Ah Ah Antoine Laurain, comme on se retrouve ! Après avoir découvert, lu et aimé Le chapeau de Mitterrand, je me suis jetée sur ce dernier roman.
Et mon intérêt pour cet auteur se confirme, décidément, j’aime beaucoup !
Ici, le personnage principal n’est pas un chapeau mais un carnet Moleskine rouge, ou plutôt un sac à main en cuir mauve que Laure, un soir, se fait arracher en pleine rue dans Paris. Elle se réveille à l’hôpital, son agresseur en la bousculant l’a blessée gravement à la tête.
Le sac est abandonné sur une poubelle avec son contenu, tout y est excepté papiers, portable et carte bancaire. Laurent Letellier, un libraire sympathique, tombe dessus, hésite, le laisser ou le prendre ? Il décide finalement de le rapporter à la police où on lui suggère de le déposer rue des Morillons, aux objets trouvés. Le soir, chez lui, il l’ouvre et en étudie le contenu : trois petits cailloux, une pince à cheveux, des tickets de métro, un rouge à lèvres, un miroir ancien, des photos, un Pariscope, une paire de dés rouge… un ticket de pressing, un poche de Modiano dédicacé et un carnet Moleskine rouge recouvert de l’écriture de Laure. Un sac à main renferme beaucoup d’indices, c’est un journal intime, un petit concentré de vie, on peut en apprendre beaucoup sur sa propriétaire.
Antoine décide de retrouver celle à qui appartient ce sac, c’est le début d’une quête qui va bouleverser sa vie, et celle de Laure.
Ce livre ne pourrait être QU’une comédie romantique mais c’est surtout un roman très bien écrit, un scénario qui fonctionne, drôle, fluide, bien construit, un roman dont on se régale. Ce qui me plait particulièrement comme dans « Le chapeau… » c’est le soin accordé à chaque personnage de l’histoire, même ceux que l’on se contente de croiser. Chacun a sa propre vie, qu’on imagine, chaque personnage est important, peut-être pas dans cette histoire-là mais dans une autre qui n’est pas racontée ici mais qui existe, comme dans la vraie vie, où on est tous le héros de notre propre histoire.


Deichel, la quarantaine, chômeur convaincu, expulsé de son appartement, choisit de vivre dans la voiture d’un copain. Il s’installe dans une rue du XXième à Paris, va tous les matins à la piscine et passe ses après-midis à flâner dans Paris. Il croise des copains, boit des coups, cogite et fait des rencontres. Des graffitis, des dessins sur les murs l’interpellent, et l’amènent à faire la connaissance des Renards pâles, une sorte de communauté de marginaux masqués, sdf, sans papiers, la plupart originaires d’Afrique et dont l’emblème est un dieu anarchiste des Dogon, un peuple du Mali. Suite à une action des Renards Pâles pour empêcher une famille d’être expulsée, deux « compagnons » pourchassés par la police et des chiens se noient dans la Seine. La communauté organise une marche funéraire qui enfle, enfle et enflamme Paris.





Guylain Vignolle est « ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre », il partage sa vie avec Rouget de Lisle, le poisson rouge cinquième du nom, Yvon le gardien de l’usine qui parle en Alexandrins, et le vieux Giuseppe un ancien collègue qui s’est mis en tête de retrouver ses jambes qu’il a perdu dans un accident au travail. Ouvrier dans une usine qui passe les livres au pilon, Guylain fait la lecture dans le métro des feuillets qu’il sauve des griffes de la Zerstor 500, la machine broyeuse. Tous les jours, à la même place, à la même heure, il retrouve ses auditeurs habituels très attentifs. Un jour, il découvre une clef usb coincée derrière le strapontin du métro. Rentré chez lui, il décide d’en lire le contenu pour trouver une indication qui lui permette de retrouver son propriétaire. Il découvre avec enthousiasme 72 fichiers qu’il ouvre dans l’ordre. Ce sont de petits textes dans lesquels une certaine Julie, la trentaine, dame-pipi de profession raconte sa vie. Guylain partage ses textes dans le métro et au fil de ses lectures, s’attache à Julie, jusqu’à tomber amoureux d’elle. La rencontrer devient sa quête…
Le dernier gardien d’Ellis Island / Gaëlle Josse, Ed. Noir sur Blanc, 176 p.
