Lola lit L’enfant qui mesurait le monde

De nos jours, sur l’île grecque de Kalamaki, Yannis compte. Il compte et compare ; les bateaux, l’ordre de leur arrivée dans le port, les kilos de poissons pêchés, mais aussi chaque jour à une heure précise, les clients du café Stamboulidis. Il aime ou déteste certains chiffres, celui de son âge par exemple, le 11, méchant et pointu alors que le 12 est magnifique, divisible par 6 chiffres. Yannis est autiste, et inquiet de l’ordre du monde. Maraki, sa maman que son métier de pêcheuse épuise, l’élève seule. Heureusement sur les conseils de Kosmas, le prêtre responsable de la paroisse,  elle est bientôt aidée par Eliot, un américain à la retraite qui étudie le Nombre d’Or. Un projet de construction monumental vient perturber l’équilibre de l’île ; certains sont pour cet hôtel de luxe, quand d’autres lui préfèrent le projet un peu fou d’une école philosophique.

Metin Arditi est un conteur admirable ! Ce roman est beau, bien écrit, l’histoire passionnante et tous les personnages attachants, tout comme les excellents Loin des bras et Le Turquetto dont je vous conseille la lecture.


L’enfant qui mesurait le monde / Metin Arditi – Editions Grasset – août 2016 – 304p

 

Lola lit Chanson de la ville silencieuse

Les hasards du calendrier… Le nouveau roman d’Olivier Adam, sorti juste après la mort de Johnny, parle justement de la disparition d’une idole de la chanson vieillissante ou plutôt de la quête de sa fille unique.

Antoine Schaeffer, star de la chanson française, a disparu. Il a enfilé ses santiags, pris sa guitare, sa vieille Alpha et il est parti sans un mot. Des semaines plus tard, sa voiture est retrouvée au bord d’un fleuve, la guitare sur le siège arrière et ses bottes dans la boue. Les autorités concluent à la noyade mais sa fille a des doutes. Alors lorsque 2 de ses amis et collègues, rentrent de Lisbonne, et lui montrent la photo floue d’un homme qu’ils pensent être son père, elle part immédiatement sur ses traces. Elle parcourt toutes les rues, les ruelles, s’installe à toutes les terrasses des cafés, scrute, surveille, pose des questions, dans l’espoir de le retrouver.

La disparition, thème récurrent des romans de cet auteur que j’apprécie, me fascine. Mais cette fois, je n’ai vraiment pas été emballée : 1) j’ai trouvé le personnage du père un peu confus, 2) l’enfance de sa fille a dû être difficile mais elle n’a pas grand’chose à en dire -du reste non plus d’ailleurs- et enfin 3) l’auteur remplit des pages d’énumérations à la limite du supportable. Une petite déception pour ce roman que j’attendais avec gourmandise.


Chanson de la vile silencieuse / Olivier Adam – Editions Flammarion janvier 2018 – 222p

Lola lit The girls

Californie, un été, fin des années 60 – The girls, ce sont ces filles que Evie croise dans le parc et qu’elle envie. Mal habillées, crasseuses, malpolies, agressives mais apparemment libres, elles vivent en communauté sous l’influence du mystique et charismatique Russel. Pour Evie, 14 ans, qui juge sa vie d’une banalité abyssale, se trouve moche et sans intérêt, cette vie alternative, c’est l’aventure, le rêve ! Lorsque Suzanne s’intéresse enfin à elle, c’est le coup de foudre. L’admiration d’Evie, l’amène à mentir, à voler, trahir, et participer à des jeux sexuels dégradants. Mais cette fascination la conduira-t-elle jusqu’au meurtre ?

La jeune auteure Emma Cline, dont c’est le premier roman, s’est inspirée librement du meurtre abominable, en 1969, de Sharon Tate, la femme de Polanski et de ses amis, alors qu’ils passaient la soirée dans sa villa. Enceinte, elle avait été assassinée sauvagement et sans raisons par un groupe de jeunes sous l’influence du gourou Manson. Pas de voyeurisme dans ce roman puisque l’auteure ne décrit pas du tout le meurtre dont il est question dans les toutes dernières pages, mais emprunte le chemin psychologique qui conduit le groupe à suivre Russel, pourtant loin d’être aussi intéressant que les filles semblent le croire.

C’est le sujet passionnant des sectes, de l’assujettissement, de la manipulation.


