Gaspar est un artiste français, très demandé. Tellement qu’il décide de partir en Italie, officiellement pour travailler sur sa prochaine conférence commandée par le musée d’art de Lausanne, mais surtout pour fuir les sollicitations pressantes d’Amandine, sa très/trop enthousiaste attachée de presse aux multiples projets. Arrivé à Rome, il pose son échiquier sur la terrasse d’un café du Campo de’ Fiori, une place romaine très prisée, qui a gardé le charme de l’Ancienne Rome avec son marché pittoresque et en son centre, la statue de Giordano Bruno, un moine philosophe aux idées très libérales qui lui valurent d’être condamné pour hérésie et brûlé sur le bucher par l’église en 1600. Des joueurs de passage s’attablent et disputent des parties avec Gaspard. Un jour, c’est une jeune femme hongroise qui prend place face à un Gaspard sous le charme, et qui s’avère être une excellente joueuse. De parties d’échecs en balades et en confidences, Gaspard et Marya vivent une belle histoire sur fond de Dolce Vita. Mais le passé de Marya renferme quelques douleurs que Gaspard consent à partager.
Un court roman avec une jolie ambiance, beaucoup de délicatesse, un soupçon de sensualité et un brin de mélancolie. Mais pas seulement puisqu’il y a aussi des infos intéressantes sur les échecs ainsi que la sombre implication du Vatican dans la fuite des dirigeants nazis qui auraient rejoint l’Argentine habillés en soutane.
Je suis ravie d’avoir rencontré cet auteur que je ne connaissais pas !
Partie italienne / Antoine Choplin – Editions Buchet-Chastel – aout 2022 – 176p

Anthony Passeron est né en 1983, l’année où une équipe de chercheurs de l’institut Pasteur dirigée par Luc Montagnier parvient à isoler le LAV, le virus responsable du sida. Dans ce premier roman, l’auteur remonte le temps sur les traces du virus, dans les plus grands labo français et américains, auprès de chercheurs de renom, dans un parcours scientifique et médical dont on se demande parfois quels étaient les enjeux. Parallèlement, Anthony Passeron retrace la courte vie de son oncle Désiré, jeune héroïnomane, qui décède du sida au début de l’épidémie lorsqu’on disait cette maladie honteuse, parce qu’elle faisait des ravages chez les gays et les junkies.
Zoé, huit ans, en vacances chez sa copine Chloé est fauchée par un chauffard et décède sur le coup. Izia et Etienne, ses parents restés à Paris, sont dévastés. J’ai cherché longtemps le mot pour dire leur état ; j’aurais pu écrire ravagés, détruits, à terre, saccagés… Aucun ne convenait vraiment pour décrire l’abomination de la perte de son enfant, tant ce drame est terrifiant, incompréhensible, abominable, ingérable, ignoble, injuste… et là j’en trouve plein des mots, qu’il faut mettre tous ensemble parce que seuls, ils ne sont pas encore assez forts.
Arthur fait ses premiers pas sur le dance floor de La Plage à l’occasion de l’anniversaire de Vincent. A 10 ans, il est sommé par l’oncle de Vincent d’inviter une fille et de la faire danser. Terrifié, Arthur est bloqué sur la piste, incapable de faire un mouvement. Devenu ado, il y retourne avec « la bande à Vincent », toujours incapable d’aborder une fille, incapable de « choper », l’activité pourtant cruciale des copains. Mais avec son corps maigrichon, ses bras ballants, sa timidité, Arthur n’a pas vraiment confiance en lui, ni en les autres d’ailleurs. Mais ses pas, toujours, le ramènent sur le parking de La Plage. De la salle de sport au club de danse, au fil des années, Arthur s’améliore et devient le Michael Jackson de La Plage, sous le regard bienveillant de la barmaid. Mais il ne parvient toujours pas à se débarrasser de ses complexes et peine à trouver sa place dans la vie. La Plage, où il passe toutes ses soirées, est son refuge mais pourrait-elle devenir sa prison ?
