trévor, le fils de sa voisine junkie, comme une petite maman, et attend de sa meilleure amie Ale qu’elle la materne un peu.
Le roman s’ouvre sur une nuit de juillet 1830 à Paris, vers 23h, la novice Catherine Labouré de la congrégation des Filles de la charité de Saint Vincent de Paul, conduite par un enfant auréolé de lumière, voit la Vierge. De nos jours, à Paris, soeur Rose annonce à soeur Anne qu’elle a eu une vision : soeur Anne va rencontrer la Vierge en Bretagne ! Alors lorsqu’une place se présente à Roscoff, soeur Anne pleine d’espoir propose sa candidature et prépare sa valise. Et un jour en face de Roscoff, sur l’île de Batz, la rumeur gronde : Isaac, un enfant du pays pourtant non croyant dit avoir eu une vision ; une femme blonde et douce lui est apparu et lui a parlé. Dans ce pays où religions et superstitions se côtoient, certains se pâment, d’autres se méfient. Lorsque Isaac annonce un miracle, la foule curieuse, avide et jalouse, se presse sur le promontoire.
Harry Perdrien a publié un premier roman, L’aube noire, salué par la critique, plébiscité par les lecteurs. Alors tout le monde attendait le deuxième, mais cinq ans après l’auteur, pris dans le tourbillon du succès, n’avait toujours pas réussi à trouver les bons mots pour écrire une nouvelle histoire. Il décide alors de quitter le monde et ses sollicitations, pour se réfugier dans cette vieille ferme perdue, achetée sur un coup de tête et sur photos, sise au lieu dit Le Bélier. Il voulait prendre de la distance, se retrouver, il voulait goûter la solitude et se confronter à la nature.
Le Taormine du dernier roman d’Yves Ravey réserve bien d’autres surprises, et toutes mauvaises. Le couple de Luisa et Melvil bat de l’aile ; elle est infidèle, et lui chômeur qui voudrait juste profiter de la richesse de beau-papa. Alors ces quelques jours en Sicile sont importants pour sceller leur réconciliation. Mais dès leur débarquement sur l’île tout va de travers ; de désaccord en haussements d’épaules, ils se retrouvent, au volant d’une voiture de location, sur un chemin qui les conduit tout droit vers les ennuis. Avant même d’avoir commencé, le séjour de rêve vire au cauchemar quand s’affiche à la une des journaux le corps sans vie d’un enfant percuté par un chauffard et retrouvé sur le bord de la route ; celle empruntée par Luisa et Melvil ? Pourquoi être sortie de l’autoroute lui reproche Luisa ! Parce que tu voulais voir la plage répond Melvil. Pourquoi ne pas s’être arrêté lorsque la voiture a percuté cette forme ? C’était juste un animal ou un bidon ! Pourquoi faire réparer l’aile droite de la voiture sans informer l’assurance ? Parce que nous n’avons pas payé l’assurance ! Que de questions que le lecteur se pose aussi devant l’infortune / l’égoïsme /la bêtise de ce couple qui ne fait que de mauvais choix et se fourre, tout seul avec un peu d’aide de garagiste mafieux, dans un sérieux guêpier.