Lola lit La délicatesse du homard

Un roman qui ravira les amateurs de feel good. Tous les ingrédients sont réunis :

  • lui, bourru au grand coeur
  • elle, affolée, charme fou caché sous des mèches rebelles
  • des personnages blessés, seuls, perdus
  • des passés lourds de tragédies
  • des routes qui se croisent par hasard
  • un sauvetage réciproque
  • de l’amour, de l’amour, des projets, des promesses
  • et bien sûr, fin prévisible mais qui fait du bien quand même

Moi, jusqu’à la fin, j’ai espéré une autre fin, mais ca, c’est mon côté thug ! 😀


La délicatesse du homard/Laure Manel – Editions Michel Lafon 2017 – 352p

Lola lit S’inventer une île

Le roman s’ouvre sur la noyade de Tom 8 ans, le fils unique du narrateur et de Nora. Il apprend l’horrible nouvelle en Chine où il est en voyage d’affaires depuis 2 mois. Il rentre immédiatement en France et rejoint sa femme dans la maison de vacances familiale où Tom était gardé par sa grand-mère maternelle. Mais la douleur éloigne ces parents anéantis, qui la manifestent différemment, sans réussir à la partager, à se soutenir. Elle accepte un poste de prof en Province, il fait sa valise et s’installe à Belle Ile En Mer où il essaie de ce rapprocher de son petit garçon. Les circonstances du décès de Tom ne sont pas détaillées, on sait juste qu’il a échappé à la surveillance de sa grand mère maternelle sur une plage bretonne. La responsabilité et la très probable culpabilité de la grand-mère ne sont pas développées non plus. Le roman se concentre sur les regrets du papa, et la difficulté d’affronter cette perte ensemble.

Ecrit à la première personne, le roman est découpé en 3 parties que j’ai trouvées assez inégales. La première concerne l’annonce de la mort, et le commencement de la route que va devoir emprunter Dani vers la mort de son fils, c’est la plus poignante. Dans la deuxième partie où le narrateur essaie de rattraper le temps perdu, je me suis un peu lassée des activités quotidiennes du père et du petit fantôme. La troisième partie, enfin, consacrée aux retrouvailles entre Nora et le narrateur, méritait d’être plus riche, plus dense.

Un roman agréable, porté par une jolie écriture. La couverture est superbe ♥

Merci à Babelio et à Flammarion pour cette découverte


S’inventer une île/Alain GILLOT – Editions Flammarion 2019 – 208p

Lola lit Olga ♥

De Schlink, je n’ai lu que Le liseur et j’avais été subjuguée. J’ai retrouvé dans Olga la même précision, la même exigence. L’écriture est précise, claire, simple presque froide pour parler de tant de désirs, d’amour et d’aventures.

Olga est née en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Orpheline, elle est placée chez sa grand mère, qui vit dans un petit village de l’est. Elle se lie d’amitiés avec Herbert et Victoria, les enfants du maître du village. Mais quand l’amitié avec Herbert se transforme en amour, Victoria la rejette, incapable d’accepter que son frère se marie à une fille de paysans, et leurs parents s’opposent strictement à cette union. Alors Olga est envoyée enseigner dans une école, loin d’Herbert et de ses vœux de bonheur, tandis que lui, incapable d’imposer son amour pour Olga à sa famille, se lance dans des rêves de grands espaces et d’aventures qui l’éloignent de l’Allemagne et des conflits familiaux. Leur amour va survivre à l’éloignement, à l’absence, au manque d’engagement d’Herbert. Un amour qu’Olga, au crépuscule de sa vie, raconte à Ferdinand, le jeune garçon de la dernière famille qui l’a employée comme couturière et auquel elle s’est attachée comme à un fils.

Un très très beau roman sur un destin de femme, construit en 3 parties équilibrées et passionnantes ♥


Olga/Bernhard SCHLINK – Editions Gallimard – 03/01/2019 – 272p

traduit de l’allemand par Bernard Lortholary

Lola lit Mille petits riens

3 voix pour nous raconter cette histoire de racisme ordinaire aux USA de nos jours.

