Lola lit Sans elle

14 juillet 2004 Jessica 6 ans disparaît. Ce soir-là, elle était allée avec sa mère voir le feu d’artifice sans Coline, sa jumelle punie et restée à la maison avec leur père. Accident, enlèvement ? Personne ne sait. Sa famille ne se remettra, évidemment, jamais de cette disparition. L’auteure nous épargne les affres de la petit disparue pour se concentrer sur les mécanismes qui vont conduire à la destruction de la famille, à l’impossibilité pour ces parents de se soutenir, de faire front pour supporter ce drame, d’entourer leur autre petite fille, chacun s’enferme dans sa douleur et sombre, et c’est difficile à supporter. Jessica était la préférée de sa mère, la plus jolie, la plus charmante, la plus gracieuse, alors Coline culpabilise : elle aurait dû disparaître à la place de sa sœur, sa mère l’aurait pleurée, et se serait consolée avec Jessica.

C’est le genre de sujet que, d’habitude, je fuis, il m’est insupportable d’imaginer les horreurs que ces enfants disparus subissent. Pourtant, j’ai bien aimé ce roman, que j’ai trouvé très bien construit. Le fait que l’auteure ne fasse aucune allusion à l’enlèvement possible de la petite disparue m’a permis de ne pas sombrer dans le pathos. De plus, le personnage de la mère ne m’a pas touchée, je ne me suis donc absolument pas identifiée à elle.

Un bon roman que j’ai hâte de compléter avec Avec elle de Solène Bakowski, puisqu’il s’agit de la même famille dont l’histoire bascule sur un autre versant lors de cette soirée du 14 juillet.


Sans elle / Amélie Antoine – Autoédition – novembre 2017 – 385p

Lola lit Filles de la mer ♥♥

En Corée du Sud, sur l’île de Jeju, les femmes plongeuses en mer de la communauté Haenyeo ont toujours joui d’un statut un peu particulier. Ces femmes indépendantes, fortes et pleines de courage, ce sont elles qui rapportent nourriture et argent à la maison, grâce aux produits de leur pêche. Une tradition ancestrale qui se transmet de mères en filles, et dont chacune en éprouve une grande fierté. Pourtant, elles seront terriblement impuissantes, pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon est en guerre contre la Chine et que leurs filles sont enlevées, jetées dans des bordels militaires de campagne pour servir d’esclaves sexuelles aux soldats japonais. Arrachées à leur famille, emmenées loin de chez elles, elles vivaient dans des conditions abominables et traitées de façon inhumaine ; battues, torturées, violées 12 heures par jour, peu nourries, mutilées, à la merci de leurs bourreaux.

Lire ce roman, c’est souffrir avec Hana, une jeune haenyeo de 16 ans qui, pour sauver sa petite sœur, part avec les soldats. C’est souffrir avec Emi, qui vivra dans l’ombre de ce sacrifice. C’est souffrir avec toutes les femmes qui subissent la domination des hommes, leur barbarie. Un roman que j’ai lu en apnée, le cœur serré et la rage au ventre. Je remercie l’auteure pour la fin, que j’ai reçu comme cadeau ♥♥♥


Filles de la mer / Mary Lynn Bracht – Editions Robert Laffont – février 2018 – 432p

Lola lit Le vent nous portera

C’est la belle histoire d’Alice, Margery, Beth, Sophia et Izzy, des femmes que tout éloigne mais qui vont, ensemble et contre tous, participer à la naissance d’une bibliothèque itinérante dans le sud du Kentucky vers la fin des années 30. Elles vont braver bien des tempêtes et surmonter de multiples difficultés. Elles vont apprendre ce qu’est l’amitié et l’amour aussi pour certaines.

