Lola regarde Jusqu’à la garde ♥♥♥

Dans le bureau de la juge, les Besson divorcent. Denis que son fils de 11 ans et sa fille de 18 ans accusent de violence et de harcèlement, s’offusque et s’étonne. Collègue et voisin amical, mari tristement abandonné et privé de ses enfants, il est accablé et réclame simplement le droit de voir Julien et Joséphine dont il ne veut que le bonheur. Pourtant l’avocate de Miriam demande la garde exclusive pour la sécurité des enfants et de sa cliente. C’est à la juge que revient la décision : Joséphine est trop grande pour être contrainte, elle a le choix mais Julien devra aller chez son père un week-end sur 2. C’est hyper angoissant parce qu’on comprend, très vite, que Denis est prêt à tout et on s’attend au pire. La tension monte, l’étau se resserre, on retient notre respiration, on a les nerfs en pelote et on se prépare, impuissant, à la cata.

Émotionnellement chargé, peu de mots, des échanges de regards très expressifs. Admirablement joué par Léa Drucker (sublime de retenue), Denis Ménochet (terriblement inquiétant) et le jeune Thomas Gioria (à fleur de peau). BRAVO à Xavier Legrand qui fait un carton plein pour son premier long métrage justement récompensé aux César 2019 ♥♥♥


César du Meilleur film français de l’année Xavier Legrand
César de la Meilleure actrice Léa Drucker
César du Meilleur montage Yorgos Lamprinos
César du Meilleur scénario original Xavier Legrand

 

Lola lit La boîte noire

Ito Shiori est une jeune journaliste japonaise. En 2015, elle a 26 ans, ses études aux Etats Unis et en Europe terminées, elle rentre au Japon pour trouver du travail.  Elle fait la connaissance de Noriyuki Yamaguchi qui dirige l’antenne de Washington de la télévision japonaise TBS et lui assure qu’il peut lui trouver un poste. Il lui propose de le retrouver dans un restaurant à Tokyo pour en parler. Plus tard, Ito Shiori se réveille nue dans le lit d’une chambre d’hôtel au beau milieu d’un rapport sexuel avec Noriyuki Yamaguchi, elle n’a que peu de souvenirs de la soirée, quelques images lui arrivent par flash. Elle a été droguée, conduite inconsciente à l’hôtel et violée. Elle décide de ne pas se taire, elle parle, raconte, porte plainte et exige des excuses de Noriyuki Yamaguchi qui nie toute agression, et lui assure qu’elle était, évidemment, consentante. Elle trouve peu de soutien, tient bon, seule. Face au manque d’intérêt de la police, elle doit mener sa propre enquête, rassembler des preuves, interroger des témoins.

Ito Shiori prévient dès le début de son livre, que ce n’est pas juste le témoignage d’une victime de viol. Elle dit vouloir  « parler, à visage découvert, pour toutes les femmes qui ont peur de le faire parce qu’ […] au Japon, ni la police, ni la justice ne soutiennent les victimes de crimes sexuels. le viol est tabou. » Elle souhaite apporter une aide réelle aux victimes, faire changer le regard des japonais sur les agressions sexuelles, faire bouger les lois de son pays quand celle sur les viols date de 1907. Elle dénonce  »un système judiciaire et social où les victimes de crimes sexuels ne sont ni protégées, ni entendues ».

Depuis, il y a eu #Metoo, les témoignages se sont multipliés, la parole s’est enfin libérée, mais de façon inégale. Au Japon où près de 65 % des femmes harcelées sexuellement au travail ne le signalent pas, conservatisme, sexisme et inégalités perdurent et le pays se classe 110e sur 149 en matière de parité*. Cette lecture informative apporte un éclairage sur le traitement du viol et quasi-viol (?!) au Japon et on se rend compte qu’il y a encore pas mal de boulot !