Celle de Ruth, afro-américaine quarantenaire, infirmière puéricultrice modèle, appréciée et respectée par ses collègues depuis 20 ans, mère du brillant Edison promis à de grandes études mais accusée du meurtre d’un nourrisson, alors qu’elle lui donnait des soins à l’hôpital. Celle de Turk, le papa suprématiste blanc, qui avait pourtant interdit à toutes personnes de couleur d’approcher son bébé à la maternité. Celle de Kennedy, l’avocate blanche commise d’office, qui se voit confier pour la première fois, un dossier important qui pourrait réveiller sa carrière.

Un roman intéressant parce qu’il aborde 2 thèmes importants, graves et délicats, qui me touchent : le racisme et la mort d’un bébé. Difficile de compatir à la douleur de ses jeunes parents qui viennent, pourtant, de perdre leur premier bébé, tant j’exècre leur primarité. La terre est peuplée (et horreur ! se repeuple) de ce type de personnes qui pensent que la couleur de leur peau font d’eux des êtres supérieurs, et se croient remplis d’une mission qui les autorise à rejeter, mettre à terre, frapper et parfois tuer ceux qui ne leur ressemblent pas.

Dans ce roman il y aussi des histoires de famille, d’amitiés indéfectibles ou pas, de regards qui soudain se détournent, du combat silencieux celui de Ruth ou tapageur celui de sa sœur Adisa, que certains d’entre nous doivent encore mener pour échapper aux préjugés. L’auteur met en lumière par les voix de Ruth et Edison ces mille petits riens qui, tout doucement, désunissent, mettent à l’écart, rappellent la différence, et dont nous pouvons tous, sans même nous en rendre compte, parfois être coupables.

Un roman qui se lit vite et facilement, mais qui donne à réfléchir. Ces mille petits riens résonneront longtemps en moi…


Mille petits riens/Jodi Picoult – Editions Actes Sud 2018 – 588p

Small Great Things 2016 – USA –  traduit par Marie Chabin

Lola lit Par amour ♥

Le Havre – lundi 10 juin 1940. Lucie nous raconte comment sa mère l’a levée aux aurores ce matin-là. Comment elle leur a demandé avec son frère Jean, de se dépêcher de prendre quelques affaires. Comment ils ont attendu tante Muguette et leurs cousins Joseph et Marline. Comment ils se sont mis en route jusqu’au bac pour rejoindre Lisieux. Ils ont marché de longues heures, suivi la colonne des autres havrais qui fuyaient aussi.

C’est Muguette qui continue de raconter l’exode, puis Émélie prend la parole, ensuite vient le récit de Jean…
Chacun leur tour, ils racontent la guerre ; les hommes sont au front, les femmes et leurs enfants essaient de vivre, de survivre dans cette ville qui, en plus de l’occupation allemande, va souffrir des bombardements des anglais qui la détruiront complètement avant de la libérer. A la signature de l’armistice, certains hommes sont rentrés, Joffre le mari d’Émélie est revenu mais il n’était plus le même, tandis que Muguette a continué à attendre Louis. La vie s’est organisée sous la surveillance des allemands. C’est aussi l’époque où la France envoyait ses enfants en Afrique pour les mettre en sécurité loin des bombes, quand certaines ont décidé de les garder, d’autres n’ont pas eu le choix et ont dû laisser partir leurs enfants.

C’est un beau roman choral, très bien documenté et rempli d’émotions justes.


Par amour / Valérie TONG CUONG – Editions JC Lattès 2017 – 413p

Lola lit Le saut de l’ange

Encore un roman qui favorise l’insomnie 😉 Impossible de le lâcher, impossible de résister à l’envie de tourner la page, de finir le chapitre, de commencer le suivant, de savoir ! Alors évidemment, il y a des petites choses qui dérangent, pas très crédibles, mais dans l’ensemble, ça marche vraiment super bien !

New Hampshire, en pleine nuit, les policiers sont prévenus d’un accident de la route. Lorsqu’ils se rendent sur les lieux, une femme qui semble gravement blessée réclame avec déchirement et affolement Véro, sa fillette de 6 ans, qui n’est plus dans la voiture. Des équipes partent à la recherche de la fillette, sans succès, jusqu’à ce que Thomas, le mari de Nicki, nie l’existence de Véro ; le couple, ensemble depuis plus de 20 ans, n’a malheureusement jamais pu avoir d’enfant. Il informe aussi les policiers que sa femme est très perturbée, suite à 2 chutes récentes sur la tête, elle souffre de problèmes de mémoire, voire d’affabulations. Le comportement du mari, et surtout le comportement de cette femme face à son mari, rendent les enquêteurs soupçonneux. Bientôt, la découverte de la disparition d’une fillette prénommée Vero, 30 ans auparavant, et la présence de ses empreintes dans la voiture des Grant, continuent de semer la confusion. STOP !!!