The Girls / Emma CLINE – Editions 10/18 – 2016 – 360p

Sortie aux USA en 2014 – traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Lola lit Rupture

François, un jeune savoyard, quitte ses montagnes pour la méditerranée, où son ami René a réussi à les faire embaucher sur le chantier du barrage de Malpasset, près de Fréjus. Sur place, François ne partage pas la vie de ses collègues, c’est un jeune homme solitaire, qui découvre une région bien différente de celle de son enfance, il aime se promener sous le soleil et prendre des photos avec l’appareil qu’il s’offre grâce à sa première paie. Un soir, il croise Louise Cassagne et tombe follement amoureux. Louise est la fille d’un riche producteur fruitier, opposé comme d’autres, au barrage qu’il juge construit sur un site dangereux. Mais Louise et François s’en moquent, ils s’aiment, vont au cinéma et sont heureux, jusqu’à ce que Louise, de santé fragile, parte en cure pendant l’été. Il lui promet qu’à son retour, il l’épousera, mais Louise ne revient pas et ne donne plus de nouvelles. François est dévasté de chagrin. En novembre, il fait ses 3 jours à l’armée et est affecté aux chasseurs alpins.  Mais en ces temps tourmentés, la France envoie ses jeunes soldats en Algérie et le 7 juillet 1956, François  »débarque de l’autre côté de la mer ». Quand il rentre en mars 58, il s’installe chez sa mère. Il a changé, il est absent, tourne en rond, et décide de retourner travailler à Fréjus où une terrible catastrophe l’attend. Dans la soirée du 2 décembre 1959, vers 21heures, après un été caniculaire et des pluies automnales diluviennes, le barrage rompt dans un grondement assourdissant ; une cinquantaine de millions de mètres cubes d’eau déferlent dans les villages alentour tuant plus de 400 personnes et détruisant tout sur leur passage.

C’est un petit roman délicat bien écrit qui parle de ruptures ; celle d’un amour, de 2 pays, d’une construction, et de la fragilité de l’existence. Les situations évoquées (les conditions de travail, les chantiers de construction contestables, la guerre…) ont quelques décennies et restent pourtant malheureusement d’actualité. Peu de pages mais beaucoup d’émotions.


Rupture / Maryline DESBIOLLES – Editions Flammarion 2018 – 122 p

Lola lit Frappe-toi le coeur

Dans les années 70, Marie est une beauté provinciale qui fait tourner les têtes des garçons qui l’admirent et des filles qui la jalousent. Et Marie adore ça, susciter l’envie. Alors évidemment, elle se laisse séduire par Olivier, le beau gosse du coin dont toutes sont raide dingues. Elle lui offre même sa virginité, savourant déjà la contrariété des Autres. Mais comme disait ma grand-mère, si tu t’assoies sur un clou, il va t’arriver des bricoles, et dans ces années-là, ce genre de bricole conduisait direct à l’autel

Voilà donc la superbe Marie, 20 ans, mariée à Olivier futur pharmacien, prisonnière par accident, elle qui rêvait de magie et d’un destin extraordinaire. La bricole s’appelle Diane, elle a la beauté de sa mère et la gentillesse de son père, cette petite chose est en train de lui voler la vedette ! Marie s’en détourne immédiatement. Alors Diane vit dans l’ombre de sa mère, souffrant de son indifférence et de sa méchanceté, et ne retrouve qu’un peu d’espoir que lorsque le ventre de Marie s’arrondit à nouveau.

Je ne vous en dis pas plus, même si c’est assez agréable à raconter. Ça faisait des années que je n’avais pas lu Nothomb. J’avais lu et bien aimé les premiers mais je m’étais lassée. Le sujet de celui-ci m’a attirée, et plus exactement la pub de France Inter qui présentait Nothomb comme un nouvel auteur. Alors je l’ai lu. Mais ce qui, pour certains est une qualité dans les romans d’Amélie Nothomb, est pour moi une déception. Il se lit en 2heures, quel dommage ! Un sujet si intéressant, un sentiment si complexe, des personnages si riches, ça mériterait d’être développé. Ce n’est pas un essai, donc on ne s’arrête pas toutes les 10 pages pour se questionner, réfléchir et relire. Les pages s’avalent, il faut se ralentir tant l’écriture est fluide, agréable et pimentée de quelques tournures inusuelles. Mais le livre refermé, je me suis sentie flouée, comme s’il manquait de grains de sucre sur mes chouquettes. J’aurais juste voulu la même chose mais en 500 pages !


