Jared est un jeune homme salement en colère ! Et pas seulement depuis qu’il est dans un fauteuil roulant paraplégique à la suite d’un violent accident de voiture qui a causé la mort de Melissa, son premier amour qu’il venait de retrouver. A sa sortie de l’hôpital, sans argent, sans travail, sans appartement, il a dû appeler son père Jack qu’il n’avait pas vu depuis 10 ans. Depuis que leur femme et mère est décédée et que son père n’a pas réussi à surmonter sa douleur et qu’il a bu, tout le temps, trop, il a baissé les bras, abandonnant son fils à son adolescence. Alors Jared s’est enfui et s’est créé une vie avec des potes pas toujours très fréquentables ; drogues, squat, vols… Et puis l’accident ! Il a vingt-six ans et il enrage de se retrouver bloqué, dépendant de ce père qu’il déteste. De son côté Jack a fait du chemin, les réunions des Alcooliques Anonymes l’ont aidé à sortir de son drame. Il s’est découvert une passion pour les orchidées qu’il chouchoute dans sa serre. Et bien qu’il soit prêt au pardon, les retrouvailles vont être houleuses.
Quel roman ! Qui nous agrippe et ne veut plus nous lâcher. Même quand la lassitude point, que l’espoir faiblit étouffé par la rage de Jared, un truc nous retient et nous ramène à l’histoire. Jack m’a touchée, Jared et Sarah aussi. Même Patrick, le frère rejeté a trouvé une petite place dans mon cœur. Un roman qui percute et bouleverse, les nombreux dialogues rendent le texte très vivant ; l’impression d’être là, au milieu, bras ballants, à parer les coups, l’envie que tout s’apaise enfin, que Jared aille mieux. Je n’ai pas trouvé de lâche, seulement des personnes blessées, qui essaient mais n’y arrivent pas toujours.
J’aimerais beaucoup qu’un réalisateur talentueux en fasse un excellent film ♥
Le lâche / Jarred McGinnis – Editions Métailié – aout 2022 – 338p
titre original The Coward traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

Où l’on est bercé par la délicatesse de la plume de Gaëlle Josse. Pourtant la narratrice en a connu des peines, Isabelle a grandi au pied des Alpes, dans l’ombre de son père, privée de son attention et de son affection. Puis elle a perdu sa mère et plus récemment son amoureux. Lorsque son frère, resté au pays, l’appelle à l’aide, Isabelle encore pleine de la douleur du décès de Vincent, pensait prendre le train, rester quelques jours avec son frère, dans cette maison qu’elle a fui et qui lui rappelle sa triste enfance, et rentrer chez elle, retourner à son chagrin. Mais son père mourant va enfin lui ouvrir son cœur et raconter à ses enfants son douloureux passé fait des évènements qui l’ont marqué à jamais pendant la guerre d’Algérie.
Elsa Feuillet, jeune écrivaine voue une admiration toute littéraire à Béatrice Blandy, récemment décédée d’un cancer fulgurant. Très affectée, Elsa glisse quelques mots dans son nouveau roman et le mari de Béatrice Blandy la contacte pour la remercier et lui propose de la rencontrer. Au fil de leurs rencontres, une idylle se noue entre eux et Elsa se retrouve à déambuler, régulièrement, presque nue dans l’appartement de son autrice adorée. Un jour, elle surprend une conversation entre Thomas et l’éditrice de feue son épouse. Cette indiscrétion va la conduire sur un chemin dangereux…
Ce n’est pas bien de mentir ! Voilà une phrase que les parents de Lisa ont bien dû lui dire quand elle était enfant. Pourtant c’est bien ce que l’adolescente a fait en accusant Marco Lange, un plâtrier de 32 ans de l’avoir violée. L’homme condamné à 10 ans de prison a toujours crié son innocence. Il fait donc appel et cinq ans après, on retrouve Lisa, vingt ans, dans le cabinet d’Alice Kéridreux, l’avocate qui reprend l’affaire sur la demande de la jeune fille qui désire être défendue par une femme et lui avoue. Comment l’avocate va-t-elle réussir à convaincre que, malgré l’horreur de ce mensonge, Lisa reste une victime, même si ce n’est pas de cet homme ? Ce mensonge est-il pardonnable au regard de ce que l’adolescente a vécu ? Et quels rôles ont joué tous les acteurs de cette affaire : policiers, parents de la jeune fille, ses professeurs et tous les témoins, qui ont corroboré les déclarations de Lisa à l’époque, sont-ils à mettre en cause ?