*in 20 minutes

La boîte noire / ITO Shiori – Editions Picquier – avril 2019 – 240p

Traduit du japonais par Jean-Christophe Helary et Aline Koza

 

 

 

Lola lit Une sirène à Paris

Un été récent dans la capitale, des pluies torrentielles font déborder la Seine. Gaspard Snow attiré par une mélodie envoûtante, découvre une sirène blessée sur les quais. Sous l’emprise de son chant merveilleux, il la conduit aux urgences où il est pris pour un illuminé, reprend sa course à bord d’un tuk tuk volé, pour plonger Lula dans la baignoire de son petit appartelier. Commence alors une histoire de course contre la mort/mour 😉

Dans Une sirène à Paris, on trouve un Appartelier, des assomnifères et du vague à larmes, un surprisier qui fait visiter Paris à une Sirène en Tuk-tuk. On entre dans l’univers de Mathias Malzieu par une petite porte qui s’ouvre sur un monde fabuleux, peuplé de créatures enchantées. Un fois passé de l’autre côté, il faut accepter de se perdre dans l’inexplicable, de retourner dans l’enfance, d’ouvrir son cœur à la rêverie.

J’ai eu du mal à franchir cette petite porte, pourtant je sais avoir gardé l’émerveillement de l’enfance pour les histoires, mais le récit souffre un peu de l’accumulation de figures de style, ce qui le rend très convenu et plutôt scolaire. La comparaison avec L’Écume des jours de Boris Vian serait tentante, mais elle s’arrêterait aux mots-valises et si Mathias Malzieu semble emprunter le même chemin, il lui reste un peu de route. Bon finalement, j’ai décidé de me laisser emporter par ce joli conte, lu en quelques heures et qui me laissera sans doute un joli souvenir.


Une sirène à Paris / Mathias Malzieu – Editions Albin Michel – février 2019 – 240p

Lola regarde Petit Paysan

Le début est champêtre, on voit des vaches aux robes brillantes paître tranquillement dans des champs où l’herbe est verte et grasse, les petites fleurs nombreuses. On fait la connaissance de Pierre, jeune paysan trentenaire très attaché à ses godelles, qui a repris la ferme laitière de ses parents. Et là, je me suis dit « Aaaaaah non ! Pas 1h30 comme ça ! » J’ai eu peur d’être devant un film-documentaire-récit social sur la condition des paysans français. Je me suis demandé ce qui allait bien pouvoir éveiller mon intérêt. Hé bien, ça n’a pas traîné ! Rapidement, le film passe de bucolique à inquiétant, lorsque Pierre soupçonne une de ses vaches d’être atteinte de la maladie qui décime alors les troupeaux, il en parle à sa sœur vétérinaire (superbe Sara Giraudeau, toute en sensibilité) qui le tranquillise et le conjure d’arrêter de s’angoisser, mais Pierre n’est pas rassuré. Une tension s’installe, par la musique bien sûr mais surtout par les couleurs qui s’assombrissent, les scènes de nuit qui s’enchaînent. Le visage de Pierre, le Petit Paysan se durcit, lui le timide, étouffé par une mère envahissante, devient combatif et déterminé. Le docu devient thriller, et c’est une réussite

L’acteur principal Swann Arlaud est impressionnant de justesse, je pense qu’il occupe 99% du film, pas une scène sans lui. Il est tellement authentique et crédible que j’ai pensé qu’il n’était pas acteur mais paysan. Il réussit à partager son attachement pour ses bêtes sans excès, moi aussi j’ai eu peur pour elles, je me suis inquiétée et la fin du film m’a émue. Un film vachement bien 😉

 

Lola lit Monsieur Origami

Une histoire toute simple – A 20 ans, Kurogiku quitte son Japon natal à la recherche d’une belle italienne à la chevelure couleur de geai, aperçue par la fenêtre. Il ne sait rien d’elle, juste ce mot Ciao, lancé dans la rue. Il part en Italie, avec pour seule fortune 3 graines de Kôzo, le mûrier à papier dont l’écorce sert à la fabrication du Washi, le papier japonais. 40 ans plus tard, devenu Maître Kurogiku, il perpétue ce savoir-faire ancestral, dans la ruine qu’il habite depuis son arrivée en Italie. Un jour, un jeune homme lui demande l’hospitalité, commence entre eux une relation faite de respect, de contemplation et de peu de mots.

