Yaki lit Venus d’ailleurs

Paola-Pigani-Venus-dailleursFuyant la guerre dans leur pays, arrivés à Lyon au printemps 2001, Mirko et Simona, frère et soeur tentent de s’intégrer dans leur pays d’adoption. Autant Simona a vraiment envie de devenir française, autant Mirko a plus de mal, toujours nostalgique de son pays et du reste de sa famille restée au pays. Dans ce deuxième roman, Paola Pigani, décrit avec réalisme toutes les étapes administratives que doivent traverser Mirko et Simona, les demandes de papier, les heures passées à raconter leur calvaire au Kosovo, les cours de français, les petits boulots,… Pour échapper à tout ça, Mirko graffe sur les murs à la frontière de la ville. C’est comme ça qu’il va rencontrer Agathe et qu’une histoire d’amour va naître.

Comme dans son précédent roman, l’écriture de Paola Pigani est toute en délicatesse avec des personnages attachants. On s’imagine vraiment vivre ce que vivent Mirko et sa soeur et l’on perçoit tout à fait la difficulté à s’intégrer, à faire abstraction du passé, de son pays, de sa famille, de son histoire pour s’insérer dans une histoire qui n’est pas la sienne, dans un pays qui, de plus, n’a pas forcément envie d’accueillir des migrants…

Un récit vraiment d’actualité à découvrir.


Venus d’ailleurs / Paola Pigani, Ed. Liana Levi, 208 p.

 

Lola lit Ce cœur changeant

cecoeurchangeantC’est vrai que le dernier roman d’Agnès Desarthe est tout ce qu’il y a de plus romanesque, de plus traditionnel. Une histoire de famille, de mœurs, une intrigue progressive écrite dans une jolie langue. Pas de grandes surprises, de révélations spectaculaires, de dénouement surprenant, juste une vie, comme un long fleuve pas toujours tranquille. La vie de Rose, mal aimée par sa mère Kristina, mal aimée par son père Emile, et finalement mal aimée par sa nourrice Zeleda. Rose pousse au Danemark, grandit en Afrique et se pose en France à Paris, où elle débarque seule à 20 ans en 1909. Rose est une jeune fille pleine d’espoir, confiante en l’avenir, heureuse de cette nouvelle liberté, affranchie du mésamour (ad hoc) des siens. Mais évidemment la vie va lui jouer des tours, des hauts des bas, des très hauts des très bas ; une vie comme celle des héroïnes de Zola.

Un moment de lecture agréable.


Ce cœur changeant / Agnès Desarthe – Editions de L’Olivier 2015 – 337p

Lola lit Et je danse aussi

etjedanseaussiUn roman épistolaire réjouissant. Il réunit toutes les qualités nécessaires à un bon bouquin ; intelligence, humour, sincérité, émotion, rebondissements, suspens, sentiments…

Pierre-Marie Sotto (drôle de choix de prénom) auteur à succès a perdu le goût d’écrire quand Véra, sa troisième femme adorée, a disparu sans laisser de traces. Un jour il reçoit, d’une certaine Adeline Parmelan une grosse enveloppe brune qui semble contenir un manuscrit. Pierre-Marie lui envoie un mail lui expliquant qu’il n’est pas éditeur et donc qu’il ne lit pas les manuscrits. L’inconnue lui fait une réponse mystérieuse. L’histoire est installée. Après un échange de mails que j’ai trouvé superficiels (ce que je devine volontaire mais dangereux – j’ai bien failli interrompre ma lecture) l’histoire commence vraiment, et là, impossible de décrocher tellement c’est bien, tellement c’est agréable à lire. Le genre de lecture addictive qui fait du bien, qu’on a envie de conseiller à tout le monde, amis, collègues, voisins, commerçants, chauffeur de bus…

A mettre tout en haut de notre pile de romans feel good.


 

Et je danse aussi / Anne-Laure Bondoux – Jean-Claude Mourlevat – Editions Fleuve 2015 – 280p.

Mimi lit Les grands

lesgrandsUne histoire qui se déroule en Afrique et plus exactement en Guinée en 2012. Après avoir été un groupe célèbre dans les années 70, les différents membres du Super Mama Djombo se sont éparpillés à travers le monde. Ils apprennent la mort de Dulce, la chanteuse du groupe qui les avait quittés pour épouser un général très haut placé. A l’annonce de cette nouvelle, nous suivons Couto dans ses souvenirs mais aussi dans la réalité avec la préparation d’un coup d’état qui menace la ville. Nous découvrons l’Afrique des dirigeants corrompus, l’Afrique de la prostitution, les exilés d’Afrique, l’Afrique de la misère, mais aussi l’Afrique de la nonchalance et de la joie de vivre.