C’est au moment de signer le compromis de vente de sa maison sous la pression des promoteurs immobiliers que Brigitte Giraud revient sur les conditions tragiques de l’achat de cette même maison vingt ans avant. Nous sommes en 1999, l’année de la grande éclipse, Brigitte et Claude ont envie de sauter le pas, faire le grand saut, acheter une maison avec un jardin, un gentil cocon pour y nicher avec Théo, leur petit garçon. Claude la quarantaine est passionné de musique et de moto et Brigitte écrit. Ils rêvent de remplir cette maison de chansons et de copains, de rire et de bonheur. Mais le 22 juin, à quelques jours de l’emménagement, Claude se tue dans un accident de moto. C’est donc seule avec Théo, hébétée, endeuillée, rompue de chagrin et d’incompréhension que l’auteure s’installe. (En 2001, elle écrit A présent (Stock)
Je ne suis amatrice ni de polars ni de SF mais j’ai aimé tous les romans de Gaudé alors un roman policier dystopique classé en Littérature Blanche et écrit par Gaudé ne pouvait que m’intriguer.
Je voulais le lire ce roman même si je n’ai aucun souvenir de cet évènement qui a eu lieu en juillet 2018. Les sœurs Khatchaturian, Krestina, Anguelina et Maria, 17, 18 et 19 ans, ont assassiné leur père. L’une l’a aspergé de bombe lacrymo, la deuxième l’a frappé avec un couteau de cuisine et la dernière lui a asséné des coups de marteau sur le crâne. Puis elles se sont laissé glisser contre le mur de leur appartement moscovite et ont attendu la police, baignées dans une mare du sang de leur bourreau. Mikhaïl Khatchaturian était une ordure, à la maison, il punissait, insultait, humiliait, battait, torturait, violait, sa femme et ses enfants. Mais à l’extérieur, il était parfait dans son rôle de prédicateur, aidant son prochain, distribuant argent et accolades. Depuis qu’il avait jeté sa femme et son fils dehors, c’était pire encore pour les 3 sœurs. Quand Mikhaïl Khatchaturian a été hospitalisé pour dépression, elles ont enfin respiré, toute étonnées de voir leurs amis installés dans le fauteuil du père à boire des bières, à discuter et à rire. Alors quand il est revenu à l’appartement, en un regard, elles ont su qu’elles ne supporteraient plus.
Adepte des concours de poésie, l’autrice Leila Mottley a 17 ans quand elle écrit ce premier roman. Elle explique que c’est suite à un fait divers en 2015, l’histoire sordide de l’exploitation sexuelle de mineures par des policiers d’Oakland. Le scandale éclate en 2016, toute la presse s’empare de l’affaire qui fait grand bruit mais pas un article sur les jeunes filles victimes. Indignée, Leila Mottley donne vie à Kiara. Une jeune afro-américaine de 17 ans qui vit seule avec son frère aîné Marcus dans un appart pourri depuis que leur père est mort et que leur mère est en hôpital psychiatrique. Persuadé, à tort, d’avoir du talent, Marcus se consacre uniquement à la musique laissant à Kiara la charge de glaner quelques dollars pour les nourrir et payer le loyer. C’est sans s’en rendre vraiment compte qu’elle va sombrer dans le monde de la nuit, dans la prostitution et la violence. La journée, elle s’occupe de Trévor, le fils de sa voisine junkie, comme une petite maman, et attend de sa meilleure amie Ale qu’elle la materne un peu.
Le roman s’ouvre sur une nuit de juillet 1830 à Paris, vers 23h, la novice Catherine Labouré de la congrégation des Filles de la charité de Saint Vincent de Paul, conduite par un enfant auréolé de lumière, voit la Vierge. De nos jours, à Paris, soeur Rose annonce à soeur Anne qu’elle a eu une vision : soeur Anne va rencontrer la Vierge en Bretagne ! Alors lorsqu’une place se présente à Roscoff, soeur Anne pleine d’espoir propose sa candidature et prépare sa valise. Et un jour en face de Roscoff, sur l’île de Batz, la rumeur gronde : Isaac, un enfant du pays pourtant non croyant dit avoir eu une vision ; une femme blonde et douce lui est apparu et lui a parlé. Dans ce pays où religions et superstitions se côtoient, certains se pâment, d’autres se méfient. Lorsque Isaac annonce un miracle, la foule curieuse, avide et jalouse, se presse sur le promontoire.
Harry Perdrien a publié un premier roman, L’aube noire, salué par la critique, plébiscité par les lecteurs. Alors tout le monde attendait le deuxième, mais cinq ans après l’auteur, pris dans le tourbillon du succès, n’avait toujours pas réussi à trouver les bons mots pour écrire une nouvelle histoire. Il décide alors de quitter le monde et ses sollicitations, pour se réfugier dans cette vieille ferme perdue, achetée sur un coup de tête et sur photos, sise au lieu dit Le Bélier. Il voulait prendre de la distance, se retrouver, il voulait goûter la solitude et se confronter à la nature.