Un très court premier roman, tout plein de zénitude, de dépouillement, de silence, de bon sens, de poésie, d’harmonie. 158 pages, 3 parties construites comme de longs haïkus.


Monsieur Origami/Jean-Marc Ceci – Editions Gallimard – août 2016 – 158p

 

Lola lit Les 7 mariages d’Edgar et Ludmilla

C’est l’histoire d’Edgar et Ludmilla, racontée par le mari de leur fille unique Ingrid, qui a mené une enquête précise sur ses beaux-parents. Edgar et Ludmilla se sont rencontrés au fin fond de l’Ukraine où il faisait un reportage avec des amis. Les habitants du village avait été prévenus de l’arrivée d’étrangers, ils devaient se montrer prudents et muets. A l’époque le Parti décidait de tout. Ludmilla, considérée comme une folle par ses voisins ne voulut pas laisser passer sa chance de vivre une aventure extraordinaire, elle monta donc sur un arbre et attendit. Lorsque la voiture des français arriva, elle jeta ses habits et nue, marcha vers eux. Edgar sut qu’il reviendrait la chercher. Et il tint parole, il revint au village avec tous les papiers nécessaires, ils se marièrent rapidement avant de quitter le pays. Elle était aux anges, il était inquiet. Réussirait-il à la rendre heureuse après l’avoir arrachée à ses racines ? Elle, c’est sûr, serait heureuse à ses côtés, il l’avait sauvée. Il était préoccupé, inquiet, se sentait responsable, trop pour pouvoir profiter de cette belle histoire, ils ont fini par divorcer.

Alors Edgar et Ludmilla ont emprunté des routes parallèles ; elle a fait carrière dans l’opéra, elle avait un joli brin de voix et lui, dans les affaires. Ils sont devenus célèbres et riches, et à chaque fois que leurs routes se sont croisées, mariages et divorces se sont enchaînés. Ces deux-là s’aimaient mais avaient du mal à se comprendre.

On retrouve la belle écriture de Rufin, décidément très agréable à lire. Les mots s’enchaînent harmonieusement, précis, justes et tout en finesse. Un vrai bonheur à lire ! Et puis, quand on sait que l’Académicien s’est marié 4 fois, dont 3 avec sa femme, le roman nous offre une lecture différente, et on se demande souvent derrière quel trait d’Edgar il se cache. Nous sommes entraînés dans une aventure, des années 60 aux années 2000, aux quatre coins d’un monde peuplé de personnalités, Tapi, La Callas, Giscard, Philippe Tesson… qui rend ce récit vivant et authentique.


Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla/Jean-Christophe Rufin – Editions Gallimard – Collection Blanche – mars 2019 – 384p

Lola lit Cette minute où tout a basculé

La jeune Yuna (joli prénom breton) décide de quitter la maison pour faire ses études d’infirmière à Lannion. La proximité de la ville où s’est suicidé son papa quand il avait 23 ans et qu’elle n’a pas connu, n’a pas échappé à sa mère demeurée inconsolable par la mort inexpliquée de son grand amour alors que tout allait si bien entre eux. Yuna a décidé de rencontrer Jeanne, sa grand-mère paternelle qui les a rejetées au décès de son fils. Cette rencontre déstabilise Yuna qui décide, soutenue et aidée par sa mère, de mener une petite enquête.

Des personnages sympathiques et attachants, du suspens et du rythme, une histoire bien ficelée même si on comprend assez rapidement le lien entre Lola et Yuna. Ce premier roman auto-édité est agréable à lire mais il faut passer outre les maladresses des premières pages : répétitions de mots multiples, erreurs de structure et de ponctuation. C’est assez pénible au début mais la gêne disparaît lorsque l’histoire est installée. Je ne partage pas le choix de la couverture et du livre qui desserve ce livre qui mérite d’être lu et apprécié.