Amateurs du genre, vous allez être comblés !

De cette auteure, j’avais lu Disparue, que j’avais apprécié aussi.


Le saut de l’ange/Lisa Gardner – Editions Albin Michel – 4 Janvier 2017 – 480p 

Lola lit Fils du feu ♥♥♥

Je termine l’année 2018 en beauté grâce à ce petit roman, le premier de Guy Boley, qui s’est distingué récemment avec Quand Dieu boxait en amateur, qui a récolté toutes les attentions. Je ne l’ai pas encore lu mais quand j’ai trouvé Fils du feu, je me suis dit que ça pouvait être une bonne mise en bouche. C’est un petit roman certes, 160 pages mais d’une force admirable. Le père, forgeron, travaille avec Jacky, le premier amour de Jérôme, le tout jeune narrateur. La forge où, fasciné, le petit garçon reste, pour sentir la chaleur, les couleurs, les odeurs, de la ferraille bien sûr mais aussi des corps, des torses dénudés. La vie de la petite cour est tranquille jusqu’à la terrible nouvelle de la mort du petit frère, Norbert. Chacun essaie de traverser la tragédie ; le père sombre dans l’alcool, la fille aînée quitte la maison et la mère continue de faire vivre Norbert, lui mettant son couvert et des draps propres dans son petit lit, lui faisant réviser ses leçons et lui racontant des histoires le soir pour l’endormir.

J’ai beaucoup aimé l’écriture, littéraire, les phrases sont longues et bien construites. L’auteur réussit à nous conduire à la porte de la forge, à partager la douleur de chacun. Je n’ai qu’une envie, commencer 2019 avec Quand Dieu boxait en amateur ♥


Fils du feu/Guy Boley – Editions Grasset – août 2016 – 160p

Lola lit Je me suis tue ♥♥

Je suis toujours un peu méfiante lorsqu’un livre ou un film est porté aux nues par les critiques. J’ai peur d’être déçue, de passer à côté d’un truc apparemment génial, de ne pas avoir compris le génie du truc, je me sens un peu en marge, comme quand dans une soirée, où tout le monde rit d’une blague que je suis la seule à ne pas trouver drôle du tout. Mais le pire, c’est que j’ai peur d’aimer aussi, de me fondre dans la masse, de ne pas savoir si j’aime vraiment autant que les autres ou si je suis influencée par l’avis des autres. Du coup, je préfère attendre un peu avant de lire les pépites 😉

Je me suis tue, premier roman de Mathieu Menegaux,  sorti en 2015 et largement applaudi par la presse et les lecteurs. 3 ans après, je le lis et j’adore aussi (finalement). Je trouve particulièrement intéressant lorsqu’un auteur écrit pour son personnage de sexe opposé. Claire est en prison. Pourtant c’est elle qui, en sortant d’un dîner, s’est fait violer. Elle a pensé qu’en gardant le secret, si elle n’en parlait jamais, si elle oubliait, il disparaîtrait de sa mémoire et donc de sa vie. Elle a donc décidé de ne pas en parler pour protéger son équilibre, son couple, son boulot, sa famille, sa vie bien rangée de parisienne quadragénaire aisée. Pourtant, il a existé ce viol et a bouleversé sa vie, jusqu’à cette cellule où elle entame enfin sa confession.

Un excellent premier roman ! J’ai bien envie de lire les suivants Un fils parfait (2017) et Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (2018)


Je me suis tue/Mathieu MENEGAUX – Editions Grasset – avril 2015 – 144p

 

