Lola lit La chaleur ♥

Ça aurait pu s’appeler 48h dans la vie d’un ado. Une histoire d’adolescents, qui passent leurs dernières vacances avec les parents, qui s’ennuient, qui râlent et soufflent, rêvent de liberté, ils sont timides, hésitants, confiants ou fonceurs. Ce sont des enfants dans des corps d’adultes qui ne leur obéissent plus, dont ils ne savent que faire, les cacher ou les exposer. Ces corps d’adolescents qui se cherchent, s’aspirent, se respirent, s’attirent et se repoussent, se blessent, s’écorchent.
Léo a 17 ans et passe ses vacances en famille dans un camping des Landes. Léo est un adolescent plutôt réservé, pas forcément très bien dans sa peau, un peu en marge, d’ailleurs il reste à l’écart, ne se mélange pas, regarde le groupe des ados campeurs de loin. Il voudrait que les vacances se terminent, et rentrer chez lui.
Pourtant, les vacances vont prendre un tour différent lorsqu’il est témoin de la mort d’Oscar, le beau gosse du camping. Celui-ci, ivre, s’est lui-même emprisonné dans les cordes de la balançoire et Léo, sans bouger, l’a regardé passer de vie à trépas, puis a continué son chemin. Mais il est revenu sur ses pas, a tiré le corps sur la plage et l’a enterré dans le sable. Pourquoi ? Ah les mystères de l’adolescence ! Les vacances continuent, mais maintenant Léo est occupé ; il y pense sans arrêt, ça lui prend tout son temps, ça remplit sa vie, le dérange, comme un petit caillou dans une chaussure et surtout ça l’empêche de profiter de Luce, son nouvel amour, qu’il a rencontrée grâce à la disparition d’Oscar. Contre toute attente, Léo ne ressent pas de culpabilité.
C’est un roman sur l’adolescence, avec une belle ambiance estivale, chaude, moite, de violence contenue, sans bruit, sans cris pendant laquelle tout peut déraper.
Premier roman d’un tout jeune auteur à suivre !

Un petit coup de cœur ♥


La chaleur / Victor Jestin – Editions Flammarion – 28 août 2019 – 144p

Prix Femina des Lycéens 2019

Lola lit Les corps abstinents

L’abstinence sexuelle, voilà un sujet qui interpelle. Nous y avons tous, forcément, été soumis à des périodes plus ou moins longues de notre vie, puisque le célibat qu’il soit choisi ou contraint engendre une forme d’abstinence sexuelle. J’avais envie d’entendre la voix de ceux qui l’ont décidée plutôt que celle de ceux qui la subissent. Je voulais savoir si, comme la société nous le tambourine, une sexualité épanouie était un gage de bonheur. Peut-on être heureux sans sexe ? Je voulais savoir pourquoi on choisit de ne pas avoir de relations sexuelles, dans quel but, ce que cela apporte, physiquement, moralement, psychologiquement. Je voulais savoir comment on y revient, comment on s’y remet, gloutonnement, avec fougue, ou en retenue, timidement. J’avais, vous en conviendrez, beaucoup de questions.

Peut-être que j’aurais dû lire un Que sais-je. Car le livre d’Emmanuelle Richard n’a pas vraiment répondu à mes attentes. C’est un ensemble de témoignages d’anonymes que l’auteur a rangés par thèmes tels que Hors d’état, Carence à deux, Plaisirs solitaires… Chacun des 40 personnes s’est confiée, il/elle a raconté cette période d’abstinence sexuelle, et l’auteure conclut chaque thème par sa propre expérience et nous livre sa petite analyse. Mon impression générale est que, même lorsqu’elle est présentée comme choisie, l’abstinence sexuelle est subie, les abstinents seraient plus heureux avec une sexualité épanouie. Aucun n’a réussi à me convaincre à épouser cette cause. Mais la lecture de ces intimités, de ces secrets partagés est bouleversante, car certains textes sont d’une tristesse et d’une solitude absolues.

L’objet livre est particulièrement soigné et très agréable à manipuler ♥

Merci à Babelio et aux Editions Flammarion


Les corps abstinents / Emmanuelle Richard – Editions Flammarion – 2020 – 286 p

Lola lit Le pays des autres ♥♥♥

Leila Slimani nous avait prévenu, celui-là est le premier tome d’une trilogie. Je savais qu’il ne fallait pas que je le lise. Je savais qu’à peine terminée, je serais dégoûtée de devoir patienter pour lire la suite ! J’avais d’ailleurs décidé d’attendre la publication du troisième pour commencer à lire le premier. Aucune volonté 🙄

Mathilde, à peine 20 ans, a rencontré Amine en Alsace, en 44, dans son village où le jeune marocain combattait sous le drapeau français. Au premier regard, Mathilde est tombée amoureuse de ses cheveux noirs, de son regard ténébreux, de sa peau brune. En 46, toute jeune mariée, Mathilde rejoint son mari au Maroc, s’installe dans la ferme dont il a hérité et met au monde Aïcha et Sélim.