J’attends toujours les romans d’Olivier Adam, c’est un auteur dont j’aime l’écriture et les histoires. Des histoires ordinaires familiales et familières dans lesquelles chacun de nous peut se reconnaitre.
Fayde a quinze ans et elle vit avec sa mère, ses petits frères et sa sœur dans un village du Sahel dans la terreur d’une nouvelle attaque de Boko Haram. Les récoltes sont maigres, l’argent manque, les enfants ont faim, Fayde décide de partir en ville comme les autres adolescentes du village. Là, elle sera domestique dans une concession, une sorte de grand terrain sur lequel sont érigées plusieurs maisons reliées entre elles ou pas, qui abrite de grandes familles élargies, plusieurs épouses, tous les enfants, des cousins… Commence alors pour Fayde une vie difficile de travail et d’humiliations. Exploitée, maltraitée, elle essaie de garder la tête haute.
Guylaine se trouve moche. Ou plutôt ce sont les autres qui la trouve laide ! Alors depuis son enfance, elle a traversé plusieurs périodes : se cacher, frôler les murs, ruser, masquer, se maquiller, baisser les bras, en rire, en pleurer, s’afficher avec une bande de déglingués… Et puis finalement la beauté passe, tous les visages s’affaissent, les rides strient les fronts, les nez s’épaississent quand les lèvres s’affinent, les cheveux se parsèment et à un certain âge, il ne suffit plus d’être belle. C’est la leçon que va recevoir Guylaine dans notre monde où la beauté a toujours été érigée comme condition au bonheur et à la réussite. Il semblerait que ça change et je me réjouis de voir toutes sortes de visages et de corps envahir les écrans publicitaires mas il reste du chemin.
Un roman que j’ai dû lire pour le boulot et j’en suis ravie car j’aurais pu ne jamais le rencontrer. C’est une très chouette découverte qui aborde un sujet édifiant mais passionnant : les enlèvements de japonais orchestrés par la Corée du Nord à la fin des années 70. Ces personnes, des hommes et des femmes, de tous âges et de tous milieux, disparues sans laisser aucune trace, appelées kamikakushi 神隠しou caché par les dieux sont le point de départ du roman de Eric Faye. Après une présentation rapide de certains des kidnappés (dont un GI américain posté dans la zone démilitarisée entre les deux Corée), le roman fait un bon dans le temps et nous amène en novembre 1987, alors que le vol commercial 858 de la Korean Air reliant Bagdad à Gimpo en Corée du Sud vient d’exploser en pleine mer. La bombe a été posée en cabine par deux terroristes. La jeune fille est arrêtée lors de l’escale à Abu Dhabi, et bien qu’elle s’exprime dans un japonais parfait, c’est une espionne Nord-Coréenne. L’écrivain remonte alors la piste de certains des kamikakushi. C’est très intéressant et digne d’un film d’espionnage ! Sauf que c’est inspiré de faits réels et que des gens ont vraiment été arrachés à leur vie, à leur famille pour être « implantés » dans un environnement complètement inconnu et si différent du leur. Un excellent roman ! ♥
Jérémy Demay, humoriste franco-québécois, dresse la liste de 44 « conseils » pour se sentir mieux, vivre ses rêves et trouver le chemin de l’épanouissement. Pour écrire ce livre, il s’est inspiré de sa propre vie puisque en 2019, nous explique-t-il, il n’avait plus envie de se lever le matin. Et puis une phrase l’a aidé à relever la tête : « Si tu veux que les choses changent, il faut que tu changes quelque chose ». Alors, il a décidé de se bouger et fort de son expérience, il nous livre ses « secrets ».
Rita est une petite londonienne qui passe tous ses étés en Crète, chez Giagia, sa grand-mère adorée. Cet été là, Rita trouve au milieu des photos de famille, des clichés de gens qu’elle ne reconnaît pas. Maria décide alors de l’emmener à Plaka, son village natal, pour lui raconter son histoire. Entre 1904 et 1957, l’île de Spinalonga a accueilli les lépreux crétois. En 1901, les autorités avaient décidé de l’arrestation et de l’expulsion de tous les malades vers l’île afin de protéger les gens sains. Les malheureux malades durent tout quitter et s’isoler jusqu’à la fin de leur jour. C’est ce qui arriva à Eleni, la mère de Maria qui contracta la terrible maladie, et dû laisser ses deux filles aux bons soins de son mari. Ce fut une période terrible que tous supportèrent grâce aux rares échanges permis, lettres et dessins. Puis Eleni mourut. Et Maria, à son tour, contracta la lèpre et rejoignit son meilleur ami Dimitris sur l’île. Heureusement, de nouveaux traitements virent le jour et Maria réussit à vaincre la maladie.