Lola lit Roissy ♥♥

Stand by, ça vous dit quelque chose ? Film français sorti en 2000, avec l’excellentissime Dominique Blanc dans le rôle principal. C’est l’histoire d’Hélène qui, alors qu’elle part s’installer à Buenos Aires avec Gérard, se fait larguer juste avant d’embarquer. Atterrée, sous le choc, elle erre dans l’aéroport, qu’elle ne quitte plus, y vit ou plutôt y survit, s’y crée des amitiés. J’avais été marquée par ce film, son atmosphère, le choix d’un lieu que tout le monde croit connaître parce qu’on y passe, on vient y prendre l’avion, accompagner un ami, chercher un proche. J’avais aimé l’idée de ce lieu de transit pour raconter l’errance de cette femme, Orly où des gens travaillent. J’ai commencé ma vie professionnelle à Orly sud, à l’embarquement. J’étais une de ceux qui, derrière un guichet, vérifient les billets, étiquettent les valises, surveillent l’excédent bagage. Je regardais tous ces gens partir et moi, je restais là à me faire engueuler par des touristes stressés. A l’heure de la pause, je croisais les femmes de ménage, la sécurité, le personnel naviguant, et les autres au sol ; on se saluait, on s’interpellait, on discutait un peu, on prenait un café, on fêtait un mariage, une naissance, un départ à la retraite. Une fois rentrés, on ne sortait de l’aéroport que pour le quitter à la fin du boulot, au petit matin, en plein journée ou la nuit, selon notre emploi du temps. C’était vraiment particulier, une parenthèse, une autre planète, un microcosme. J’ai retrouvé ce sentiment d’espace clos, d’enfermement dans le film.

Et puis aujourd’hui dans ce roman, Roissy, qui raconte la même histoire. Cette fois, la narratrice n’a pas de prénom, pas d’histoire, pas de souvenirs, ses rêves se mêlent à la réalité. Elle ne sait ni qui elle est, ni ce qu’elle fait là, ni comment elle a atterri ici, mais elle sait qu’elle doit bouger, traîner une valise remplie d’objets trouvés ou volés, toujours rester en mouvement, avoir l’air pressée, l’air de courir après un avion ou d’attendre quelqu’un, sembler être de passage, seulement de passage, pour ne pas éveiller la curiosité et paraître suspecte. On ne reste pas dans un aéroport, on passe, c’est tout. Alors elle s’invente une vie de voyageuse, puisque la sienne lui a échappé. Pourtant au fil des pages de ce roman très cinématographique, des rencontres avec des personnages hors du commun, tout au long de ses 8 longs mois d’errance, sa vraie vie va se redessiner.

Un bon livre bien documenté et un film à découvrir. 


Roissy/Tiffany Tavernier – Editions Sabine Wespieser – août 2018 – 280p

Lola lit Arcadie ♥♥

Farah est une enfant lorsque ses parents rejoignent Liberty House, une communauté dans le sud de la France. Là, Arcady veille à ce que ses membres soient protégés des ondes, du wifi, des réseaux sociaux, des fake news, des engrais et des pesticides mais aussi de la propriété, de l’envie, de la jalousie… Bref, de tout ce qui peut nuire à l’épanouissement de chacun. Là, on peut vivre nu, passer des heures à lire et à observer la nature sans être dérangé et multiplier les expériences sexuelles en toute liberté et dans le respect. Tous sont persuadés qu’ils survivront à la fin du monde. Farah grandit dans l’amour, l’amour des autres, des animaux, de la nature. Mais à l’heure des premiers émois, son corps la plonge dans une profonde perplexité. Elle en parle à Arcady qui, tout naturellement, la conduit chez la gynécologue qui, après divers examens, lui annonce qu’elle souffre du syndrome de Rokitanski. Le MRKH touche une femme sur 4500, souvent décelé au moment de l’adolescence, il se manifeste par une absence partielle ou totale du vagin et de l’utérus. C’est une catastrophe pour Farah, adolescente en quête d’identité, heureusement qu’Arcady l’entoure de sa bienveillance, la rassure, la soutient. Mais bientôt, l’arrivée d’un jeune migrant dans le paysage de Liberty House va bouleverser Farah et l’ordre de la petite communauté pourtant si sereine.

Quel roman ! Irrésistiblement drôle, délicat et très bien écrit, il a tout pour plaire. Comme dans l’excellent Les garçons de l’été, l’auteure explore les méandres de l’adolescence et plante son nouveau décor dans une communauté idyllique, où chacun malgré son âge, son physique, son handicap, ses problèmes, est respecté et aimé. Un havre de paix au soleil, chapeauté par un gourou sympathique qui n’abuse de personne, donne plus qu’il ne prend. Alors paradis ou cour des miracles ?!


Arcadie/Emmanuelle BAYAMAK-TAM – Editions POL – août 2018 – 448p