Mathilde a du mal à s’acclimater à sa nouvelle condition d’épouse, pas vraiment marocaine et plus tout à fait française. Le changement de comportement d’Amine la désespère, la condition des femmes la révolte, le manque de liberté la décourage. Ce premier tome raconte ses premières années dans ce pays, qui n’est pas le sien et qu’elle peine à aimer. On quitte Mathilde, Amine et les enfants réfugiés sur le toit de la ferme, en été, alors que la colère gronde, que le peuple hurle, que les marocains réclament l’indépendance. De quel côté sommes-nous ? demande Aïcha à son père. Du côté des gentils ou des méchants ? Nous sommes comme ton arbre, lui répond-il, moitié citron, moitié orange.

Alors évidemment maintenant je regrette de mettre précipitée sur ce premier tome parce que maintenant je VEUX lire la suite ! Je ne pourrais jamais attendre plusieurs mois, il me tarde de retrouver les personnages de ce pays des autres. Une belle réussite ♥♥♥


Le pays des autres / Leïla Slimani – Editions Gallimard – mars 2020 – 368p

Lola lit 10 mn et 38 secondes dans ce monde étrange ♥♥

Si notre esprit survivait à notre mort ? S’il survivait juste 10 minutes et 38 secondes ? Serait-ce assez pour refaire le chemin de notre vie ? C’est là que nous conduit l’auteur, sur le chemin de la vie de Tequila Leila, prostituée découverte assassinée dans une poubelle d’Istanbul. On remonte le temps avec Leyla, la fillette éprise de liberté, courant dans la campagne les cheveux aux vents, fuyant les gestes abominables de son oncle, la sévérité de son père, la folie de sa tante. Puis son arrivée dans Istanbul, la Magnifique, ville pleine de promesses, dont Leyla, devenue Tequila Leila, ne connaîtra que les bas fonds. L’auteur égrène les minutes, les souvenirs. Les rencontres, les amis comme les 5 doigts de la main devenus sa véritable famille, l’amour aussi, sur fond d’événements historiques. Les dernières minutes de Leyla dans ce monde étrange, celui bizarre entre la vie et la mort mais aussi celui anormal où les femmes subissent toujours la domination masculine.

Un roman en 3 parties inégales, la première L’Esprit la plus longue, déroule la vie de Leila, une vie d’aventures. La deuxième Le Corps prend le relais et s’intéresse au traitement du l’enveloppe charnelle de Leila par les autorités et ses amis. La troisième, de quelques pages, décrit son dernier voyage, celui de L’Âme de Leyla enfin libérée.

Un excellent roman, très intéressant par sa construction, à l’écriture très agréable ♥


10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange / Elif Shafak – Editions Flammarion – janvier 2020 – 400p

10 Minutes 38 Seconds in this strange world – traduction (anglais) Dominique Goy-Blanquet

Lola lit Le champ ♥

Le champ, c’est le cimetière de Paulstadt, une petite ville inventée par l’auteur autrichien Robert Seethaler qui fait, ici, parler les morts. Chacun raconte une anecdote, une infime partie de sa vie, des secrets, des espoirs, comme des confessions parfois très courtes, parfois plus longues. Certains se connaissaient bien, d’autres moins, mais tous parlent d’eux, de leur petite ville, et de leur époque. Un roman qui se lit dans le silence, j’avais l’impression que ces mots étaient chuchotés, juste pour moi. J’ai reçu ces souvenirs, ces aveux, avec beaucoup d’humilité et de recueillement. Un roman magnifique que j’ai adoré !  Toute comme Une vie entière lu en 2016.


Le champ / Robert Seethaler – Editions Sabine Wespieser – janvier 2020 – 280p

Lola lit Les lendemains ♥

Laisser entrer

Célébrer

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Laisser partir

Et vivre…

Encore un livre beau à pleurer ♥

Après Tout le bleu du ciel, Melissa Da Costa nous enchante avec ce deuxième roman. Ici encore, les émotions sont à fleur de peau, on sourit, on pleure, on vit !

La vie d’Amande sombre dans l’horreur ; Benjamin, son chéri, son amour, son mari vient de mourir dans un accident de moto. Le choc de cette disparition a provoqué des contractions et Manon, la petite fille tant attendue n’a pas survécu, mort-née un 22 juin à 05h58.

Amande dévastée trouve refuge dans la banlieue de Lyon dans une vieille bâtisse isolée qu’elle loue à Julie, la fille de feu la propriétaire, madame Hugues. Petit à petit, au gré du vol d’un papillon, d’un miaulement, d’une rencontre, d’une graine qui germe, d’une fleur qui éclot, de célébration, Amande va se reconstruire.


Les lendemains / Melissa Da Costa – Editions Albin Michel – février 2020 – 350p

Lola regarde Coming out ♥♥♥

Un film documentaire de Denis Parrot qui, après avoir visionné près de 1200 vidéos de « coming out the closet » sur Youtube, décide d’en monter certaines pour faire un film. On voit donc 19 jeunes filles et garçons, se filmer lorsqu’ils annoncent à leurs parents leur homosexualité. Les réactions sont diverses mais dans l’ensemble plutôt bienveillantes, même si au milieu du film, une mère réagit violemment, renie son fils, l’insulte et le met à la porte. C’est d’une violence inouïe !