Frappe-toi le cœur / Amélie Nothomb – Editions Albin Michel – août 2017 – 182 pages

Lola lit Bakhita ♥♥♥

Bakhita c’est le nom que lui ont donné les hommes qui l’ont arrachée à son village soudanais où elle vivait entourée des siens. A sept ans, enchaînée, maltraitée, affamée et assoiffée, elle traverse le désert pour rejoindre la ville où elle sera vendue. Ceci n’est pas un roman, c’est l’histoire vraie de cette femme née au Soudan en 1869, qui a vécu l’enfer de l’esclavagisme, de la torture, du viol, des privations, de l’humiliation, de la douleur. Bakhita s’est battue pour survivre dans l’espoir de retrouver sa soeur Kismeth, enlevée elle aussi, et de revoir un jour sa chère maman et son village. Esclave d’un trafiquant turc qui va l’abandonner quand il est obligé de fuir le pays, Bakhita est rachetée par le consul d’Italie qui la soustrait à sa terrible condition, et finit par céder à ses prières et la ramène avec lui en Italie. C’est le début de la seconde vie de Bakhita. En quelques années, elle va acquérir sa liberté, se faire baptiser, entrer dans les ordres, devenir une religieuse adorée des enfants. En 1947, Bakhita rend son dernier soupir entourée des soeurs canossiennes et de ses fantômes, au couvent de Schio, en Italie. Bakhita a été béatifiée puis canonisée en 2000 par Jean-Paul II.

Véronique Olmi nous conte ce destin extraordinaire dans un vrai roman d’aventures, avec une héroïne qui sait se battre (où a-telle trouvé la force ?), qui n’abandonne jamais (avait-elle déjà la foi ?), qui fait des rencontres qui marquent son destin (des plus petits qu’elle berce). Je trouve que l’auteure a parfaitement réussi à mêler réalité et fiction, de plus elle a su éviter le pathos, elle ne s’apitoie jamais, ne juge rien ni personne, elle centre son roman sur son héroïne.

J’ai été passionnée par la vie de Bahkita racontée par Véronique Olmi. 


Bakhita / Véronique OLMI – Editions Albin Michel 2017 – 460p

►  J’ai déjà parlé de Véronique Olmi ici et .

Lola lit Retour à Lemberg

Connaissez-vous Lviv ? Une ville de l’ouest de l’Ukraine. Mais peut-être la connaissez-vous sous le nom de Lvov, de Lwov ou Lemberg, selon qu’elle a été polonaise, allemande, russe, austro-hongroise entre 1880 et 1945.
Lorsqu’il est invité en 2010, par l’université de Lviv, à une conférence pour parler de ses travaux au sein du TPI, l’auteur, passionné et passionnant, accepte d’autant plus que son grand-père maternel Léon Buchholz, y est né.
Il se rend donc à Lviv où, après sa conférence, une étudiante l’aborde et l’incite à s’intéresser à la vie de son grand-père. Ses recherches vont le mener sur ses pas, lui qui avait toujours tu les événements de cette période douloureuse d’avant 1945. Au gré de son enquête, sa propre histoire et celle de l’humanité s’entremêlant, l’auteur va enfin approcher la vie de sa famille.
Enquête, témoignage, voici un récit très instructif. J’ai appris énormément de choses en lisant Retour à Lemberg et j’ai bien sûr été émue. Génocide, crime contre l’humanité, des termes qui ne peuvent laisser indifférent, surtout quand ils sont traités, comme ici, avec densité, richesse et émotion.
Philippe Sands est un juriste international, spécialisé dans la Défense des Droits de l’Homme. Avocat franco-britannique vivant à Londres, il a travaillé notamment sur les grandes affaires de génocides ou de crimes contre l’humanité de ces dernières décennies, de l’exYougoslavie au Rwanda, de la Tchétchénie à l’Afghanistan, l’Irak, Guantanamo… Il est l’auteur de nombreux ouvrages reconnus. (source Le Monde – Wikipedia GB)

