Au début du roman, Félix annonce à Suzanne, sa femme qu’il la quitte. « Je m’en vais » lui dit-il et il ferme la porte sans se retourner. Félix Ferrer, cinquantenaire séduisant et cardiaque, coureur de jupons, désabusé à tendance dépressive est galeriste à Paris. Ancien sculpteur sans renommée, il se consacre à l’art des autres qui malheureusement ne rapporte plus, l’agent manque à la galerie. Lorsque Delahaye, son employé lui parle de la Nechilik, une épave prise dans les glaces du Pôle Nord depuis les années 50, et dont les cales sont remplies d’œuvres d’art, Félix ne daigne même pas lever les yeux de son cahier de comptes, il a besoin d’argent pas d’un projet rocambolesque. Pourtant l’idée de posséder ce trésor inuit inestimable fait son chemin et la promesse de se renflouer séduit Felix qui ne tarde pas à s’embarquer sur un brise-glace à destination du Grand Nord pour ce voyage pas très ordinaire. Mais dès son retour pourtant fructueux, les problèmes resurgissent ; la mort de Delahaye d’abord puis le vol dans la galerie de son précieux butin ; Félix avait imprudemment remis à plus tard le rdv avec son assureur, c’est la faillite, il est perdu, il n’a plus goût à rien. Jusqu’à ce que sa route croise celle de Baumgartner…
J’ai beaucoup aimé ce roman, il s’en dégage une certaine douceur et une proximité due sans doute en partie aux interventions du narrateur qui nous accompagne tout au long de l’histoire. À lire aussi pour la beauté de la langue riche et précise.
Je m’en vais / Jean Echenoz – Les Editions de Minuit 1999 – 256P

Lorraine, dite Rainie, a disparu.
Le peigne de Cléopâtre est le nom original que Mari, Anna et Fredrik, trois meilleurs amis, décident de donner à l’entreprise de service « aussi simpliste que géniale » qu’ils viennent de créer. Leur credo « résoudre les problèmes des autres » en utilisant leurs propres compétences. Très vite les petits contrats se multiplient ; déco, cuisine, cours d’anglais et de maths, bricolage, comptabilité… Tout va pour le mieux jusqu’au jour où Elsa Karlsten, une vieille voisine, leur demande de la débarrasser de son mari alcoolique et violent contre une rondelette somme d’argent. Leur vie va être bouleversée par cette requête et par celles qui vont suivre.
J’ai pensé à Boris Vian en lisant ce premier roman de Bourdeaut. Le jazz de Nina Simone bien sûr, et la poésie, la folie douce de ce couple fantasque, le désespoir qui se cache derrière l’humour, la pétillance des situations, la cocasserie des personnages – Papa, Maman, l’Ordure le meilleur ami et Superfétatoire, l’oie exotique grincheuse – et surtout le regard bienveillant et plein d’amour du jeune fils. Et tout comme les histoires de Boris Vian, celle-ci ne se raconte pas, elle se lit, sourire aux lèvres et chagrin dans le cœur.
Hoa, céramiste et Dale prof d’histoire à l’université font un voyage vers le Mexique, d’Asheville via El Paso à Sierra Mojada sur les traces de Ambrose Gwinnett Bierce, un journaliste écrivain américain, qui, à 71 ans, aurait rejoint les troupes du célèbre bandit Pancho Villa pendant la guerre civile au Mexique en 1913. Sa mort est un mystère puisqu’il a disparu sans que personne ne l’ait jamais revu. Cette virée pourrait être l’occasion pour ce couple anéanti par la disparition de leur fils Declan, de se retrouver. De ces disparitions, nous ne saurons rien, ou si peu, mais elles sont la raison de l’existence de ce voyage. Dale parle beaucoup de Bierce quand on imagine que Hoa voudrait entendre parler de son fils, cet absent si densément et tragiquement présent, et les rancœurs, les reproches affleurent durant ces kilomètres avalés, ces heures, enfermés dans une voiture. Et p
Yougoslavie – 2nde guerre mondiale – Cinq voix se succèdent pour tenter de percer le mystère qui entoure Veronicka, jeune femme slovène libre et fantasque. Stevo, un officier de cavalerie serbe ouvre la danse. Il raconte comme ils se sont aimés, les années de bonheur partagées après qu’elle a quitté son mari Leo. Et un jour, lui aussi elle l’a abandonné, et depuis, il l’attend. La deuxième voix est celle de Josipina, la mère de Veronicka, qui regrette d’avoir convaincue sa fille de quitter son amour d’officier et de retrouver sa vie facile et fastueuse auprès de son mari. Puisqu’un soir de janvier 1944, en pleine guerre, Veronicka et Leo ont quitté le manoir avec leurs invités et ne sont jamais rentrés. Puis le docteur allemand Hortz, un de leurs invités réguliers raconte les agréables soirées données au manoir en ces temps sombres, par ce couple si intéressant et si accueillant, dont il n’a plus jamais eu de nouvelles. Mais c’est grâce à Jozi, la domestique et confidente du manoir que nous commençons à entrevoir l’horreur de ce qui c’est passé cette terrible nuit. Et enfin, Ivan, le garçon qui venait donner un coup de main contre un petit salaire ferme le dernier chapitre de cette histoire tragique.
Il convient dans un premier temps de bien différencier
Volodia, jeune professeur de littérature à la fac, s’intéresse à la place du piano dans l’éducation des jeunes filles. Pour écrire son livre, il s’entoure d’Hérode, un homme de lettre grossier mais adulé, de Julien son ami journaliste, d’Anténor son directeur de thèse et d’Alexei, un russe mystique. Pour nourrir son sujet, Volodia l’amoureux, le passionné vit une relation avec Sonia la cynique et sexuellement insatiable, puis il s’attache à la brillante Asma et rencontre enfin l’amour pur avec Sophie Baxter, une pianiste reconnue qui le fascine.
Le pique-nique des orphelins est la réédition du deuxième roman de Louise Erdrich paru en 1986 sous le titre “Une branche cassée”. Il s’agit d’une saga familiale qui se déroule pendant 40 ans dans le Dakota du Nord. L’histoire débute au début des années 30 par l’abandon sur un champ de foire de trois enfants, Mary, Karl et Jude, par leur mère qui s’envole en biplan avec un cascadeur aérien. A partir de là les trois enfants vont vivre chacun un destin différent. Jude, le plus jeune encore tout bébé, est kidnappé par un homme et élevé par cet homme et sa femme en remplacement de leur propre enfant qu’ils viennent de perdre. Mary et Jude prennent le train pour rejoindre leur tante et leur oncle mais ils sont séparés. Karl va alors vivre une vie d’errance tandis que Mary s’intègre dans sa nouvelle famille et se rend vite indispensable, au grand désespoir de sa cousine Sita. Les destins des trois enfants se croiseront parfois.
Quelle magnifique couverture pour cette BD de Didier Quella-Guyot pour le scénario et Sébastien Morice pour les dessins et les couleurs !