Le mérite de l’auteur est d’avoir réussi à brosser tous ces tableaux dans une seule et même histoire. Cela reste un livre agréable à lire, pour ceux qui souhaitent se plonger dans cette ambiance très particulière.


Les grands de Sylvain Prudhomme -Collection L’arbalète/Gallimard, Gallimard 2014 – 256p

Yaki lit Otages intimes

otagesintimesLire un livre de Jeanne Benameur c’est accepter de se laisser transporter par l’écriture, quelque soit le sujet qu’elle aborde. C’est toujours beaucoup de sensibilité et d’émotion, le tout porté par une jolie écriture, poétique même parfois. C’est encore le cas avec Otages intimes. Ici c’est l’histoire d’Etienne qui nous est contée. Photographe de guerre, après des mois passés comme otage, il est enfin libéré et cette libération qui devrait n’être que joie n’est pas si simple… Etienne se questionne sur lui, sur ce qu’il a vu, sur le sens de sa vie. Comment peut-on se reconstruire après une telle épreuve ? Etienne commence par rentrer au pays, dans la maison de sa mère, dans le bureau de son père disparu, avec son ami Enzo, l’ami de toujours puis avec Jofrenka, la troisième de leur trio d’enfance. On suit Etienne, mais on suit également ceux qui lui sont proches, on rentre dans leurs pensées et ils nous accompagnent bien après la dernière page. Un joli petit récit.


Otages intimes / Jeanne Benameur, Ed. Actes Sud, 176 p.

Lola lit Et Nietzsche a pleuré ♥

irvinyalomL’auteur, Irvin Yalom imagine une rencontre entre le dépressif Friedrich Nietzsche et Josef Breuer, médecin et physiologiste autrichien, dont l’étude d’Anna Q inspira Freud.

Vienne fin du XIX, Lou Salomé vient trouver l’éminent docteur Breuer et lui demande avec insistance de prendre en charge son grand ami Nietzsche, qui en plus d’être de santé fragile et d’un caractère insupportable, se laisse aller depuis leur séparation et l’échec de leur ménage à trois avec Paul Rée, à un grand désespoir. Elle est très inquiète et souhaite que Breuer le rencontre, le convainc de se laisser soigner et lui redonne goût à la vie. Malgré les réticences du philosophe et du médecin, ces deux personnages incroyablement brillants vont se rencontrer et, de séances en séances, discuter, se confier et s’entre-aider. Chacun persuadé que l’autre est le patient et lui le soignant. C’est la découverte de la psychanalyse, la naissance de la psychologie, comme médecine qui guérit les corps en soignant les esprits.

Un roman particulièrement intéressant, un mélange de faits réels et fictifs, car cette rencontre aurait été possible puisque les deux hommes évoluaient dans le milieu amical et géographique. Un roman tellement agréable à lire, dans une belle langue fluide, jusqu’à la fin, que j’ai trouvée géniale !


Et Nietzsche a pleuré / Irvin Yalom – Editions Gaalade  2007 / titre original When Nietzsche Wept 1992 – 448p

 

Lola lit 2084 la fin du monde

2084Ati, la trentaine, quitte enfin le sanatorium où il était soigné pour une tuberculose. Ati est guéri mais un autre mal s’est emparé de son esprit, le doute. Tout ce temps passé à réfléchir, à faire des rencontres, a fait voler ses certitudes, depuis Ati est persuadé qu’un autre monde existait avant Char, la Grande Guerre Sainte de 2084. Mais dans l’empire totalitaire qu’est l’Abistan, il n’y a pas de place pour le doute. La vie entière de la population est organisée selon des rites religieux rigoureux, la même pitance pour tous, les mêmes vêtements, prières et soumissions, délations et exécutions rythment les journées de ces hyper-croyants maintenus dans l’ignorance. Ati prend un risque énorme en développant une pensée personnelle mais il ne peut plus reculer, avec l’aide de son ami Koa, ils prennent la route à la rencontre des mécréants, des bannis qui vivent en marginaux, dans des ghettos, pour essayer de comprendre jusqu’à en perdre la vie.
Un thème très intéressant, mais hélas, la dimension romanesque du livre est secondaire. Les personnages n’ont pas de consistance, pas d’histoire, ils ne sont pas attachants, la vie d’Ati aurait pu être riche en aventures en rebondissements, mais elle sert surtout à justifier de longues descriptions détaillées, des explications superflues, des développements abscons. Par contre la probabilité du futur proposé par l’auteur fait froid dans le dos.

 2084 la fin du monde / Boualem Sansal – Collection blanche Gallimard 2015 – 288p

Lola lit Boomerang

boomerangMélanie a 40 ans, Antoine son frère décide de l’emmener à Noirmoutiers  dans l’hôtel où 35 ans auparavant ils ont passé leurs dernières vacances estivales avec leur mère, Clarisse, brutalement décédée d’une rupture d’anévrisme. Le week-end est chargé en émotion, les souvenirs resurgissent, les images de bonheur abondent mais il est temps de rentrer à Paris, de retrouver leur vie qui a basculé depuis cette tragédie.