Cette minute où tout a basculé/Elowen MAE – autoédition – mai 2018 – 424p

Lola regarde Isle Of Dogs

Il est dingue ce Wes Anderson ! J’adore ses films, The Grand Budapest Hotel, The royal Tenenbaums, Moonrise Kingdom ♥ J’aime la profondeur des sentiments qui se cache derrière sa loufoquerie, la fantaisie de ses personnages, ses décors incroyables. Bref, j’aime tout !

Et celui-ci aussi, il est génial ! Comment ce réalisateur américain de 50 ans, à l’allure de jeune homme, réussit à nous tenir scotchés pendant 1h42 devant un film d’animation qui raconte comment, au Japon, une bande de chiens décide de combattre le régime en place qui a placé toute la communauté canine en quarantaine sur une île poubelle ? L’aventure de ces chiens crasseux et malades menée par le jeune Atari est divinement rocambolesque, les images sont très bien texturisées, le fait de ne pas sous-titrer tous les dialogues ajoute de la malice, et surtout ça parle de notre monde aujourd’hui. C’est tristement drôle, ça parle de l’autoritarisme, de la manipulation, de la bêtise des hommes, du rejet et de l’isolement, de la différence qui effraie, qui gêne mise au ban de la société mais ça parle aussi de la fidélité, de l’amitié et de la fraternité.

Génial, je vous dis !

Lola lit Deux soeurs

Mathilde, prof de français au collège, est passionnée par la littérature et très amoureuse d’Etienne, avec qui elle vit depuis 5 ans. Lorsque celui-ci la quitte pour Iris, son ex qui vient de rentrer d’Australie, Mathilde s’écroule. La solide Mathilde, fiable, stable, pleine de bonté n’existe plus et laisse la place à une autre, très différente que son entourage ne reconnait plus. Même Agathe, sa sœur aînée, qui l’héberge, se sent impuissante face à son comportement. Mathilde n’acceptera jamais qu’Etienne l’ait quittée, elle sait qu’elle l’aimera toujours, alors dans son cœur meurtri, l’idée de la vengeance se met à germer.

Lu parce que j’avais entendu parler de thriller psychologique, cela a piqué ma curiosité. L’auteur décrit la déconstruction d’une femme meurtrie et le thème est très intéressant mais on est loin du thriller, le genre littéraire utilisant le suspense ou la tension narrative pour provoquer chez le lecteur une excitation ou une appréhension et le tenir en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue (in wiki). Et comment, même avec un thème aussi puissant, le roman peut-il être aussi plat et convenu. Une lecture qui confirme mon manque d’intérêt pour cet auteur (à part La délicatesse que j’avais beaucoup aimé et Charlotte qui m’avait fait découvrir le destin tragique de cette jeune artiste).


Deux soeurs/David Foenkinos – Editions Gallimard – Collection Blanche – janvier 2019 – 176p

Lola lit Compromis

Le compromis, c’est le document que doit absolument faire signer Denis à Duval. Il veut lui vendre son appartement même si celui-ci, comme il le concède à son ami Martin, présente un certain nombre de défauts qu’il est préférable que le futur acheteur ignore. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a donc convié à ce rendez-vous Martin dont la seule présence devrait rassurer Duval.

Les compromis, ce sont aussi les concessions qu’exige Denis de Martin au nom de leur belle et longue amitié. Entre les 2, Duval, l’acheteur, assiste tantôt avec joie tantôt avec crainte à un règlement de compte entre l’acteur médiocre et l’auteur raté.

C’est la première fois que je lis une pièce de Claudel dont j’adore les romans. J’ai retrouvé son écriture qui, mise au service du théâtre, s’encanaille, prend du rythme, conserve sa superbe et nous livre autant d’émotion avec le rire en plus. Je continue donc à adorer Claudel ♥

Pièce jouée actuellement au Théâtre des Nouveautés à Paris avec Pierre Arditi et Michel Leeb.


Compromis/Philippe Claudel – Editions Stock – janvier 2019 –  160p