Alice est une jeune anglaise qui quitte son île le coeur léger et rempli d’amour pour Bennet, un jeune américain qu’elle épouse et suit aux Etats-Unis. Malheureusement, Alice déchante, son mari n’est plus le jeune homme charmant qui brûlait d’amour et elle doit partager la maison de son beau-père, autoritaire, désagréable et intrusif. La bonne humeur d’Alice s’étiole, son rêve de bonheur s’évapore, mais elle supporte, surtout ne rien dire, sauver les apparences dans cette petite ville puritaine où elle est l’étrangère à l’accent ridicule, où chaque geste est épié, surveillé, où tout se sait, . C’est à l’église qu’Alice entend parler du projet d’une bibliothèque itinérante, et c’est là qu’elle s’entend dire, devant l’assemblée et sous le regard ébahi de son mari et celui courroucé de son beau-père, qu’elle est volontaire ! Elle s’engage dans ce projet aux côtés de Margery, fille d’un contrebandier bagarreur notoire et décédé. Les aventures commencent alors pour Alice !

J’aime bien les romans de Jojo Moyes, ce sont mes livres sparadrap, ils me font du bien, ils me reposent. Ce sont mes feel-good ! Il y a eu Avant toi, Après toi, La dernière lettre de son amant, Les yeux de Sophie, je vais donc ajouter celui-là.


Le vent nous portera / Jojo Moyes – Editions Milady – octobre 2019 – 608p

Lola lit La chaleur ♥

Ça aurait pu s’appeler 48h dans la vie d’un ado. Une histoire d’adolescents, qui passent leurs dernières vacances avec les parents, qui s’ennuient, qui râlent et soufflent, rêvent de liberté, ils sont timides, hésitants, confiants ou fonceurs. Ce sont des enfants dans des corps d’adultes qui ne leur obéissent plus, dont ils ne savent que faire, les cacher ou les exposer. Ces corps d’adolescents qui se cherchent, s’aspirent, se respirent, s’attirent et se repoussent, se blessent, s’écorchent.
Léo a 17 ans et passe ses vacances en famille dans un camping des Landes. Léo est un adolescent plutôt réservé, pas forcément très bien dans sa peau, un peu en marge, d’ailleurs il reste à l’écart, ne se mélange pas, regarde le groupe des ados campeurs de loin. Il voudrait que les vacances se terminent, et rentrer chez lui.
Pourtant, les vacances vont prendre un tour différent lorsqu’il est témoin de la mort d’Oscar, le beau gosse du camping. Celui-ci, ivre, s’est lui-même emprisonné dans les cordes de la balançoire et Léo, sans bouger, l’a regardé passer de vie à trépas, puis a continué son chemin. Mais il est revenu sur ses pas, a tiré le corps sur la plage et l’a enterré dans le sable. Pourquoi ? Ah les mystères de l’adolescence ! Les vacances continuent, mais maintenant Léo est occupé ; il y pense sans arrêt, ça lui prend tout son temps, ça remplit sa vie, le dérange, comme un petit caillou dans une chaussure et surtout ça l’empêche de profiter de Luce, son nouvel amour, qu’il a rencontrée grâce à la disparition d’Oscar. Contre toute attente, Léo ne ressent pas de culpabilité.
C’est un roman sur l’adolescence, avec une belle ambiance estivale, chaude, moite, de violence contenue, sans bruit, sans cris pendant laquelle tout peut déraper.
Premier roman d’un tout jeune auteur à suivre !

Un joli coup de cœur ♥


La chaleur / Victor Jestin – Editions Flammarion – 28 août 2019 – 144p

Prix Femina des Lycéens 2019

Lola lit Les corps abstinents

L’abstinence sexuelle, voilà un sujet qui interpelle. Nous y avons tous, forcément, été soumis à des périodes plus ou moins longues de notre vie, puisque le célibat qu’il soit choisi ou contraint engendre une forme d’abstinence sexuelle. J’avais envie d’entendre la voix de ceux qui l’ont décidée plutôt que celle de ceux qui la subissent. Je voulais savoir si, comme la société nous le tambourine, une sexualité épanouie était un gage de bonheur. Peut-on être heureux sans sexe ? Je voulais savoir pourquoi on choisit de ne pas avoir de relations sexuelles, dans quel but, ce que cela apporte, physiquement, moralement, psychologiquement. Je voulais savoir comment on y revient, comment on s’y remet, gloutonnement, avec fougue, ou en retenue, timidement. J’avais, vous en conviendrez, beaucoup de questions.