Sur le chemin du retour, Mélanie n’a pas le temps de raconter à Antoine ce qui lui est revenu la veille à propos de Clarisse et qui l’a bouleversée, la voiture quitte l’autoroute et s’encastre dans la barrière de sécurité. Lui s’en sort indemne, elle échappe de peu à la mort mais doit rester à l’hôpital. Il ne peut se résoudre à la laisser seule, il se sent responsable. Alors il reste à son chevet et rencontre dans les couloirs de l’hôpital, la belle thanatopractrice de l’hôpital, dont il tombe amoureux.

Lorsqu’ enfin, Mélanie se souvient et raconte à son frère ce souvenir très perturbant, ils décident de mener une enquête pour comprendre ce qui est arrivé à Clarisse.

Un roman bien ficelé, l’intrigue est bien menée, il n’y a pas de temps mort mais on prend tout de même le temps de s’interroger, et de comprendre.

Tatiana de Rosnay a écrit en 2007 le formidable « Elle s’appelait Sarah » merveilleusement adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner avec Kristin Scott Thomas. L’adaptation de Boomerang de François Favrat avec Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, vient de sortir, j’ai hâte de le voir !


 

Boomerang / Tatiana de Rosnay – Editions Héloïse d’Ormesson 2009 – titre original A Secret Kept – 384p

Yaki lit Le mystère de Lucy Lost

Dans Le mystèlucyre de Lucy Lost, le roman de Morpurgo, nous suivons deux histoires parallèles, celle d’Alfie, qui vit sur l’archipel de Scilly et celle de Merry, une jeune fille américaine.

Lors d’une sortie de pêche avec son père, Alfie trouve une jeune fille réfugiée dans une des îles de l’Archipel. Le seul mot qui semble sortir de la bouche de la jeune fille est Lucy, pour le reste elle est muette et on ne sait pas d’où elle vient. La famille d’Alfie décide de l’héberger jusqu’à ce qu’elle retrouve sa voix et sa mémoire. 

Merry vit dans une famille aisée en Amérique. Son père parti se battre en Europe est blessé. La mère de Merry décide de le rejoindre avec Merry.

Bien sûr ces deux destins vont se rejoindre et l’on comprend très vite de quelle façon mais ce n’est pas là l’essentiel du récit. 

Ce qui rend ce roman si intéressant c’est avant tout le contexte historique très bien décrit. Et ce qui le rend attachant ce sont les personnages, les liens qui se nouent entre eux, l’attachement qui va les lier. La vie des insulaires est aussi très bien dépeinte. Il y a sans doute quelques longueurs mais c’est tellement bien écrit qu’il n’est pas désagréable de passer un bon moment dans l’univers de Morpurgo.

Un coup de cœur pour moi !



Le mystère de Lucy Lost
 / Michael Morpurgo, Ed. Gallimard Jeunesse, 448 p.

Lola lit Au pays du p’tit

Au-pays-du-ptitA l’occasion de la sortie de son dernier livre « Au pays du p’tit », Romain Ruyssen, sociologue français, la quarantaine bien tassée est invité à Moscou lors de la Semaine Française, où il doit intervenir devant un parterre d’intellectuels de tous pays. Son livre agite les esprits puisque son auteur y fustige la France et les français, une cohorte de paresseux, râleurs, vindicatifs revendicateurs, moroses, fraudeurs, dépressifs, arrogants… De retour à Paris auprès de sa compagne Caridad, il lui tarde de retourner à Moscou retrouver la jeune Janka Kucova croisée à la Maison centrale des Artistes. Il sert un nouveau mensonge à la trop compréhensive Caridad et rejoint l’étudiante slovaque pour un week-end à plusieurs milliers d’euros. Mais Romain n’en a cure, il a pu assouvir une nouvelle fois ses envies de sexe avec une inconnue qu’il délaisse aussitôt. Mais Janka Kucova n’est pas d’accord et va lui faire payer. Ah ! on tient enfin notre vengeance mais c’est sans compter sur la dernière phrase du roman.

Le héros, ou plutôt l’anti-héros à la Houellebecq, est à l’image du peuple qu’il abhorre; détestable, cynique, désabusé, égoïste, mais on ne peut s’empêcher d’admettre que la plupart des traits de caractères dépeints ne sont pas inventés, simplement mis en exergue, ce qui en fait un roman assez particulier à lire, presque dérangeant. Reste l’écriture de Nicolas Fargues, précise, efficace, sans fioritures que j’avais apprécié dans La ligne de courtoisie.


Au pays du p’tit / Nicolas Fargues – Editions POL 2015 – 240p