Un film bouleversant, qui donne vraiment à réfléchir. L’homosexualité n’est pas choisie comme le martèlent ces jeunes, et ce passage obligé de l’annonce à la famille est un moment douloureux, déchirant, un saut dans le vide. On les voit démunis, dans l’attente, au bord du gouffre, c’est violemment intime et déchirant. Je me suis toujours demandé pourquoi les gens faisaient des coming out. Pour moi, il n’y a pas de problème, chacun est libre et maître de son orientation sexuelle. Alors pourquoi faut-il l’annoncer aux parents ? Comme si c’était une faute à avouer, à se faire pardonner. Mais grâce à ce film, j’ai compris l’importance d’en parler, de s’en débarrasser comme d’un fardeau. C’est nécessaire pour leur construction, ils ont besoin d’être acceptés tels qu’ils sont, avec cette différence.

Toutes ces larmes versées m’ont sacrément attendrie mais il faut rester vigilant et lutter contre l’intolérance et la haine, car « Dans le monde, 72 États ont une législation répressive à l’égard des personnes homosexuelles, condamnées parfois à la peine capitale ou la prison à perpétuité » Le Figaro – Coline Vazquez – 06/09/18. Un film à voir absolument ! ♥♥♥ 

 

 

Lola lit La petite sonneuse de cloches ♥♥♥

J’ai trouvé ce roman fort intelligent. Il démarre sur le baiser d’une petite sonneuse de cloches à François René Chateaubriand en 1792, dans la cathédrale de Westminster où il s’était laissé enfermé par mégarde. Chateaubriand troublé par ce baiser qui l’obsède décide de retrouver la petite sonneuse qui est partie sans un mot.

Aujourd’hui, à la mort de son père Joe J. Stockholm, éminent chateaubriandiste, prof de littérature française à l’université et écrivain, Joachim le narrateur se voit confier par le médecin un petit carnet où son père, qui ne pouvait plus guère parler, écrivait ses messages au corps médical. A la dernière page de ce carnet, une phrase énigmatique conduit Joachim sur les traces de la petite sonneuse de cloches. Ce baiser a-t-il vraiment existé ou était-ce un rêve ?

Une énigme à résoudre pour ses 2 jeunes hommes chacun dans leur époque. Un mélange de classicisme et de modernité, un régal de lecture, rythmé, merveilleusement bien écrit, fort bien mené, le parallèle entre les 2 époques est très intéressant. J’ai beaucoup aimé, et je vais me jeter sur le précédent roman de Jérôme Attal. Un coup de cœur ♥♥♥


La petite sonneuse de cloches / Jérôme Attal – Editions Robert Laffont – août 2019 – 270p

Lola lit De rien ni de personne

Rosario a 15 ans, il vit avec ses parents à Palerme. Son père traficote des produits dopants et trompe sa femme, qui s’ennuie. Élève brillant, il choisit de quitter son quartier malfamé dans lequel il ne s’est pas adapté, pour un lycée dans le centre, plus aisé, de Palerme. Mais là aussi, les amitiés sont rares et Rosario peine à trouver sa place. Rosario était le prénom du père de sa mère qui a lutté contre son mari pour le lui faire accepter. Lui aurait préféré Jonathan, tellement plus moderne. Dans ce prénom, il y a un héritage footballistique puisque le grand père était gardien de but, alors Rosario joue au foot. C’est dans le stade qu’il croise des filles et des garçons, qu’il joue sa vie d’ado tout en se répétant sa devise Iu un mi scantu di nenti e di nuddu, « je n’ai peur de rien ni de personne ».

Un premier roman sur l’adolescence, qui a reçu un excellent accueil en Italie mais que j’ai trouvé un peu fade. L’écriture n’est pas désagréable, elle est même plutôt fluide et bien construite, c’est un roman qui se lit facilement mais qui manque de rythme, d’ambiance, de panache ! J’ai été complètement imperméable aux émotions de cet adolescent qui traverse pourtant les tourments de son âge.


De rien ni de personne / Dario Levantino – Editions Rivages – janvier 2020 – 160p 

Lola lit Miroir de nos peines

Après Au revoir là-haut paru en août 2013 et Couleurs de l’incendie en janvier 2018, voici enfin Miroir de nos peines qui conclut la trilogie Les enfants du Désastre de Pierre Lemaitre. Séduite par les 2 premiers,  je n’ai pas été déçue par celui-là. Cette fois, l’auteur s’intéresse à Louise Belmont, la fillette d’Au revoir là-haut, à Paris en 1940, juste avant l’occupation allemande. On retrouve les ingrédients qui ont fait le succès des précédents : une période importante de l’histoire, des personnages très riches, des aventures, et une multitude de détails, qui en font un récit vivant, foisonnant.

Dommage que l’auteur ait prévu de s’arrêter là, j’aurais été pour une tétralogie, le retour de Monsieur Jules par exemple !


Miroir de nos peines / Pierre Lemaitre – Albin Michel – janvier 2020 – 544 p