Retour à Lemberg / Philippe SANDS – Albin Michel 2017 – 544p

Lola et Alex lisent Clara et FulgurAlex T2

Clara et Alex sont de petits écoliers doués de super pouvoirs ! Clara dompte le feu et fulgurAlex est super fort et hyper rapide. Alors évidemment aller à l’école le matin, c’est moins marrant que de défendre le monde. Mais ce matin-là, c’est la panique à l’école, des monstres ont envahi les classes et pourchassent les enfants effrayés. C’est exactement ce qu’attendaient nos super héros ! Pas le temps d’enfiler les super costumes, ils s’attaquent aux squelettes, zombies et autres monstres. Il semblerait que les monstres des contes soient sortis des livres. Les monstres des contes ?! Alors il y a aussi le loup ?! Clara est terrorisée ! Heureusement FulgurAlex est là. Ils vont combattre les monstres et même démasquer le cerveau de l’opération.
Le papier est de qualité, les couleurs agréables, les dessins sont drôles et jolis. C’est une lecture plutôt agréable même si j’ai détesté la fin : se débarrasser de tous les livres de la bibliothèque de l’école pour neutraliser l’abominable bibliothécaire ?! Curieux message !

L’avis d’Alexandre 9 ans →  Les dessins sont rigolos mais les super-pouvoirs de Clara et Alex ne sont pas très intéressants. J’ai trouvé chouette que Clara ait peur du loup. Même les super héros peuvent avoir peur !

Merci à Babelio et à l’Editeur HEMMA


Clara et FulgurAlex – Tome 2 –  Des monstres à l’école – Santi Anaya et Sess – Edition Hemma 2017 – 47p
Lecture 6 à 8 ans

Lola lit Hors-Service ♥

En Suède, Eva-Lena, prof de suédois et d’anglais, est parfaite ! Enfin, elle fait tout pour ça, même si ses ados d’enfants, son bosseur de mari, ses collègues et même ses élèves en doutent. Un vendredi soir, elle enfourche son vélo pour retourner au collège et se retrouve enfermée dans la salle de la photocopieuse. Horrifiée par ce contretemps qui risque de bouleverser son planning, Eva-Lena va profiter de cette liberté forcée, retrouvée, pour faire un petit bilan. Parallèlement aux pensées intimes de Eva-Lena, nous découvrons sa vie, sa famille, son travail dans lequel elle s’investit beaucoup (trop ?) et Aurora, une ancienne copine pleine de fantaisie réapparue subitement.

Un roman dont la gravité du thème n’empêche ni l’humour, ni l’émotion. Les personnages sont intéressants et on ne peut que se sentir concerné par la condition d’Eva-Lena, prisonnière de son quotidien.

Lisez-le !


Hors-Service / Solja KRAPU – Editions Gaïa 2011 – 271p

traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss – titre original Mogen för Skrubben 2005 –

Lola lit Quoi qu’il arrive

Mince alors, ça avait pourtant l’air super sympa ! Jolie couverture et résumé alléchant : un événement, Eva et Jim 2 jeunes étudiants londoniens se croisent dans la rue, 3 options s’ignorer, se parler, boire un verre, 3 vies différentes depuis leur rencontre jusqu’à nos jours.  Le genre de truc que j’adore, auquel il m’arrive de penser et qui me donne le tournis. Mais quel dommage, l’auteure a choisi de raconter les 3 versions en même temps, un chapitre chacune. Bon c’est déjà un peu compliqué à suivre, mais en plus, difficile de s’y retrouver dans les prénoms des enfants différents selon les versions, les décès des grands-parents pas toujours aux mêmes moments, les activités professionnelles des uns et des autres… Les 3 histoires sont bien trop proches pour ne pas s’emberlificoter et nous perdre. Et puis quand même, dans les 3 histoires, tout le monde trompe tout le monde, à chaque baiser, je devais réfléchir pour savoir s’il s’agissait d’un couple officiel, adultère ou en passe de le devenir. J’ai pensé noter sur une feuille, pour chaque version, qui était le père des enfants, qui était la femme, le mari, l’amant, qui travaillait, qui non… Et puis j’ai fini par ne plus me prendre la tête, me dire que ça allait bien finir par se mettre en place tout seul et puis sinon, bah tant pis ! Je suis allée jusqu’au bout quand même, mais je n’ai pas changé d’avis, j’aurais vraiment préféré lire les 3 versions à la suite pour avoir le temps de me familiariser avec les relations entre les personnages. Bref, j’espérais lire un bon roman feel good, c’est raté !


Quoi qu’il arrive / Laura Barnett – Editions Les Escales avril 2016 – 464 pages

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques – titre original The versions of us  – 2015