Peut-être que j’aurais dû lire un Que sais-je. Car le livre d’Emmanuelle Richard n’a pas vraiment répondu à mes attentes. C’est un ensemble de témoignages d’anonymes que l’auteur a rangés par thèmes tels que Hors d’état, Carence à deux, Plaisirs solitaires… Chacun des 40 personnes s’est confiée, il/elle a raconté cette période d’abstinence sexuelle, et l’auteure conclut chaque thème par sa propre expérience et nous livre sa petite analyse. Mon impression générale est que, même lorsqu’elle est présentée comme choisie, l’abstinence sexuelle est subie, les abstinents seraient plus heureux avec une sexualité épanouie. Aucun n’a réussi à me convaincre à épouser cette cause. Mais la lecture de ces intimités, de ces secrets partagés est bouleversante, car certains textes sont d’une tristesse et d’une solitude absolues.

L’objet livre est particulièrement soigné et très agréable à manipuler ♥

Merci à Babelio et aux Editions Flammarion


Les corps abstinents / Emmanuelle Richard – Editions Flammarion – 2020 – 286 p

Lola lit Le pays des autres ♥

Leila Slimani nous avait prévenu, celui-là est le premier tome d’une trilogie. Je savais qu’il ne fallait pas que je le lise. Je savais qu’à peine terminée, je serais dégoûtée de devoir patienter pour lire la suite ! J’avais d’ailleurs décidé d’attendre la publication du troisième pour commencer à lire le premier. Aucune volonté 🙄

Mathilde, à peine 20 ans, a rencontré Amine en Alsace, en 44, dans son village où le jeune marocain combattait sous le drapeau français. Au premier regard, Mathilde est tombée amoureuse de ses cheveux noirs, de son regard ténébreux, de sa peau brune. En 46, toute jeune mariée, Mathilde rejoint son mari au Maroc, s’installe dans la ferme dont il a hérité et met au monde Aïcha et Sélim.

Mathilde a du mal à s’acclimater à sa nouvelle condition d’épouse, pas vraiment marocaine et plus tout à fait française. Le changement de comportement d’Amine la désespère, la condition des femmes la révolte, le manque de liberté la décourage. Ce premier tome raconte ses premières années dans ce pays, qui n’est pas le sien et qu’elle peine à aimer. On quitte Mathilde, Amine et les enfants réfugiés sur le toit de la ferme, en été, alors que la colère gronde, que le peuple hurle, que les marocains réclament l’indépendance. De quel côté sommes-nous ? demande Aïcha à son père. Du côté des gentils ou des méchants ? Nous sommes comme ton arbre, lui répond-il, moitié citron, moitié orange.

Alors évidemment maintenant je regrette de mettre précipitée sur ce premier tome parce que maintenant je VEUX lire la suite ! Je ne pourrais jamais attendre plusieurs mois, il me tarde de retrouver les personnages de ce pays des autres. Une belle réussite ♥♥♥


Le pays des autres / Leïla Slimani – Editions Gallimard – mars 2020 – 368p

Lola lit 10 mn et 38 secondes dans ce monde étrange ♥♥

Si notre esprit survivait à notre mort ? S’il survivait juste 10 minutes et 38 secondes ? Serait-ce assez pour refaire le chemin de notre vie ? C’est là que nous conduit l’auteur, sur le chemin de la vie de Tequila Leila, prostituée découverte assassinée dans une poubelle d’Istanbul. On remonte le temps avec Leyla, la fillette éprise de liberté, courant dans la campagne les cheveux aux vents, fuyant les gestes abominables de son oncle, la sévérité de son père, la folie de sa tante. Puis son arrivée dans Istanbul, la Magnifique, ville pleine de promesses, dont Leyla, devenue Tequila Leila, ne connaîtra que les bas fonds. L’auteur égrène les minutes, les souvenirs. Les rencontres, les amis comme les 5 doigts de la main devenus sa véritable famille, l’amour aussi, sur fond d’événements historiques. Les dernières minutes de Leyla dans ce monde étrange, celui bizarre entre la vie et la mort mais aussi celui anormal où les femmes subissent toujours la domination masculine.

Un roman en 3 parties inégales, la première L’Esprit la plus longue, déroule la vie de Leila, une vie d’aventures. La deuxième Le Corps prend le relais et s’intéresse au traitement du l’enveloppe charnelle de Leila par les autorités et ses amis. La troisième, de quelques pages, décrit son dernier voyage, celui de L’Âme de Leyla enfin libérée.

Un excellent roman, très intéressant par sa construction, à l’écriture très agréable ♥


10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange / Elif Shafak – Editions Flammarion – janvier 2020 – 400p

10 Minutes 38 Seconds in this strange world – traduction (anglais) Dominique Goy-Blanquet

Lola lit Le champ ♥

Le champ, c’est le cimetière de Paulstadt, une petite ville inventée par l’auteur autrichien Robert Seethaler qui fait, ici, parler les morts. Chacun raconte une anecdote, une infime partie de sa vie, des secrets, des espoirs, comme des confessions parfois très courtes, parfois plus longues. Certains se connaissaient bien, d’autres moins, mais tous parlent d’eux, de leur petite ville, et de leur époque. Un roman qui se lit dans le silence, j’avais l’impression que ces mots étaient chuchotés, juste pour moi. J’ai reçu ces souvenirs, ces aveux, avec beaucoup d’humilité et de recueillement. Un roman magnifique que j’ai adoré !  Toute comme Une vie entière lu en 2016.


Le champ / Robert Seethaler – Editions Sabine Wespieser – janvier 2020 – 280p

Lola lit Les lendemains ♥

Laisser entrer

Célébrer

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Laisser partir

Et vivre…

Encore un livre beau à pleurer ♥

Après Tout le bleu du ciel, Melissa Da Costa nous enchante avec ce deuxième roman. Ici encore, les émotions sont à fleur de peau, on sourit, on pleure, on vit !

La vie d’Amande sombre dans l’horreur ; Benjamin, son chéri, son amour, son mari vient de mourir dans un accident de moto. Le choc de cette disparition a provoqué des contractions et Manon, la petite fille tant attendue n’a pas survécu, mort-née un 22 juin à 05h58.

Amande dévastée trouve refuge dans la banlieue de Lyon dans une vieille bâtisse isolée qu’elle loue à Julie, la fille de feu la propriétaire, madame Hugues. Petit à petit, au gré du vol d’un papillon, d’un miaulement, d’une rencontre, d’une graine qui germe, d’une fleur qui éclot, de célébration, Amande va se reconstruire.


Les lendemains / Melissa Da Costa – Editions Albin Michel – février 2020 – 350p

Lola regarde Coming out ♥♥♥

Un film documentaire de Denis Parrot qui, après avoir visionné près de 1200 vidéos de « coming out the closet » sur Youtube, décide d’en monter certaines pour faire un film. On voit donc 19 jeunes filles et garçons, se filmer lorsqu’ils annoncent à leurs parents leur homosexualité. Les réactions sont diverses mais dans l’ensemble plutôt bienveillantes, même si au milieu du film, une mère réagit violemment, renie son fils, l’insulte et le met à la porte. C’est d’une violence inouïe !

Un film bouleversant, qui donne vraiment à réfléchir. L’homosexualité n’est pas choisie comme le martèlent ces jeunes, et ce passage obligé de l’annonce à la famille est un moment douloureux, déchirant, un saut dans le vide. On les voit démunis, dans l’attente, au bord du gouffre, c’est violemment intime et déchirant. Je me suis toujours demandé pourquoi les gens faisaient des coming out. Pour moi, il n’y a pas de problème, chacun est libre et maître de son orientation sexuelle. Alors pourquoi faut-il l’annoncer aux parents ? Comme si c’était une faute à avouer, à se faire pardonner. Mais grâce à ce film, j’ai compris l’importance d’en parler, de s’en débarrasser comme d’un fardeau. C’est nécessaire pour leur construction, ils ont besoin d’être acceptés tels qu’ils sont, avec cette différence.

Toutes ces larmes versées m’ont sacrément attendrie mais il faut rester vigilant et lutter contre l’intolérance et la haine, car « Dans le monde, 72 États ont une législation répressive à l’égard des personnes homosexuelles, condamnées parfois à la peine capitale ou la prison à perpétuité » Le Figaro – Coline Vazquez – 06/09/18. Un film à voir absolument ! ♥♥♥